Rabaissement psychologique: Samuel Montembeault a été détruit par Éric Raymond

Rabaissement psychologique: Samuel Montembeault a été détruit par Éric Raymond

Par David Garel le 2026-01-28

Il fallait que ça sorte. Depuis des mois, en coulisse, on entendait les mêmes murmures à propos d’Éric Raymond, et tant que le poste tenait, tant que le club parvenait à maquiller ses failles derrière quelques bonnes performances, personne n’osait révéler l’ampleur du malaise.

Mais son congédiement a servi de révélateur. Ce n’était pas seulement une question de résultats ou de statistiques; c’était une question de climat, de respect et de psychologie. Et dans ce domaine, Samuel Montembeault a été le plus grand dommage collatéral.

Parce qu’il faut dire les vraies choses. Il n’y a pas de gardien plus vulnérable émotionnellement que Montembeault.

C’est un gars brillant, généreux, attachant, mais profondément sensible à ce qu’on dit de lui. On le sait depuis longtemps.

Chaque remarque sur sa "shape", sur sa posture dans le filet, sur sa prétendue fragilité physique, il la porte comme un poids supplémentaire sur les épaules.

Chaque commentaire sur son style nonchalant, sur sa technique imparfaite, sur le fait qu’il ne serait jamais un vrai numéro un, finit par lui gruger une partie de son assurance.

C’est un gardien qui fonctionne à la confiance, et dès qu’elle se fissure, tout s’effondre.

Dans un tel contexte, il avait besoin d’un coach qui stabilise, qui rassure, qui bâtisse. Il a eu exactement l’inverse.

Car derrière les portes fermées, Éric Raymond incarnait quelque chose d’autre. Une forme de vieille école toxique. Une attitude d’ex-autorité qui se croyait à l’abri des époques modernes.

Il aimait imposer, confronter, déstabiliser. Il aimait que les gardiens se sentent à sa merci. Et dans le cas de Montembeault, cette dynamique a prit une tournure presque malsaine.

Lorsqu’un match allait mal, Raymond ne calmait pas; il chargeait. Lorsqu’un doute s’installait, Raymond l’élargissait.

Lorsqu’un arrêt raté devenait une faille, Raymond en faisait un dossier. Des jeux psychologiques, des remarques cinglantes, des moments humiliants à la Babcock, des confrontations frontales à la Tortorella, tout y passait.

On ne parle pas d’encadrement. On parle de déconstruction.

Et pour un gardien aussi sensible, aussi conscient de chaque regard, chaque critique, chaque souffle lancé dans sa direction, cette façon de faire n’a jamais été un moteur; ça a été un boulet.

Montembeault ne ressortait pas grandi des séances vidéo ou des pratiques poussées. Il en sortait vidé. On l’a vu d’ailleurs dans la manière dont il répondait aux questions, toujours sur la défensive, toujours inquiet de dire trop ou pas assez, toujours marqué par cette peur de mal paraître.

Ce n’est pas une coïncidence. Dans une relation saine gardien-entraîneur, la communication devient un refuge. Avec Raymond, elle était un terrain miné.

Ce qui est frappant, c’est que même dans les bonnes séquences de Montembeault, rien n’était jamais célébré ou renforcé.

Un arrêt spectaculaire devenait une exception plutôt qu’une preuve de compétence. Un bon match devenait un simple sursis. Un ballon de confiance n’était jamais lancé.

Comme si Raymond craignait plus que tout qu’un gardien prenne trop de place, trop de lumière, trop de contrôle sur son propre destin. Comme si la fragilité de Montembeault devenait une opportunité pour lui d’exercer un pouvoir.

Et c’est là que l’on comprend à quel point ce congédiement dépasse le cadre purement sportif. Pour un gardien comme Montembeault, cette libération n’a rien d’anodin.

C’est une coupure avec un système qui le brisait jour après jour. Une rupture nécessaire avec une dynamique où il n’était jamais autorisé à se sentir bon, ou même simplement en progression. Une sortie obligatoire d’un environnement où chaque erreur devenait une arme utilisée contre lui.

Ce n’est pas dire que Raymond est responsable de toutes les difficultés du Canadien devant le filet. Mais il est responsable de l’atmosphère qu’il créait.

Et quand un gardien déjà fragile doit composer à la fois avec les critiques populaires, les doutes internes, les discussions sur sa valeur et les attaques sourdes d’un coach qui croit encore au pouvoir de la peur, il ne reste plus beaucoup de place pour respirer.

Aujourd’hui, le Canadien tourne la page. Mais surtout, Samuel Montembeault peut, peut-être pour la première fois depuis longtemps, recommencer à se sentir soutenu, entendu, accompagné. Ses défauts existent, sa fragilité aussi, mais rien de tout cela ne justifiait les méthodes destructrices qui l’entouraient.

Il n’avait pas besoin d’être corrigé.

Il avait besoin d’être protégé.

Et enfin, peut-être, il le sera.