Revirement de situation dans le village olympique: les Canadiens quittent subitement

Revirement de situation dans le village olympique: les Canadiens quittent subitement

Par David Garel le 2026-02-09

Pendant que les critiques s’abattent sur le Canada et ses joueurs, accusés à demi-mot d’être trop exigeants, trop délicats, presque snobs face aux conditions du village olympique, les Américains, eux, ont choisi d’embrasser le chaos. Et même d’en rire.

Du côté de Team USA, le ton est donné très tôt : pas question d’hôtel cinq étoiles, pas question de se soustraire à l’expérience.

Les frères Matthew Tkachuk et Brady Tkachuk annoncent qu’ils resteront au village, point final. Peu importe la taille des chambres, peu importe le confort.

Interdit pour un joueur d'aller à l'hôtel.

Mieux encore, Matthew baptise déjà leur aile du bâtiment « Club Tkachuk », pendant que Jack Eichel lance, en riant, que si on entend un gros bang sur les murs, tout le monde saura que ce sont eux qui se battent.

L’ambiance est bon enfant, presque collégiale. On parle de lits collés, de dortoir, de proximité assumée. Pour eux, c’est ça, les Jeux.

« Je pense qu’ils (Tkachuk) vont probablement coller leurs lits ensemble. » affirme Eicgel, crampé.

« Je ne vais pas dire que je déteste les hôtels de luxe, ils sont très bien, mais là, c’est une expérience vraiment cool. Ça me ramène à l’université. Tu as un coloc à deux pieds de toi, dans une petite chambre, comme dans un dortoir. Je pense que ça rapproche le groupe. » affirme Eichel.

« Les Hughes sont comme de la famille pour nous. On est juste en face dans le corridor. On a un bon petit coin à nous. On passe pratiquement 24 heures sur 24 ensemble. » affirme Matthew Tkachuk.

« On voulait vivre l’expérience olympique au complet. Être tous ensemble, dans le village, ça fait partie des Jeux. » affirme son frère Brady.

Et aussitôt, le récit se construit : les Américains seraient les bons soldats, les gars simples, prêts à tout accepter. Les Canadiens, eux, seraient difficiles.

Sauf que la réalité canadienne est beaucoup plus prétentieuse.

Quand Nick Suzuki évoque les installations, il ne méprise rien ni personne. Il décrit. Il compare. Il dit que ça ressemble davantage à un Super 8 ou à un motel qu’à un complexe de la LNH.

Ce n’est pas une plainte. Ce n’est pas un caprice. C’est une observation terre-à-terre. Une phrase sortie de son contexte, transformée en accusation de snobisme.

Surtout qu'il affirme être prêt à dormir sur le plancher s'il le faut.

Pendant ce temps, ailleurs dans la LNH, les réactions sont autrement plus hésitantes. Drew Doughty, par exemple, a exprimé des réserves claires sur l’expérience du village.

Pas de moquerie, pas de glorification. Un malaise assumé. Une prudence. Sa réaction était étrange, presque floue, laissant entendre qu’il faudrait « voir » si les conditions sont réellement confortables, comme si l’enthousiasme n’y était pas du tout.

Mais ces nuances-là passent sous silence.

Ce qu’on préfère retenir, c’est l’image folklorique des Américains soudés, bruyants, entassés volontairement au village, face à des Canadiens qu’on accuse d’être au-dessus de ça.

Comme si vouloir bien dormir, bien récupérer, bien performer était devenu un défaut. Comme si l’exigence professionnelle était incompatible avec l’esprit olympique.

La vérité, c’est que Team USA a choisi son narratif. Celui de la fraternité, du chaos assumé, de la chambre trop petite mais du cœur trop grand. Et le Canadien, malgré lui, s’est retrouvé à jouer le rôle inverse dans une pièce qu’il n’a jamais voulu écrire.

Ce qui rend la chose ironique, c’est que pendant qu’on rit des lits collés des Tkachuk, deux absents planent toujours au-dessus du village olympique comme des fantômes dont personne ne veut prononcer le nom : Cole Caufield et Lane Hutson.

On peut bien baptiser des coins de corridor, plaisanter sur les murs qui tremblent, mais le malaise est là. Profond. Silencieux.

Et au final, si les Américains perdent la médaille d'or, on dira qu'il ne se seront pas bien reposés.

Du côté des Canadiens, ils ont dormi la première nuit dans le village olympique. Mais ils ont opté pour l'hôtel 5 étoiles.

Pendant que les Américains revendiquent fièrement leur vie de dortoir au village olympique, le Canada s’apprête déjà à plier bagage.

Même si Connor McDavid, Sidney Crosby, Brad Marchand, Nathan MacKinnon et compagnie ont pris le temps de vivre l’expérience olympique depuis leur arrivée, discuter avec des athlètes venus des quatre coins du monde, absorber l’ambiance, se laisser imprégner par l’esprit des Jeux, tout indique que cette parenthèse est déjà terminée.

À l’approche du tournoi, l’équipe canadienne masculine quittera le village pour s’installer ailleurs. Mot d’ordre : la médaille d’or.

On les traitents de snobs pour plusieurs raisons.

Pas de vols commerciaux : arrivée en Italie par avion nolisé depuis la région de New York. Et même si les joueurs parlent d’humilité, de fierté et d’honneur en entrant au village olympique, la réalité est claire : ils choisiront bientôt le confort à l’extérieur de l’enceinte.

Les joueurs tentent de calmer la controverse en affirmant que ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas été bien traités dans le village olympique. Mais qu'ils ont besoin de confort et de repos pour la médaille d'or.

En entrevue avec le Journal de Montréal, le gardien Jordan Binnington a vanté les chambres, la bouffe à quel point les lits étaient confortables (même s'il s'agit de lits individuels).

Il affirme aussi qu'il a parlé à plein d'athlètes de toutex disciplines et qu'il vit vraiment un moment spécial et unique.

"J'ai parlé à des athlètes qui ont des parcours incroyables. C'est impressionnant de voir leur cheminenment et tous leurs exploits" a rajouté le gardien.

Connor McDavid, lui, ne semblait pas du tout excité par les dortoirs et était prêts à aller se la couler douce àl'hôtel dès qu'il a mis les pieds dans le village:

Mais cette atmosphère va disparaître dès le début de la compétition.

« Pour l’instant, on veut s’imprégner de l’atmosphère et vivre au village avec les autres athlètes. Ensuite, on sort pour aller ailleurs », a expliqué Logan Thompson.

Sentant la soupe chaude, il jure qu'il ne veut pas froisser les athlètes canadiens.

«Je ne pense pas que ce soit un manque de respect. C’est juste qu’on veut gagner l’or et se donner les meilleures conditions et les meilleures chances pour y parvenir», jure Thompson.

Et Nathan MacKinnon a résumé la mentalité du groupe sans détour, après l'entraînement.

« C’est plaisant tout ça, mais tout ce que je veux, c’est gagner la médaille d’or. »

On parle ici d’une équipe dont la masse salariale approche les 200 millions de dollars.

MacKinnon, à lui seul, gagne 12,6 M$ cette saison. Dans la LNH, ces gars-là dorment habituellement dans les hôtels les plus luxueux des 32 marchés. À Milan, Hockey Canada leur a offert d'aller vivre leur vie de millionnaires dans les chambres d'hôtel de luxe.

Ce traitement particulier n’est pas unique : historiquement, certaines équipes professionnelles olympiques, comme le basketball américain, bénéficient aussi d’aménagements distincts.

La question du respect envers les autres athlètes canadiens s’est évidemment posée.

La réponse est restée froide, pragmatique.

Même son de cloche du côté de Darcy Kuemper :

« On est venu à Milan pour gagner. Il faut se placer dans la meilleure position possible et en tirer tous les avantages. »

Les joueurs assurent qu’ils repasseront au village pendant la quinzaine olympique.

Mais le message est limpide : l’expérience humaine passe après la performance.

Pendant que les Américains assument leur promiscuité façon campus universitaire, le Canada, lui, choisit le confort, le contrôle, l’isolement… et la quête exclusive de l’or.

Deux philosophies. Deux ambiances.

Qui gagnera la médaille d'or? Les universitaires américains terre à terre... ou les snobs canadiens?