Rien ne va plus pour Mike Matheson: sous protection médiatique

Rien ne va plus pour Mike Matheson: sous protection médiatique

Par Marc-André Dubois le 2025-03-27

Mike Matheson : le joueur le plus protégé de l’histoire par les médias québécois?

Poser la question, c'est y répondre.

Il y a des joueurs qui traversent des saisons difficiles dans l’ombre, sans que personne ne tende la main. Et il y a Mike Matheson.

Depuis plusieurs semaines, le défenseur québécois est au cœur d’une tempête qui ne faiblit pas. Critiqué sans relâche sur les réseaux sociaux pour ses erreurs défensives, son style de jeu jugé « reckless », ses revirements coûteux et ses écroulements en pleine zone défensive — comme celui atroce à Saint-Louis, où il a terminé la soirée à -4 — Matheson est devenu, pour bien des partisans du Canadien, un bouc émissaire tout désigné.

Et pourtant, il bénéficie d’un traitement médiatique d’une douceur inégalée.

C’est simple : les médias traditionnels sont montés au front pour le protéger. L’exemple le plus flagrant? Les médias traditionnels qui lui ont offert une tribune émotive, presque salvatrice, dans un portrait rempli d’humanité et de nostalgie.

Loin d’un regard critique sur son rendement ou ses chiffres en chute libre, le récit nous parle du « fan de toujours », du Montréalais ému de voir des drapeaux du Canadien sur les voitures, du père attendri en déposant son fils à l’école.

« Le lendemain matin, j’allais porter mon fils à l’école, et le brigadier portait un chandail du Canadien… et des drapeaux de l’équipe sont apparus sur les autos. Tout ça, ça me fait penser à mon enfance », confie-t-il, visiblement touché.

La stratégie est claire : humaniser Matheson, l’ancrer dans la fibre montréalaise, rappeler qu’il est un enfant du pays, qu’il aime le CH comme nous tous.

Une technique narrative puissante, certes, mais qui détourne l’attention du fond du problème : son jeu défensif est en chute libre, et il coûte des points à son équipe.

Il n’est plus sur la première vague de l’avantage numérique. Il a cédé sa place à Lane Hutson. Il est loin des 62 points de l’an dernier, avec une production offensive qui a fondu de moitié.

Et pourtant, le discours médiatique refuse de glisser vers la critique. Au contraire, on évoque son sacrifice, sa loyauté, son humilité.

« Le but, c’est de placer tout le monde dans une situation pour aider l’équipe, et je vais faire ce qu’on me demande si c’est la meilleure façon d’aider l’équipe », déclare-t-il. Une belle phrase, mais une fois encore, qui évite le cœur du problème : son rendement.

Personne ne nie que Mike Matheson est un gars bien. Poli. Respectueux. Dévoué. Montréalais. Mais ces qualités doivent-elles éclipser l’évaluation objective de sa performance sur la glace?

Contre Saint-Louis, il a sombré. Encore. Il n’est pas une recrue, il n’a pas 22 ans. Il est le défenseur le plus utilisé de l’équipe. Et lorsqu’un joueur dans cette position s’écroule comme il l’a fait, il est en général soumis à une analyse sans complaisance. Sauf dans son cas.

Il suffit de suivre les émissions sportives, les tribunes radiophoniques et les articles des grands médias : tous défilent pour le défendre.

La narration émotionnelle l’emporte sur le constat technique. On parle de souvenirs d’enfance, de la fièvre du printemps, du rêve de porter le chandail du Canadien… comme si cela effaçait les revirements critiques ou les séquences de flottement en zone défensive.

« C’est un honneur de jouer pour l’équipe de mon enfance… Je suis enthousiaste à l’idée de jouer pour cette équipe-là en séries. C’est vraiment mon seul but », dit Matheson, avec une sincérité touchante.

Mais l’objectif de l’organisation est de gagner. Et trop souvent cette saison, Mike Matheson a freiné cette ambition. Trop souvent, ses erreurs ont plombé les efforts collectifs.

Pourtant, dans les médias traditionnels, on préfère parler de son frère qui était dans les gradins, de P.K. Subban qui marquait contre Boston, ou du rêve d’un printemps glorieux.

Mike Matheson est peut-être le joueur le plus protégé de l’histoire récente du Canadien de Montréal. Est-ce parce qu’il est Québécois? Parce qu’il est courtois avec les journalistes? Parce qu’il a une famille? Parce qu’il est un bon gars?

Peu importe la raison, le traitement qui lui est réservé est un cas d’école. Il est possible que cette protection ait pour but de contrebalancer la violence des réseaux sociaux, de le protéger d’un acharnement injuste.

Mais en refusant d’adresser le problème de fond, les médias traditionnels creusent un fossé avec une partie de la base partisane, celle qui voit clair dans les performances, celle qui juge les joueurs non pas sur leurs origines, mais sur leur impact réel.

Et pendant ce temps, Matheson, surutilisé, continue de porter un fardeau qui le dépasse. Peut-être aurait-il besoin, non pas d’une défense médiatique, mais d’un changement de rôle. Ou d’un nouveau départ.

Parce qu’aussi cruel que cela puisse paraître : le rêve de porter le chandail du CH ne devrait jamais devenir une camisole de force pour une équipe en reconstruction.