Il y a quelque chose de fascinant, et d’un peu désolant, dans la manière dont les médias traditionnels continuent, en 2025, à courir après des narratifs dépassés pendant que toute la planète hockey a déjà tourné la page.
La Presse, RDS, certains chroniqueurs des ondes FM… tous ont répété en boucle la même histoire : Samuel Montembeault aurait supprimé ses réseaux sociaux, et ce geste aurait été l’élément déclencheur de sa renaissance à Vegas.
C’est faux.
C’est factuellement faux.
Et c’est la preuve encore une fois que ce marché vit à deux vitesses : celle du public informé… et celle des médias qui n’ont absolument rien vérifié.
Parce qu’au moment même où leurs articles sortaient, l’Instagram de Samuel Montembeault était… toujours là.
Actif.
Visible.
Public.
Avec ses publications, ses photos.
Il ne l’a jamais supprimé.
Il a simplement retiré l’application de son téléphone et désactivé les commentaires.
Ce qui n’est pas du tout la même chose.
Mais La Presse a préféré construire un narratif Disney : la fermeture des réseaux sociaux, le retour aux bases, la libération mentale… et la résurrection héroïque face aux Golden Knights.
La réalité, elle, est beaucoup plus humaine... et beaucoup plus crue.
Et le plus fou dans tout ça, c’est que Samuel Montembeault lui-même est un peu responsable de ce malentendu.
Pas par manipulation. Pas par stratégie. Mais par maladresse, par fatigue, par détresse presque.
Devant les caméras, il a dit : « J’ai supprimé mes réseaux sociaux. »
Le problème, c’est que Montréal n’est pas un marché normal. Ici, tu ne peux pas dire ça. Parce que dans les trente secondes qui suivent, tout le monde va aller vérifier. Et tout le monde a vu la même chose :
Son Instagram était encore là.
Résultat : La sortie qui voulait inspirer de la compassion s’est retournée contre lui. La perception a changé d’un coup :
Il exagère.
Il dramatiste.
Il veut attirer la pitié.
Un athlète professionnel ne peut pas se permettre ce genre de glissement narratif à Montréal. Et Montembeault l’a appris à la dure.
Parce que la vérité, la vraie, c’est qu’il y a bel et bien eu un nettoyage massif sur ses plateformes :
Plusieurs photos ont été retirées, notamment celles où l'on s'attaque à son apparence physique. Des commentaires ont été effacés en quantité industrielle
Les insultes les plus violentes ont été supprimées. La modération activée. Des mots-clés bloqués Des restrictions appliquées aux publications
Bref, il a protégé ce qu’il pouvait.
Mais il n’a jamais fermé son compte.
Fait que quand on voit La Presse écrire que sa performance de Vegas est due à sa « fermeture de réseaux sociaux », ça montre surtout une chose :
ils n’ont aucune idée de comment fonctionne Instagram en 2025.
Parce que la vraie histoire, celle que les médias tardent à comprendre, elle est ailleurs.
Elle est dans les 20 minutes de travail technique avec Éric Raymond le soir de la catastrophe contre Washington ;
Les entraînements matinaux où Raymond devait littéralement le chasser de la glace ;
Les répétitions sans rondelle, encore et encore, juste pour retrouver un geste fluide ;
Le mantra « ne pas penser, juste pousser » qu’il a adopté comme un soldat en mission ;
L’humiliation publique qui a atteint un point tel qu’il n’avait plus rien à perdre.
Montembeault n’a pas gagné à Vegas parce qu’il a fermé Instagram. Il a gagné parce qu’il a touché le fond, puis qu’il a trouvé le moyen de remonter.
Et franchement, ce qu’il a fait à Vegas, c’est peut-être une des performances les plus courageuses de sa carrière.
29 arrêts, une technique propre, des déplacements impeccables, un calme retrouvé, la meilleure version de lui-même un message silencieux, mais violent :
« Vous m’avez enterré trop vite. »
C’est ça le cœur du problème. La Presse écrit encore que « la fermeture de ses réseaux sociaux l’a recentré ». RDS parle d’un « geste symbolique qui l’a libéré ».
Certains chroniqueurs disent que « couper la toxicité, ça a tout changé ». Mais ce n’est pas ça qui s’est passé. Ce qui s’est passé, c’est l’histoire d’un gars démoli par son propre marché : traité de grassouillet,, de double menton, insulté sur son accent, attaqué sur sa conjointe, moqué sur sa personnalité, humilié après le match de Washington, laissé dans une spirale médiatique que le CH n’a même pas tenté d’éteindre.
Quand tu vis ça, tu ne fermes pas Instagram parce que tu veux « te recentrer ». Tu le fermes parce que tu essaies de survivre psychologiquement. Et ça, La Presse n’en a pas parlé.
Et ce n’est pas parce qu’il a gagné un match qu’il est soudainement sauvé. Ses statistiques sont irrécupérables cette saison. Son statut de numéro un n’existe plus. Le match de Vegas lui a donné un peu d’air, pas une nouvelle carrière.
Le conte de fées inventé par certains médias, celui d’un gardien qui supprime Instagram, retrouve sa pureté intérieure et renaît dans le désert du Nevada, n’existe pas.
La vérité, c’est l’histoire plus complexe, plus lourde, plus humaine d’un joueur qui se bat contre son marché, ses chiffres, ses critiques, ses démons, son image, et maintenant… contre la désinformation qui entoure même ses gestes les plus simples.
Et malgré tout ça, hier, à Vegas, il a gagné un match.
Juste ça, c’était déjà un petit miracle.
