Retour des Nordiques: la femme de Luc Poirier veut survivre

Retour des Nordiques: la femme de Luc Poirier veut survivre

Par David Garel le 2026-01-19

Paradoxalement, l’année qui s'est achevée pour Luc Poirier et son clan n’a rien d’une déroute financière. L’argent est là, abondant, presque indécent.

Mais socialement, médiatiquement, symboliquement, c’est une tout autre histoire. Rarement Luc Poirier aura été autant exposé, autant contesté, autant caricaturé.

Et rarement sa conjointe, Isabelle Gauvin, aura été autant instrumentalisée dans ce récit collectif qui dépasse largement la réalité de leur quotidien.

Tout commence par cette séquence qui a marqué l’imaginaire populaire : le Bye Bye. Encore une fois, Poirier est tourné en dérision par Stéphane Rousseau, rangé dans la case du « parvenu », de l’homme d’argent flamboyant, trop visible, trop assumé, trop nouveau riche pour certaines élites.

Ce n’est pas nouveau, mais cette année, la moquerie a collé plus fort. Parce que le contexte s’y prêtait. Parce que Poirier venait de se faire publiquement écarter d’un rêve qu’il entretenait depuis des années : celui de ramener une équipe de la LNH à Québec.

Quand le ministre des Finances Éric Girard a expliqué, sans nommer personne, qu’il avait parlé à « deux Québécois qui valent plus de 10 milliards » et qu’aucun n’était intéressé à payer deux milliards pour une équipe qui ne ferait « presque pas d’argent », le message était limpide.

Luc Poirier n’était même pas dans la conversation. Pas considéré. Pas mentionné. Effacé. Pour un homme qui s’est toujours présenté comme un entrepreneur audacieux, prêt à prendre des risques, la honte est brutale. Et il a été entendu très clairement, autant à Québec qu’à Montréal.

Le premier nom qui s’impose presque automatiquement, c’est Alain Bouchard, le fondateur et patron d’Alimentation Couche-Tard.

Bouchard, c’est l’archétype exact du profil décrit par Girard : un milliardaire discret, rationnel, obsédé par la rentabilité, qui investit là où le rendement est clair, mesurable, prévisible. Et c’est précisément pour ça que le hockey à Québec ne l’intéresse pas.

Une équipe de la LNH à 2 milliards qui génère peu ou pas de profits annuels, même si la valeur grimpe sur papier, ce n’est pas du Couche-Tard. Ce n’est pas "scalable". Ce n’est pas optimisable. Ce n’est pas son ADN.

Le deuxième nom est plus délicat, mais tout aussi évident dans les cercles économiques et politiques : Paul Desmarais fils (Power Corporation).

Là encore, on parle d’un réseau financier d’actifs colossaux, d’une richesse personnelle et familiale qui atteint –Et là encore, la réalité est cinglante pour les amateurs de hockey : Power Corp n’investit pas dans le sport émotionnel, encore moins dans un marché perçu comme politiquement sensible, médiatiquement explosif et financièrement peu performant à court terme.

Le hockey à Québec, pour ce type de profil, c’est du capital symbolique, pas du capital financier. Et ce n’est pas ce que ces gens recherchent.

C’est là que le silence de Girard devient assourdissant. Luc Poirier n’est même pas dans l’équation. Pas parce qu’il n’a pas d’argent. Pas parce qu’il n’a pas d’intérêt. Mais parce qu’il ne correspond pas au critère précis évoqué par le ministre : un individu valant 10 milliards personnellement, prêt à immobiliser 2 milliards pendant 25 ans, sans rendement annuel significatif.

Poirier n'a jamais accepté qu'on l'oublie.

C’est dans ce contexte qu’Isabelle Gauvin se retrouve, malgré elle, au cœur de la revanche. Son annonce comme participante à Survivor Québec n’est pas un simple détail.

Ce n’est pas qu’un coup de télé-réalité. C’est un message. Elle le dit elle-même : elle veut prouver qu’elle est plus qu’« une femme d’un homme fortuné ». Plus qu’un accessoire. Plus qu’un cliché. Plus qu’une image associée à l’argent.

Et ce besoin de se définir autrement ne sort pas de nulle part. Isabelle Gauvin est constamment ramenée à une vitrine sociale : l'émission très critiquée, Vie$ de rêve, fondations, philanthropie, tapis rouges, humour corrosif des réseaux sociaux.

Anne Dorval l'a personnifiée comme une "greluche" aux seins refaits, ce à quoi Luc Poirier a répliqué que sa poitrine était naturelle. (il l'a mal pris!)

Elle est souvent jugée avant même d’avoir parlé. On la réduit à la femme de l'autre. Comme si l’argent de son conjoint annulait automatiquement toute légitimité personnelle.

Survivor devient alors une réponse frontale à cette perception : pas de confort, pas de privilège, pas de raccourci. Juste l’endurance, la stratégie, la résilience.

Pendant ce temps, Luc Poirier encaisse les poursuite judiciaires.

Luc Poirier est poursuivi pour 800 000 $ par Daniel et Geneviève Émond, les fondateurs et propriétaires du Bota Bota. Leur reproche est très précis :

Ils accusent Luc Poirier de s’attribuer publiquement un rôle central dans la création du Bota Bota, rôle qu’ils estiment faux, exagéré ou carrément inventé.

Selon les Émond, Luc Poirier aurait laissé entendre, dans diverses interventions publiques et médiatiques, qu’il est à l’origine du concept, ou à tout le moins qu’il a joué un rôle déterminant dans la naissance du spa.

Eux soutiennent que c’est inexact, que le projet est le leur, qu’ils en sont les véritables créateurs, et que Poirier réécrit l’histoire à son avantage.

Luc Poirier, de son côté, conteste la version des Émond. Il affirme avoir été impliqué financièrement et stratégiquement à certaines étapes, et considère que ses propos ont été mal interprétés ou sortis de leur contexte. Il nie avoir voulu s’approprier le projet ou diminuer le rôle des véritables fondateurs.

Il se fait aussi poursuivre par Louis Morissette et Véronique Cloutier, qui réclament près de deux millions pour atteinte à leur réputation. Même s’il s’est excusé, même s’il a reculé, le mal médiatique est fait.

Et au-dessus de tout ça plane le fantôme des Nordiques. Parce que dans l’imaginaire collectif, Poirier était devenu, à tort ou à raison, l’option B après Péladeau.

Celui qui avait tenté, concrètement, d’acheter les Coyotes de l’Arizona avec l’intention claire de les relocaliser à Québec, ce que la LNH avait refusé.

Aujourd’hui, ce passé-là est balayé d’un revers de main. Le ministre ne le nomme même pas. Comme s’il n’avait jamais existé dans le dossier.

C’est peut-être ça, au fond, la dureté de cette année pour Luc Poirier. Pas l’argent à l'infini. Pas les procès. Pas les critiques. Mais le sentiment d’être constamment ramené à une caricature, pendant que ses gestes concrets sont minimisés, ignorés, ou volontairement effacés.

Et c’est exactement dans cette brèche qu’Isabelle Gauvin s’inscrit. En allant à Survivor, elle ne défend pas seulement son image. Elle défend, indirectement, celle d’un couple qui tente de reprendre le contrôle de son récit.

Pour la première fois depuis longtemps, ce n’est pas l’argent qui définit l’année des Poirier. C’est la pression. Le jugement. Et le besoin viscéral de prouver qu’ils sont plus complexes que la caricature méchante qu’on leur colle depuis trop longtemps.