Saga Donald Trump: le président nargue le Danemark

Saga Donald Trump: le président nargue le Danemark

Par David Garel le 2026-02-13

Ce qui devait être un banal match préliminaire de hockey olympique est soudainement devenu un symbole géopolitique mondial.

Samedi soir, sur la glace de Milan, les États-Unis vont affronter le Danemark. Sur papier, c’est un affrontement déséquilibré. Une puissance contre un outsider. Une machine remplie de vedettes de la LNH contre une formation courageuse mais limitée. Normalement, personne n’en ferait toute une histoire.

Sauf que cette fois, il y a le Groenland.

Depuis que Washington reparle ouvertement d’« acquérir » ce territoire arctique de 56 000 habitants, le Danemark, pays discret de six millions d’âmes, se retrouve projeté malgré lui dans un feuilleton diplomatique absurde. Un État qui n’a jamais cherché la lumière devient soudainement un pion dans une partie d’échecs internationale.

Pour les Danois, le choc est réel.

L'ancien joueur danois de la LNH, Frans Nielsen, racontait récemment qu’enfant, sa classe avait même fait un voyage scolaire au Groenland.

À l’époque, personne ne remettait en question l’appartenance de l’île au royaume danois. C’était normal. Évident. Aujourd’hui, cette évidence est débattue à coups de déclarations présidentielles et de manchettes sensationnalistes.

« On est juste un petit pays », résumait-il, un peu incrédule.

« C’est bizarre d’être dans les nouvelles mondiales. »

Et pourtant, voilà que cette tension se matérialise… dans un aréna de hockey.

On a déjà vu ce film.

On a déjà vu la politique contaminer la glace.

L’an dernier, lors du tournoi des quatre nations disputé entre le Canada, les États-Unis, la Suède et la Finlande, les propos du président américain sur un éventuel « 51e État » avaient mis le feu aux poudres.

À Montréal, l’hymne américain avait été hué. Le match avait pris une tournure quasi historique, rappelant le Miracle on Ice, en pleine guerre froide.

Et comme si tout ça n’était pas déjà assez surréaliste, voilà que Donald Trump aurait carrément passé des coups de fil aux joueurs américains avant le match.

Selon ce qui circule dans l’entourage du tournoi, Trump aurait appelé certains membres de l’équipe des États-Unispour marteler un message limpide : ce match doit servir à envoyer un signal politique. Pas juste gagner. Pas juste dominer. Mais démontrer, symboliquement, que le Groenland finira par devenir américain. Une instrumentalisation brute du sport, transformant une rencontre olympique en outil de propagande géopolitique.

On ne parle plus ici d’une simple sortie médiatique maladroite. On parle d’un président qui s’invite directement dans le vestiaire, qui tente d’utiliser des joueurs de hockey comme relais diplomatiques, qui mélange volontairement compétition sportive et ambitions territoriales.

À partir de ce moment-là, ce n’est plus seulement un match États-Unis–Danemark. C’est une démonstration de force déguisée. Une tentative d’intimidation feutrée. Et une preuve de plus que, pour Trump, même la glace olympique peut servir de tribune politique.

Pourtant, les Danois refusent d’embarquer là-dedans.

Sur place à Milan, le présentateur de TV2 Danemark Thomas Kristensen est catégorique : il ne s’attend à aucune hostilité envers les joueurs américains.

« Les Danois savent faire la différence entre le sport et la politique. Personne ne va s’en prendre aux joueurs des États-Unis à cause du Groenland. »

Même discours dans le vestiaire.

Le vétéran des Sénateurs d’Ottawa Lars Eller admet que le sujet revient souvent dans les conversations avec la famille et les amis.

Les gens demandent : qu’est-ce qu’on raconte aux États-Unis? Est-ce la même version qu’au Danemark?

Mais pour lui, ça reste du « outside noise ».

Le Danemark n’est pas habitué à être au centre de l’actualité mondiale. Chaque semaine apporte une nouvelle controverse, puis on passe à autre chose. Lui préfère se concentrer sur le hockey.

Même le ministre danois de la Culture, Jakob Engel-Schmidt, est à Milan, présent aux matchs, en contact avec les joueurs, sans jamais aborder la saga groenlandaise.

Sportivement, il n’y a aucune ambiguïté.

Sur 12 équipes au tournoi, le Danemark arrive comme la formation la moins bien classée, hormis l’Italie, qualifiée automatiquement comme pays hôte.

Et en face?

Les États-Unis débarquent avec une armada :

Auston Matthews,

Jack Eichel,

Matthew Tkachuk,

Brady Tkachuk,

Quinn Hughes,

Jack Hughes.

Une équipe construite pour gagner l’or.

Le Danemark répond avec ses meilleurs soldats :

Nikolaj Ehlers,

Oliver Bjorkstrand,

Frederik Andersen,

et Eller.

Le capitaine Nicklas Jensen le dit sans détour : pour battre les Américains, tout devra être parfait côté danois… et imparfait de l’autre.

Autrement dit : ça prendrait un miracle.

Ce match ne décidera évidemment pas du sort du Groenland.

Mais il montre à quel point notre époque est tordue.

Quand une île arctique autonome, un petit royaume scandinave et une superpuissance mondiale se retrouvent liés par un match de hockey olympique, on comprend que le sport n’est plus jamais seulement du sport.