Pendant des mois, Arber Xhekaj a été l’un des joueurs les plus protégés par les partisans des Canadiens de Montréal.
Au début de son aventure dans la LNH, c’était presque une histoire romantique : un joueur non repêché, un dur à cuire, un défenseur qui apportait intimidation et émotion dans une organisation qui en manquait cruellement.
À chaque fois qu’il était laissé de côté par Martin St-Louis, la réaction était instantanée. Les réseaux sociaux s’enflammaient. Les partisans accusaient l’entraîneur de ne pas comprendre la valeur du « Shérif ». Montréal voulait croire que Xhekaj faisait partie de l’identité future du club.
Mais aujourd’hui, quelque chose a changé.
On sent clairement que la lune de miel tire à sa fin.
Depuis des mois, les décisions de Martin St-Louis racontent une histoire très différente de celle que les partisans voulaient entendre.
Minutes en chute libre. Présences irrégulières dans l’alignement. Statut de défenseur interchangeable avec Jayden Struble. Et surtout, ce sentiment constant que le coach ne lui fait jamais vraiment confiance pour des situations importantes. Quand les matchs deviennent serrés, le banc raccourcit… et Xhekaj disparaît.
Ce n’est pas un hasard.
À l’interne, on sait depuis longtemps que Martin St-Louis voit le hockey d’une manière très différente de celle incarnée par Xhekaj.
L’entraîneur privilégie la lecture du jeu, la mobilité, la rapidité d’exécution. Bref, ce fameux “hockey IQ” dont il parle souvent lorsqu’il évoque les erreurs qui ne peuvent pas être tolérées à ce niveau.
Et c’est exactement là que le dossier Xhekaj devient délicat. Parce que malgré son physique, son tir lourd et sa capacité à changer l’énergie d’un match, son jeu demeure irrégulier.
Et dans une équipe qui commence à penser sérieusement aux séries éliminatoires, l’irrégularité devient un problème.
Ce changement de perception se ressent maintenant jusque dans l’opinion publique. Pendant longtemps, critiquer Xhekaj relevait presque du sacrilège à Montréal.
Aujourd’hui, on entend un discours différent : plusieurs commencent à admettre que le défenseur de 25 ans n’a peut-être jamais réussi à s’établir comme un défenseur top-6 fiable dans la LNH.
Un joueur d’énergie, oui. Un joueur utile dans certaines circonstances (pour casser des faces) certainement. Mais un défenseur sur lequel on peut compter pour 12-13-14-15 minutes en séries? Le doute s’installe.
Et ce doute change complètement la dynamique autour d’une éventuelle transaction.
Parce que dans les dernières semaines, il est devenu évident d’une chose : si Kent Hughes avait réussi à mettre la main sur un défenseur droitier capable d’aider immédiatement le club, c’est Xhekaj qui aurait quitté Montréal.
Tous les scénarios de marché menaient à cette conclusion. Que ce soit dans des discussions impliquant Rasmus Ristolainen, dans certains montages possibles pour Nazem Kadri et Zack Whitecloud ou même dans le fameux "package deal" pour Robert Thomas ou Jordan Kyrou, Xhekaj apparaissait constamment comme la pièce logique à sacrifier.
Car il a une certaine valeur sur le marché des transactions.
Les joueurs comme lui ne courent pas les rues dans la LNH. Défenseur de 6 pieds 4 pouces, plus de 240 livres, capable de frapper, de jeter les gants et d’amener une dimension physique que plusieurs équipes cherchent désespérément à ajouter.
Pour une équipe en reconstruction ou une organisation qui veut changer son identité, Xhekaj demeure un actif très intéressant.
Mais à Montréal, la réalité est différente.
Le club a évolué.
L’organisation commence à regarder vers le haut du classement plutôt que vers le repêchage. Et dans cette nouvelle phase, chaque poste doit être occupé par un joueur capable de répondre à des exigences beaucoup plus élevées.
C’est aussi ce qui explique pourquoi un autre nom commence à prendre de plus en plus de place dans la conversation : David Reinbacher.
David Reinbacher joue présentement le meilleur hockey de sa carrière avec le Rocket.
— Patrick Guillet (@PatGuillet) March 7, 2026
Pascal Vincent lui fait de plus en plus confiance : 28:12 de temps de glace hier soir dans la victoire des siens.
Serait-il temps de lui donner sa chance avec le grand club? 👀🏒@DLCoulisses… pic.twitter.com/ezVDTRko3n
Pendant que Xhekaj se débat avec un rôle instable dans la LNH, Reinbacher est en train de jouer le meilleur hockey de sa jeune carrière avec le Rocket de Laval.
Son entraîneur lui confie des responsabilités énormes, au point de lui donner plus de 28 minutes de temps de glace lors d’un récent match. Pour un jeune défenseur, c’est un signal extrêmement clair : il est capable de gérer de lourdes charges de travail.
Et pour plusieurs observateurs, la question devient inévitable.
Combien de temps encore va-t-il rester à Laval?
Des analystes comme Grant McCagg le disent ouvertement : la mission du club-école est d’aider le Canadien à gagner, pas de collectionner des bannières dans la Ligue américaine. Si Montréal veut consolider sa place en séries, rappeler Reinbacher pourrait rapidement devenir une option logique.
Montreal making the playoffs is a lot more important than Laval winning the division, so it's time - call up Reinbacher!
— Grant McCagg (@grantmccagg) March 8, 2026
🎙️FULL PODCAST HERE:🎙️https://t.co/a33zQ7cu0N pic.twitter.com/5Gtrl3aSfE
Et c’est là que le cauchemar devient brutal pour Xhekaj.
D’un côté, un défenseur de 25 ans qui peine à convaincre son entraîneur qu’il mérite un rôle stable. De l’autre, un espoir repêché dans le top-5 qui pousse de plus en plus fort derrière lui.
Dans ce contexte, la conclusion devient presque inévitable : la lune de miel entre Xhekaj et Montréal semble s’essouffler.
Et paradoxalement, ce n’est peut-être pas une mauvaise nouvelle pour le Canadien.
Parce que si l’organisation décide éventuellement de tourner la page, la réaction des partisans ne sera peut-être plus aussi explosive qu’elle l’aurait été il y a un an. La perception du joueur a changé. Les attentes ont changé. Et le débat autour de son rôle dans l’équipe est devenu beaucoup plus nuancé.
Pour Kent Hughes, c’est presque le scénario idéal. Si une transaction finit par se concrétiser cet été, il ne sera plus accusé d’avoir sacrifié le chouchou de la ville. Il pourra plutôt présenter la décision comme un ajustement logique dans l’évolution d’une équipe qui veut passer à l’étape suivante.
Et quand une organisation atteint ce moment où un ancien favori des partisans devient simplement un actif parmi d’autres… c’est souvent le signe que le cycle est en train de changer.
