Pensées et prières pour Jacques Demers: sur son lit d'hôpital

Pensées et prières pour Jacques Demers: sur son lit d'hôpital

Par David Garel le 2026-04-27

Nous avons le coeur brisé.

Cette image de Jacques Demers sur son lit d'hôpital nous a mis à l'envers.

Une image qui nous oblige à arrêter, à regarder la réalité en face et à réaliser à quel point le temps passe vite. La récente photo de Jacques Demers, publiée après une visite d’André Rousseau, Jacques Daoust, Claude Rochon et Bertrand Raymond à Sainte-Anne-de-Bellevue, a bouleversé énormément de gens au Québec.

Parce que derrière cette photo, il y a un homme qui a marqué l’histoire du hockey québécois. Un homme qui a donné au Canadien de Montréal sa dernière Coupe Stanley. Un homme qui a survécu à une enfance dans la pauvreté, à l’analphabétisme, aux moqueries, à la pression immense du hockey professionnel… avant d’être frappé de plein fouet par la maladie.

Et voir Jacques Demers aujourd’hui, affaibli, silencieux, prisonnier de son corps, ça serre le cœur.

Depuis près de dix ans, sa santé s’est détériorée de façon dramatique. On savait qu’il n’était plus autonome depuis son AVC de 2016.

On savait qu’il vivait désormais en fauteuil roulant. On savait aussi qu’un deuxième AVC était venu empirer la situation. Mais voir une photo récente de lui, c’est autre chose. Ça rend tout réel.

André Rousseau a raconté que malgré tout, Jacques avait l’air heureux de recevoir de la visite. Même s’il ne peut pratiquement plus parler, même si les mots restent coincés dans sa tête, il était heureux de voir ses amis.

" Jacques est cloué au lit et à sa chaise roulante depuis 10 ans. Il n’existe pas de richesse au monde pour remplacer la santé.

Jacques semblait très content de nous voir même s’il ne pouvait pas échanger avec nous. Quand il est d’accord, il dit simplement GOOD. J’ai fait de mon mieux pour lui rappeler quelques bons moments que nous avons vécus ensemble. Jacques, Claude et Bert aussi. Quand il le peut, Jacques regarde les matchs du Canadien à la télé. Lorsque j’ai quitté les lieux, une seule pensée me traversait l’esprit: «Maudit que je suis chanceux d’être encore en santé!»

Ces mots font tellement mal parce qu’on réalise rapidement que Jacques Demers est encore là. Il comprend. Il reconnaît les gens. Il entend tout. Mais il ne peut plus s’exprimer normalement.

C’est ça, l’aphasie.

Et beaucoup de gens ne comprennent pas vraiment ce que cette condition représente. L’aphasie, ce n’est pas perdre son intelligence. Ce n’est pas devenir absent mentalement. Au contraire.

Les personnes atteintes comprennent souvent très bien ce qui se passe autour d’elles. Elles savent ce qu’elles veulent dire. Elles veulent parler. Elles cherchent leurs mots. Mais le cerveau n’arrive plus à transmettre correctement le message.

Dans le cas de Jacques Demers, c’est devenu un véritable emprisonnement.

Son frère Michel l’a raconté avec énormément d’émotion.

« Une personne qui ne connaît pas la situation médicale de Jacques et le voit bien habillé, assis sur une chaise, pense qu’il est en parfaite santé. Il reconnaît son monde. Il est totalement lucide. »

Cette phrase-là est bouleversante. Parce qu’elle résume tout. Jacques Demers est encore là. Son esprit est encore vivant. Mais son corps ne suit plus.

Michel Demers a aussi expliqué que son frère tente parfois de parler, mais que les mots ne sortent pas.

« Parfois, il se fâche. Surtout lorsqu’il tente de s’exprimer et qu’il est incapable de prononcer les mots. Dans ces moments, on l’aide à compléter sa pensée. »

Imaginez la frustration. Imaginez ce que ça représente pour un homme qui a passé sa vie à communiquer, à motiver des joueurs, à parler devant les médias, à diriger des équipes entières.

Jacques Demers était reconnu pour son charisme, sa façon de parler au cœur des gens, sa capacité à calmer un vestiaire ou à électriser une équipe entière avant un match important.

Aujourd’hui, il cherche parfois simplement à terminer une phrase.

Et malgré ça, il continue de se battre.

Son frère raconte encore qu’il suit les matchs du Canadien de Montréal avec passion.

« Ses yeux pétillent quand il nous dit bonjour avec son sourire. Si le Canadien gagne, il réagit joyeusement. Après une défaite, il bougonne. »

Ça aussi, c’est extrêmement émotif. Parce qu’on comprend que le hockey est encore profondément ancré en lui. Le Canadien est encore tatoué sur son cœur. Même après tout ce qu’il traverse. Même après les AVC. Même après les longues journées en centre de soins.

Il continue d’aimer le hockey.

Et c’est peut-être ce qui rend cette histoire encore plus difficile à accepter. Jacques Demers ne mérite pas la pitié. Il mérite le respect. Il mérite qu’on se souvienne de l’homme qu’il a été, mais aussi du combattant qu’il demeure aujourd’hui.

Il faut se rappeler d’où il vient. Jacques Demers a grandi dans une pauvreté extrême. Il racontait que les enfants riaient de lui parce qu’il n’avait même pas les moyens de s’acheter une paire de souliers.

Pendant des années, il a caché le fait qu’il était analphabète. Il dirigeait des équipes de la LNH sans pouvoir lire correctement. Juste ça, c’est presque impossible à imaginer.

Et malgré tout, il a réussi à atteindre le sommet de son métier.

Il a dirigé plus de 1000 matchs dans la Ligue nationale. Il a remporté deux trophées Jack-Adams, remis au meilleur entraîneur-chef du circuit.

Il demeure encore aujourd’hui le seul entraîneur à avoir gagné ce trophée deux années de suite. Il a dirigé les Nordiques de Québec, les Blues de Saint-Louis, les Red Wings de Detroit, les Canadiens de Montréal et le Lightning de Tampa Bay.

Et surtout, il a gagné la Coupe Stanley en 1993 avec les Canadiens de Montréal. La dernière. Celle que toute une génération regarde encore aujourd’hui avec nostalgie.

Quand on voit la photo récente de Jacques Demers, on ne voit pas seulement un homme malade. On voit un morceau de l’histoire du Québec. On voit un homme qui a inspiré des millions de personnes. On voit quelqu’un qui a survécu à des obstacles énormes toute sa vie.

Et oui, ça fait mal.

Ça fait mal de voir cet homme si énergique, si vivant autrefois, maintenant limité physiquement. Ça fait mal de penser qu’il passe ses journées en fauteuil roulant, qu’il doit dépendre des autres pour les gestes les plus simples du quotidien. Ça fait mal d’imaginer sa frustration quand les mots ne viennent plus.

Mais cette photo envoie aussi un autre message.

Jacques Demers est encore avec nous.

Il sourit encore. Il reçoit encore des amis. Il regarde encore le hockey quand il le peut. Il ressent encore les émotions du sport qu’il a tant aimé. Et ça, c’est précieux.

Il faut arrêter de détourner le regard devant la maladie. Il faut arrêter d’avoir peur de voir vieillir nos héros. Cette photo est difficile à regarder parce qu’elle nous rappelle la fragilité humaine. Parce qu’elle nous rappelle que même les plus grands combattants ne sont pas invincibles.

Mais elle nous rappelle aussi quelque chose d’important : Jacques Demers continue de se battre avec une dignité immense.

Et aujourd’hui, les pensées et les prières de tout le Québec sont avec lui. Parce que derrière le fauteuil roulant, derrière les séquelles des AVC, derrière l’aphasie qui l’emprisonne, il reste Jacques Demers.

Le coach de 1993.

Le motivateur hors norme.

Le survivant.

Le battant.

L’homme que le Québec n’oubliera jamais.