Jeff Gorton est sorti de son silence. Et même s’il n’a pas promis une transaction choc noir sur blanc, son entrevue trace une ligne très claire sur où s’en va le Canadien et comment il compte y arriver.
À quelques matchs de la date limite, le président des opérations hockey du Canadiens de Montréal a livré un message long, réfléchi, presque programmatique. Le genre de discours qui ne sert pas à exciter la galerie, mais à préparer le terrain.
D’entrée de jeu, Jeff Gorton reconnaît l’évidence : son équipe est rendue ailleurs.
« Je pense que ça démontre que notre équipe est en train d’évoluer vers quelque chose de solide. Les joueurs ont maintenant confiance qu’ils sont bons. À quelque part, on est devenus une équipe qui croit pouvoir gagner tous les soirs. Je ne suis pas certain que c’était vrai il y a 12 ou 15 mois, mais aujourd’hui, oui. »
Et il insiste :
« L’attente maintenant, chaque soir, c’est de gagner. Pas juste de compétitionner. Les gars sentent qu’ils sont bons. Ils savent que s’ils jouent de la bonne façon, ils vont être dans chaque match. Et ça, c’est nouveau pour nous. Ce n’est pas entièrement nouveau… mais c’est nouveau d’entendre autour de la ligue des commentaires sur notre façon de jouer, sur notre coaching, sur la manière dont l’équipe est bâtie. Ce sont tous de très bons signes de notre évolution. »
Puis vient la phrase que tout le monde attendait.
Oui, le Canadien veut être agressif.
Mais pas n’importe comment.
« On aimerait être agressifs, et on le sera, si c’est nécessaire. »
La nuance est capitale. Parce que Gorton enchaîne immédiatement avec ce qui guide toutes leurs décisions :
« Ce désir-là doit être balancé avec notre objectif à long terme. On ne veut rien faire qui pourrait bloquer ce qu’on essaie vraiment de bâtir. »
Le message ets clair: pas question de brûler des actifs juste pour suivre la tradition des équipes bien classées à la date limite.
Gorton est lucide. Même si l’Est est plus ouvert que jamais, il refuse de se raconter des histoires :
« J’ai travaillé pour des gens dans le hockey qui croyaient que si tu fais juste entrer en séries, tu as une chance. Je comprends cette mentalité. Quand tu sens que ton équipe est bonne et que tu ajoutes un ou deux morceaux, tu sais ce que ça peut donner. Mais Kent et moi passons énormément de temps à analyser la prochaine étape. Et on est dans une phase où ce qu’on va faire ensuite est extrêmement important. »
Il explique ensuite le vrai défi :
« Quand on me demande comment on équilibre notre vision à long terme avec le fait de ne pas gaspiller l’occasion devant nous, c’est difficile à répondre. Parce que tu ne sais jamais quand le bon moment arrive. Kent est excellent pour rester à l’affût de ce qui est disponible, il parle constamment aux autres DG. Il est très méthodique. Notre travail, c’est d’être prêts, que la décision arrive aujourd’hui, demain ou dans quelques mois. »
Le Canadien ne fera pas de transaction juste pour dire qu’il a bougé.
Gorton et Kent Hughes cherchent des joueurs qui aident maintenant ET demain.
Et si ce joueur-là n’est pas disponible avant la date limite, ils attendront.
Ce n’est pas du conservatisme. C’est une stratégie.
Gorton rappelle d’ailleurs que plusieurs besoins perçus au début de la saison se sont estompés à l’interne :
« À la fin de l’an dernier, tout le monde parlait d’un centre de deuxième trio et d’un défenseur droitier. On entendait ça. Mais en interne, on voyait aussi des gars capables de combler ces rôles. Je pense que personne ne s’attendait à ce qu’Oliver Kapanen fasse ce qu’il fait présentement, et il a fait un travail remarquable comme recrue. À bien des égards, il a enlevé beaucoup de pression sur cette demande-là. Noah est arrivé et, assez discrètement, il a été vraiment bon. Il est très constant. Il apporte beaucoup à notre équipe et il s’intègre parfaitement. »
Même discours devant la congestion actuelle dans l’alignement :
« Si vous regardez notre roster, c’est assez clair qu’on a des gars en surplus. La profondeur qu’on a ajoutée nous a permis de traverser une période où on était très amochés physiquement. Dans d’autres années, on se serait probablement effondrés. »
Mais il est honnête : quelque chose devra éventuellement sortir.
Pas nécessairement pour ajouter.
Parfois juste pour équilibrer.
« Il est possible qu’on doive soustraire quelqu’un. Que ce soit pour l’espace sous le plafond salarial ou simplement pour désengorger l’alignement. »
Et malgré tout ce flou volontaire, Gorton conclut sur une note très forte :
« On aime notre équipe. On est excités par où on est rendus. Je ne sais pas exactement ce qui s’en vient, mais j’aime ce que je vois. C’est un bon groupe. Les gars aiment jouer ensemble. Ils croient en eux. J’ai vraiment l’impression qu’on s’améliore constamment. À mesure que la saison devient plus difficile, ils répondent présents. J’aime notre constance, pour la plupart. Jusqu’ici, ça va bien. »
Voilà la vraie sortie de Jeff Gorton.
Pas un DG en mode panique.
Pas un dirigeant prêt à lancer ses choix au feu.
Mais un architecte qui sent que son équipe est prête à accélérer… sans jamais perdre le contrôle du volant.
Il dit vouloir être agressif.
Mais seulement si ça respecte la vision.
Et dans le contexte actuel, ça veut dire une chose très simple :
le Canadien ne bougera pas pour faire plaisir au marché.
Il bougera seulement quand l’opportunité cadrera parfaitement avec ce qu’il est en train de bâtir.
Et ça, c’est exactement ce qui rend les prochaines décisions aussi lourdes… que fascinantes.
