L’entrevue de Phil Danault... faisait tellement pitié...
Le pauvre. Blême comme un drap, la voix qui marmonne, le regard vers le plancher... au fond du trou...
Ouch.
Tout, absolument tout, respirait l’inconfort : la voix basse, le regard rivé au sol, les phrases courtes, le gars le moins en confiance de la LNH.
On n’était pas devant un vétéran en contrôle, mais devant un joueur qui sait qu’il est en chute libre, et qui cherche surtout à ne pas empirer sa situation.
Dès les premières questions, Danault a décrit le match comme une affaire collective... pour ne pas se juger lui-même...
« La game s’est jouée sur les unités spéciales. C’était une game d’unités spéciales », a-t-il répété d’entrée de jeu, comme pour s’éloigner le plus possible de sa performance personnelle.
Il a reconnu que l’adversaire « jouait vite, jouait fort », allant jusqu’à dire que c’était « la meilleure game qu’il a vue de leur part jusqu’ici ».
Quand on lui a parlé des occasions ratées et des batailles clés perdues, Danault est resté dans le flou :
« Peut-être. C’est des petits détails comme ça qui ont coûté, et eux capitalisaient à chaque fois. »
Aucune précision. Aucun exemple. Aucun moment assumé. Juste des « petits détails » qui, encore une fois, deviennent des grosses conséquences, alors que tout le monde sait qu'il est le principal coupable de cette défaite.
Mais le malaise a atteint un autre niveau quand la discussion s’est déplacée vers son trio. Interrogé directement sur la cohésion avec Josh Anderson et Zachary Bolduc, Danault n’a pas tenté de sauver les apparences :
« La chimie était pas là. C’était un step behind, un step forward. Il faut travailler là-dessus. Peut-être faire un peu de vidéo, puis reset. »
Ce passage est crucial. Parce que, sans le dire explicitement, Danault a élargi le blâme à l’ensemble de son trio, refusant d’endosser seul la responsabilité.
Dans le contexte actuel, ça passe mal. Très mal. Zachary Bolduc est un jeune joueur en développement, déjà sous pression, déjà pointé du doigt.
Et voilà que son centre vétéran reconnaît publiquement que le trio ne fonctionne pas… sans jamais dire ce qu’il apporte, lui, pour le faire fonctionner.
Quand un vétéran est en contrôle, il absorbe la pression. Il protège ses jeunes. Ici, Danault a parlé comme un joueur en mode survie, pas comme un leader. Son ton n’était pas combatif. Il n’y avait aucune colère constructive, aucune détermination. Seulement une fatigue et un manque de confiance flagrant.
Et ça, les journalistes l’ont senti. Personne n'a eu le courage pour lui demander pourquoi il arrivait toujours une fraction de seconde trop tard.
Personne ne l’a confronté sur son différentiel négatif récurrent. Personne ne lui a demandé s’il sentait que le jeu allait trop vite pour lui.
Dans un autre marché comme Toronto ou New York, Danault aurait été mangé tout cru par les médias.
Ici, on a préféré la douceur. Comme si on craignait de l’enfoncer davantage. Juste parce qu'il est Québécois.
Mais les mots de Danault, eux, trahissent déjà tout.
« Plus le calendrier avance, plus les équipes sont prêtes. Un petit revirement peut devenir une grosse conséquence. »
C’est vrai. Et c’est exactement ce qui se passe… sur ses présences.
Ce qui frappe le plus, au final, ce n’est pas ce qu’il a dit. C’est ce qu’il n’a jamais dit. Il n’a jamais parlé de rythme personnel. Il n’a jamais parlé de vitesse. Il n’a jamais parlé de ses décisions avec la rondelle. Il n’a jamais dit :
« Je dois être meilleur. » Il a parlé du match. Du trio. Du système. Des détails. Jamais de lui.
Et c’est là que l’entrevue devient révélatrice. Phillip Danault ne sonne pas comme un joueur prêt à renverser la vapeur. Il sonne comme un joueur qui tente de limiter les dégâts, en espérant que la tempête passe.
Le problème, c’est que pendant ce temps-là, Zachary Bolduc continue de s’effondrer. Anderson semble tanné de jouer avec les deux boulets de l'équipe.
Et le Canadien se retrouve avec un trio qui ne crée rien, qui subit, et qui freine le développement d’un jeune attaquant qu’on prétend encore voir dans le noyau.
Ce soir, Danault n’a pas été arrogant. Il n’a pas été fuyant. Il a été pire que ça : il faisait pitié.
. Et dans la LNH, surtout à Montréal, la pitié est souvent le début de la fin.
