La victoire de 4-2 à Buffalo était incroyable. Mais elle cache deux malaises immenses.
Comme on dit dans le jargon du hockey, il y a des matchs qui gagnent au tableau, mais qui perdent quelque chose de beaucoup plus précieux sur le plan de la crédibilité interne.
La victoire de 4-2 du Canadiens de Montréal contre les Sabres de Buffalo faisait partie de cette catégorie-là. Oui, deux points. Oui, une structure globalement correcte. Mais au cœur de cette soirée, il y avait un trio "fini à la corde" qui a amplifié tous les doutes, toutes les incompréhensions, et tous les malaises qui traînent depuis trop longtemps autour de certains contrats : celui de Phil Danault, Brendan Gallagher et Josh Anderson.
Commençons par être justes : Danault a fait son travail. Il a gagné ses mises au jeu, il a été responsable défensivement, il a joué plus de 18 minutes, il a été utile en désavantage numérique, exactement ce qu’on attend de lui dans un match serré contre une équipe lourde.
Rien à redire de ce côté-là. Mais autour de lui, c’était le néant. Un néant inquiétant, parce qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais match ordinaire, mais d’une absence totale d’impact de deux joueurs qui sont censés incarner la robustesse, la présence physique, la capacité de rendre la vie difficile à l’adversaire dans ce type précis de rencontre.
Josh Anderson a joué une douzaine de minutes, et il faut presque se forcer pour se souvenir d’une seule présence marquante.
Pas de mises en échec qui changent l’élan, pas de poursuite qui dérange la relance adverse, pas de présence intimidante le long des rampes. Invisible. Et pas invisible dans le sens discret ou efficace dans l’ombre : invisible au point où, contre un club comme Buffalo (jeune, robuste, physique), ça devient franchement incompréhensible.
C’est exactement ce genre de match où Anderson est censé exister, imposer quelque chose, faire sentir son gabarit. Or, il n’a rien imposé du tout.
Quand un ailier de puissance à 5,5 millions par année jusqu'en 2027 est un non-facteur complet dans un match de ce profil-là, la question n’est plus « est-ce qu’il traverse une mauvaise passe », mais bien « à quoi sert-il encore dans ce rôle précis ».
Et Gallagher… Gallagher, c’est une autre douleur, plus profonde encore, parce qu’on connaît l’homme, parce qu’on connaît ce qu’il a donné, parce qu’on sait que l’effort est là.
Mais l’effort sans l’impact, ça ne suffit plus. Lui aussi a été effacé. Peu de rythme, peu de pression réelle, des présences qui s’éteignent rapidement.
Son 6,5 M$ par année jusqu'en 2027 nous donne mal au coeur.
On ne parle même plus de production offensive à ce stade : on parle simplement de capacité à influencer le cours d’un match. Et contre Buffalo, cette capacité-là était absente.
Le plus troublant dans tout ça, ce n’est pas seulement que le trio n’a pas été bon. Des trios connaissent de mauvaises soirées. Ce qui dérange, c’est le contexte.
On parle de deux joueurs encore sous contrat, encore coûteux, encore protégés par leur statut, mais qui, match après match, laissent l’impression d’être rendus au bout de ce qu’ils peuvent offrir sur la glace.
Anderson est censé être le joueur physique par excellence. Gallagher est censé être l’âme, le moteur émotionnel. Or, quand ni l’un ni l’autre ne fournit ce qu’il est censé fournir, le trio devient une charge plutôt qu’un outil.
C’est là que le malaise prend toute sa place. Parce que ce ne sont pas de jeunes joueurs en apprentissage. Ce ne sont pas des projets.
Ce sont des vétérans, avec des salaires de vétérans, utilisés dans des situations de vétérans. Et contre les Sabres, ils ont été non seulement inefficaces, mais inutiles. Pire : ils ont forcé Danault à jouer un rôle de pompier constant, à compenser, à stabiliser une ligne qui ne générait rien.
La question devient donc inévitable : si Josh Anderson n’est pas capable d’être physique dans un match comme celui-là, quand le sera-t-il ?
Si Gallagher n’est plus capable d’imprimer un minimum d’énergie dans un contexte aussi clair, qu’est-ce qu’on attend encore pour accepter la réalité ?
Ce ne sont plus des « mauvaises soirées ». Ce sont des tendances. Et ces tendances sont exactement ce qui transforme deux contrats encore gérables sur papier en véritables patates chaudes sur la glace.
Le Canadien peut gagner malgré eux, comme il l’a fait hier. Mais il ne gagnera pas à cause d’eux. Et à ce stade-ci, c’est peut-être la distinction la plus inquiétante de toutes.
Le CH devrait en racheter un des deux. Et s'il doit trancher, ce sera Gallagher. Plus vieux, plus petit, encore plus fini qu'Anderson.
Mais le CH a tellement de respect pour ce vétéran au bout du rouleau... que l'émotion va gagner sur la réalité...
On va garder Gallagher jusqu'à la fin de son contrat. Par pitié.
Triste...
