Il y a un malaise qui grossit à vue d’œil autour de Brendan Gallagher à Montréal. Un malaise qui n’est plus seulement sportif, ni seulement médiatique. Un malaise humain. Un malaise dans le vestiaire. Un malaise devant les caméras.
Et vendredi, ce malaise a franchi une nouvelle étape.
Brendan Gallagher a refusé de rencontrer les journalistes.
Après l’entraînement, les médias ont demandé à lui parler. C’était logique. Le vétéran des Canadiens de Montréal est au cœur de toutes les discussions. Son temps de jeu chute. Son rôle est menacé. Les questions sont nombreuses.
Mais Gallagher n’était pas dans le vestiaire.
Il n’a pas répondu aux demandes médiatiques.
Un geste qui en dit long sur l’état de la situation.
Parce que sur la glace, la pression devient de plus en plus visible. À 33 ans, Gallagher traverse l’un des moments les plus délicats de sa carrière. Ses statistiques parlent d’elles-mêmes : six buts et quatorze passes en 62 matchs, et surtout un temps de glace qui s’effondre.
Après les dix premiers matchs de la saison, il figurait au huitième rang des attaquants de l’équipe avec près de 14 minutes de jeu en moyenne.
Depuis la pause olympique?
Il est tombé au dernier rang.
À peine 11 minutes et 10 secondes en moyenne.
Et certaines soirées sont encore plus difficiles. Lors des derniers matchs disputés dans des séquences rapprochées, Gallagher a été limité à moins de dix minutes de jeu. Un signal clair que son rôle change.
Même son ami Phil Danault ne peut plus éviter le sujet.
« Ce n’est pas facile et les joueurs, on a tous des ego, surtout à Montréal, un gros marché. »
Martin St-Louis a lui-même reconnu la réalité que vivent les vétérans dont les minutes diminuent.
L’entraîneur du Canadien parle en connaissance de cause. Lui aussi a vécu cette transition dans sa carrière.
« J’ai passé à travers ça, tes minutes diminuent et on est tous des compétiteurs. C’est la roue qui tourne. Quand il était top six, il a sûrement poussé un vétéran qui jouait moins. »
#Habs Martin St. Louis on Brendan Gallagher
— Chris G (@ChrisHabs360) March 14, 2026
"He has embraced a major leadership role and helped our young players evolve. He plays with great intensity; Gally is a true professional. I know his minutes have decreased, but that is simply what happens when you have talented young… pic.twitter.com/PiZXNvVE4j
La phrase est lourde de sens.
La roue tourne.
Et présentement, elle tourne contre Brendan Gallagher.
Pendant que le vétéran voyait son rôle diminuer, son principal rival pour un poste dans l’alignement, Alexandre Texier, vivait la situation inverse.
Texier venait tout juste de revenir dans la formation après cinq matchs sur la passerelle.
Et qu’a-t-il fait?
Il a marqué.
Malgré ça, vendredi à l’entraînement, Texier se retrouvait encore au centre de la patinoire avec les joueurs excédentaires pendant que Gallagher répétait avec la deuxième unité d’avantage numérique.
Une image qui résume parfaitement le malaise actuel.
Même dans le vestiaire, les joueurs reconnaissent que la situation est délicate.
Le compagnon de longue date de Gallagher, Phillip Danault, n’a pas caché la difficulté mentale que peut représenter une diminution de rôle.
« Tu joues dans les deux premiers trios toute ta carrière, et à un moment donné tu descends. C’est difficile, ça peut donner un coup mental. L’important, c’est de continuer à travailler, d’avoir du cœur. »
Danault parle d’expérience.
Mais même lui sait que la compétition interne est devenue réelle.
Le Canadien est plus profond que jamais. Les jeunes poussent. Les places dans l’alignement sont rares. Et l’entraîneur l’a admis lui-même.
« Parfois, il faut prendre des décisions difficiles. Gally est un pro. Je sais ce qu’il peut amener. On va prendre des décisions un match à la fois, les meilleures pour l’équipe. »
St-Louis n’a jamais caché son respect pour Gallagher.
Il rappelle constamment ce que le vétéran a apporté pendant les années difficiles.
« Les vétérans qui ont vécu la reconstruction sont une raison pour laquelle on est où on est. Certains n’ont pas voulu vivre ça. Il a été un meneur, il a aidé nos jeunes. »
Mais même cet hommage ne peut pas masquer la réalité.
Les minutes diminuent.
La compétition augmente.
Et l’éventualité que Gallagher devienne un jour le treizième attaquant n’est plus une hypothèse farfelue.
Ironiquement, ce rôle ne lui est arrivé qu’une seule fois dans toute sa carrière : le 19 janvier 2013.
Trois jours plus tard, il disputait son premier match dans la LNH.
Plus de douze ans plus tard, la possibilité de redevenir ce fameux treizième attaquant plane à nouveau.
Et c’est précisément ce qui rend la situation aussi lourde.
Parce que Brendan Gallagher n’est pas un joueur ordinaire dans cette organisation.
Il porte un « A » sur son chandail.
Il a vécu les pires années de la reconstruction.
Il s’est sacrifié physiquement pendant plus d’une décennie.
Mais dans la LNH, même les guerriers finissent par se retrouver face à la même réalité.
La roue tourne.
Et présentement, à Montréal, tout indique qu’elle est en train de tourner très vite pour Brendan Gallagher.
