Stéphane Robidas ne dort plus de la nuit.
Nuit blanche sur nuit blanche.
Parce que pendant que tout le monde à Montréal parle de la future prolongation de Martin St-Louis, de l’explosion possible du salaire de l’entraîneur-chef et des ambitions grandissantes du Canadien, un autre membre du personnel hockey se retrouve dans une position beaucoup moins confortable.
Robidas arrive à la dernière année de son contrat et, contrairement à St-Louis, rien ne laisse croire qu’une nouvelle entente est imminente. Pire encore, les derniers commentaires de Geoff Molson ne sont probablement pas ceux qu’il avait envie d’entendre.
Molson a été très clair : Martin St-Louis fait partie des plans à long terme du Canadien.
« Il reste une année de contrat, c’est un entraîneur qu’on aime beaucoup et ça fait partie des plans de le garder à long terme avec nous », a déclaré le propriétaire, président et chef de la direction du Groupe CH.
Pour St-Louis, c’est pratiquement une confirmation avant la confirmation.
Tout le monde sait qu’une prolongation de contrat de quatre ans se prépare. Tout le monde sait que le Canadien veut garder son entraîneur-chef dans la même fenêtre contractuelle que Kent Hughes et Jeff Gorton, qui ont obtenu des prolongations de cinq ans au début de la saison dernière. Tout le monde sait également que le salaire devra être considérablement supérieur aux 5 millions de dollars que St-Louis touche actuellement.
Le marché a changé, Mike Sullivan ayant obtenu 6,5 millions par saison avec les Rangers. Montréal pourrait donc très bien offrir 6,5 millions à St-Louis pour quatre ans, soit 26 millions de dollars, afin de l’installer au sommet du marché sans nécessairement lui donner un salaire supérieur à celui de Sullivan. À 7 millions, ce serait 28 millions.
Le message de Molson est donc cinglant : Martin St-Louis est protégé.
Pour Stéphane Robidas, le message est beaucoup moins rassurant. Molson a totalement ignoré le pauvre Robidas dans ses commentaires.
Sans aucune pitié pour un homme dans la tourmente.
En lui accordant quatre années supplémentaires, l’organisation ne sera plus simplement en train de donner à Martin St-Louis une récompense pour avoir accompagné une reconstruction.
Elle lui confiera la responsabilité de diriger la prochaine étape du projet. Le Canadien vient de connaître une saison de 106 points, après avoir progressé de 55 à 68, puis 76, 91 et finalement 106 points depuis l’arrivée de St-Louis.
St-Louis n’est plus l’entraîneur d’une équipe qui cherche simplement à survivre.
Il devient l’entraîneur d’une équipe qui veut gagner.
Et quand le propriétaire te dit publiquement qu’il souhaite te garder à long terme, alors que ton adjoint responsable de la défensive arrive lui aussi à une année importante de son contrat, la hiérarchie devient difficile à manquer.
Martin est sécurisé.
Robidas attend dans la peur.
C’est une différence énorme.
Surtout lorsqu’on regarde ce qui se passe avec Derek Lalonde.
Le Canadien a fait venir Lalonde comme entraîneur associé, avec une expérience d’entraîneur-chef à Detroit et deux conquêtes de la Coupe Stanley comme adjoint à Tampa Bay.
Son rôle ne se limite pas à venir donner un coup de main à Martin St-Louis. Il arrive avec une réputation d’excellent enseignant du jeu défensif et doit notamment prendre en charge le désavantage numérique.
Le Canadien vient chercher une voix expérimentée précisément dans le secteur qui a suscité le plus de critiques.
Le domaine... de "Fefane Robidas".
La pire nouvelle pour le Québécois.
Il faut se poser la question que personne ne voulait réellement poser jusqu’ici : quel jeune défenseur du Canadien est objectivement devenu meilleur sous Stéphane Robidas?
Lane Hutson? Non. Ce joueur était déjà un phénomène avant même de s’installer dans la LNH.
Noah Dobson? Non. C’est une vedette établie qui n’a pas besoin de Robidas pour expliquer son talent.
Mike Matheson? Non plus.
Kaiden Guhle devait franchir une nouvelle étape et son développement a été ralenti par les blessures, mais il n’a pas encore atteint le niveau de domination que plusieurs imaginaient pour lui.
Arber Xhekaj a vu son rôle diminuer.
Jayden Struble demeure un joueur de profondeur.
Justin Barron s'est écroulé avant de quitter Montréal.
David Reinbacher, lui, demeure un projet extrêmement important dont le développement est en retard. Il doit maintenant être suivi avec une attention particulière... et ce n'est pas Robidas qui va en faire un joueur de la LNH.
Et lorsque Dany Dubé affirme que le département qui le déçoit le plus est « la défensive, le désavantage numérique » et « le jeu défensif », il ne critique pas seulement cinq défenseurs individuellement. Il remet en question tout le fonctionnement du secteur.
Puis Jeff Gorton est venu en rajouter.
Le président du Canadien a déjà expliqué que l’attaque pouvait être suffisamment bonne, mais que l’organisation devait concentrer ses efforts sur la défensive et réduire son nombre de buts alloués. Il a répété qu’il fallait être meilleur dans le territoire défensif et diminuer les occasions de marquer offertes à l’adversaire.
Le message était clair.
L’attaque n’est plus le problème principal.
La défensive l’est.
Et l’homme qui était responsable de cette défensive s’appelle Stéphane Robidas.
Voilà pourquoi l’arrivée de Derek Lalonde est le pire cauchemar pour Robidas.
Lalonde arrive avec un salaire qui se situe autour de 1 à 1,5 million de dollars par année, soit un investissement important pour un entraîneur adjoint. Robidas, lui, doit vivre avec une tout autre réalité. Son contrat arrive à échéance à l’été 2027 et, pour le moment, aucune prolongation n’a été annoncée.
Et surtout, il doit maintenant partager son territoire avec un entraîneur associé qui possède beaucoup plus d’expérience et qui le mange au petit déjeuner.
C’est brutal pour Robidass.
Il ne faut pas oublier non plus que plusieurs autres dossiers étaient tellement louches. Trevor Letowski a quitté son rôle pour des raisons familiales, mais tout le monde sait qu'il s'agissait d'un congédiement déguisé.
Robidas attend son heure. Ouch.
