Guy Jodoin a fait exploser un malaise qui grondait déjà depuis des mois dans les corridors de TVA.
L'animateur a enfin dévoilé pourquoi il avait quitté Le Tricheur.
Au-delà du simple départ d’un animateur aimé du public, son témoignage ouvre une fenêtre sur quelque chose de beaucoup plus profond : la frustration silencieuse qui s’installe chez plusieurs artisans du groupe au moment où tout le monde se fait demander des sacrifices… pendant que le hockey continue d’avaler des fortunes.
Guy Jodoin avoue publiquement que la baisse de salaire imposée par le Groupe TVA « a joué dans la balance » au moment de quitter Le Tricheur. Le message est immense.
Ce n’est plus une rumeur.
Une des plus grandes vedettes du réseau confirme elle-même que les compressions touchent désormais les têtes d’affiche.
Un animateur installé, rentable, aimé, présent depuis quinze ans,à qui on a demandé de baissé son salaire de 30 pour cent.
Même lui.
Depuis des mois, le climat est déjà lourd chez Québecor. Séries annulées. Productions coupées. Réductions de coûts partout.
Hugo Dumas de La Presse l’a rapporté : des vedettes de TVA auraient accepté des réductions salariales majeures pour garder leurs émissions en vie.
Des productions compressent jusque dans les collations de plateau. Des artisans racontent devoir faire davantage avec beaucoup moins.
Pierre Karl Péladeau lui-même n’a pas caché la gravité de la situation.
« Sinon, on s’en va tous ensemble au casse-pipe. »
Le message était sans pitié.
Tout le monde devra contribuer.
Tout le monde devra couper.
C’est précisément ici que TVA Sports revient la discussions. Jodoin envoie tout simplement la chaîne sous l'autobus.
Au sein de l’écosystème Québecor, plusieurs voient depuis longtemps le réseau sportif comme le pari le plus coûteux du groupe. Un pari qui a englouti des centaines de millions depuis son lancement et qui continue d’exiger des investissements massifs pour rester dans le jeu du hockey.
Surtout maintenant.
Au moment même où Pierre Karl Péladeau confirme que les négociations avec Rogers sont « très avancées » pour garder du hockey à TVA Sports, tout le monde comprend une chose : ce contrat coûtera la lune.
Une lune qui se compte en milliards.
Les séries éliminatoires, les matchs nationaux, les droits de diffusion… on parle de centaines de millions, de milliards sur plusieurs années dans un environnement où chaque dollar est déjà compté.
Alors forcément, la question commence à circuler plus fort dans le milieu :
Qui paie la facture?
Quand des productions généralistes disparaissent, quand des animateurs voient leur salaire amputé, quand des équipes de production se font réduire et que des émissions tombent les unes après les autres, plusieurs artisans commencent à regarder vers TVA Sports avec un mélange de colère et de furie.
On a l’impression que tout doit continuer à se sacrifier pour préserver le hockey.
Et le symbole Guy Jodoin frappe Péladeau dans le dos.
On ne parle pas d’un animateur controversé.
On parle d’un succès sur deux pattes.
Le Tricheur remplissait sa case horaire. Faisait des cotes d’écoute solides. Génèrait des revenus. Guy Jodoin lui-même a reconnu que cette émission lui avait permis d’atteindre une sécurité financière énorme après quinze années de tournage intensif.
« Ce qui m’a permis d’atteindre ce million, c’est l’animation. C’est ça qui rapporte le plus, parce qu’on filme cinq émissions par jour, vingt par semaine. »
Après la controverse engendrée par ses propos, comme quoi la baisse salariale imposée par TVA avait pesé dans la balance, il jure que ce n'est pas l'unique raison.
Il l’a comparée à une « tarte avec plusieurs morceaux » : fatigue, envie de nouveaux projets, timing personnel et conditions qui changent.
« Il faut savoir quand accrocher ses patins. »
Une autre flèche... envers TVA Sports.
Après tout, Jodoin a renoncé... à des millions de dollars...
À cause d'une entreprise qui tente de survivre à travers des compressions constantes tout en continuant de porter un projet aussi coûteux que TVA Sports.
D’un côté, le groupe coupe partout.
De l’autre, TVA Sports continue de se battre pour préserver sa place dans le hockey coûte que coûte.
Pierre Karl Péladeau le sait : perdre complètement le hockey serait un aveu de défaite immense après plus d’une décennie de pertes et d’investissements.
Mais garder le hockey a aussi un prix humain à l’intérieur du groupe.
Parce qu’à force de demander des sacrifices aux artisans, aux animateurs, aux producteurs et aux équipes de terrain, une question commence tranquillement à prendre de la place :
Jusqu’où les gens accepteront-ils encore de couper… pour sauver le hockey?
Les déclarations de de Guy Jodoin ne répondent pas à cette question.
Mais elle donnet un rare aperçu du climat toxique actuel.
Ça ne ressemble pas exactement à une entreprise en paix avec elle-même.
Et Jodoin vient de jeter son huille de millionnaire... sur le feu du milliardaire...
