Pauvre Arber Xhekaj. Pauvre sa famille.
Ce qui s’est passé autour d’Arber Xhekaj aujourd'hui est l'équivalent d'un coup de poignard dans le coeur du défenseur et de ses proches.
D’un côté, La Presse publie deux textes majeurs, fouillés, humains, puissants, sur la fierté albanaise, sur l’histoire familiale des Xhekaj, sur le père, l’exil, la survie, l’identité, la transmission, et sur ce que représente Arber Xhekaj pour la communauté albanaise qui s’est reconnue en lui.
La famille Xhekaj | « Ils me rendent si fier » https://t.co/qLqWxcBEUs
— La Presse Sports (@LaPresse_Sports) January 20, 2026
On parle d’intégration, de résilience, de sacrifices, de racines. On parle d’un joueur devenu bien plus qu’un défenseur de sixième rang : un symbole culturel, social, presque identitaire.
Et pendant que ce récit-là occupe l’espace public, pendant que le Québec découvre ou redécouvre ce que Xhekaj incarne au-delà de la patinoire, Martin St-Louis, lui, tranche sans émotion. Arber Xhekaj est laissé de côté.
Écarté de l’alignement contre le Wild du Minnesota, au profit de Jayden Struble, et détail cinglant, c’est Struble lui-même qui l’annonce aux médias, alors que les médias pensaient que Xhekaj avait enfin gagné son poste de manière permanente.
C’est là que le choc se produit.
Parce qu’on ne parle plus seulement de hockey. On parle d’un décalage total entre le narratif public et la réalité interne, entre l’image d’un joueur célébré par les fans et celle d’un joueur relégué par le coach.
On parle d’un entraîneur qui refuse obstinément de composer avec tout ce qui dépasse la glace : la popularité, l’attachement du public, l’histoire humaine. Pour St-Louis, tout ça n’existe pas. Et ce refus n’est plus subtil. Il le met dans notre face.
On croyait qu’Arber Xhekaj avait gagné son poste. Pas par pitié. Pas par marketing. Par le jeu. Par l’impact physique. Par l’engagement. Par les mises en échec. Par les combats. Par la présence. Il avait frappé tout ce qui bougeait. Il avait répondu quand ça brassait. Il avait donné exactement ce que l’organisation lui demandait depuis des mois : être le shérif, mais sans déraper.
Et pourtant, Xhekaj est le premier sacrifié aujourd'hui.
Le message est cinglant.
Martin St-Louis ne veut pas de ce joueur-là dans sa structure idéale. Il ne veut pas gérer ce profil-là. Il ne veut pas composer avec ce que Xhekaj représente, ni sur la glace, ni à l’extérieur. Et surtout, il ne lui fait pas confiance quand vient le temps de figer un alignement.
On peut tourner autour du pot tant qu’on veut, mais les faits sont brutaux. Xhekaj joue peu quand il est en uniforme. Il saute des matchs quand la pression monte. Il n’est jamais utilisé pour tuer des pénalités. Il n’est pas sur la glace quand le match se resserre. Et maintenant, il est carrément sorti de l’équation pendant que La Presse le place au centre d’un récit collectif.
À Montréal, ce genre d'histoire explose.
Parce que ce marché-là fonctionne à l’émotion autant qu’à la performance. Et parce que les partisans ne sont pas naïfs. Ils voient très bien ce qui se passe. Ils comprennent que ce n’est plus une question d’erreurs défensives ou de lectures en zone neutre. C’est une question de fit philosophique.
St-Louis prône le collectif absolu, le contrôle, la discipline, la conformité.
Xhekaj est instinctif, brut, imparfait, excessif.
Et ce genre de joueur-là, soit tu l’embrasses complètement, soit tu le rejettes. Il n’y a pas de demi-mesure possible.
Le plus dur dans tout ça, c’est que le timing ne pouvait pas être pire. Alors que le père Xhekaj raconte l’enfance au Kosovo, la guerre, la prison, la fuite, la survie; alors que la communauté albanaise célèbre Arber comme un bijou d’intégration et de réussite; alors que le Québec découvre l’ampleur humaine derrière le numéro 72… le coach, lui, l’envoie dans les gradins, comme si rien de tout ça n’avait d’importance.
Et c’est là que la fracture devient irréversible.
Parce qu’un joueur peut accepter d’être critiqué.
Il peut accepter d’être benché.
Il peut accepter de perdre des minutes.
Mais être détruit sportivement, au moment même où ton importance explose à l’extérieur de la glace? Ça, c’est autre chose.
Ce n’est pas seulement humiliant.
C’est disqualifiant.
À partir de là, la question n’est plus de savoir si Xhekaj peut encore s’imposer à Montréal. La question est de savoir combien de temps cette situation peut durer sans que ça éclate.
Car l’été approche. Xhekaj devient joueur autonome avec compensation. Il gagne 1,3 million de dollars. Et il sait qu’il peut obtenir plus ailleurs. P
as seulement en salaire, mais en rôle, en minutes, en respect hockey. Des équipes comme Pittsburgh, Philadelphie, Chicago, Seattle ou Boston n’y verraient pas un problème culturel, mais une solution physique. Un protecteur. Un stabilisateur. Un message envoyé à leurs jeunes.
À Montréal, il est devenu une patate chaude.
À l’extérieur, il reste une marchandise convoitée.
La première page de La Presse et les gradins, le même jour.
Cet été, Arber Xhekaj va quitter le Canadien de Montréal. C'est écrit dans le ciel.
