Patrick Roy vraiment dans l’eau chaude: la revanche d'Anthony Duclair

Patrick Roy vraiment dans l’eau chaude: la revanche d'Anthony Duclair

Par Marc-André Dubois le 2025-04-03

C’est une scène devenue trop familière à Long Island : Patrick Roy, cerné, rouge de colère, seul contre tous.

Mais cette fois, le vent tourne violemment contre lui. À l’approche du dernier droit de la saison, une tempête qu’il a lui-même provoquée menace d’engloutir son autorité… et peut-être même son poste.

Car le départ inattendu d’Anthony Duclair, à la suite d’une conférence de presse incendiaire, a déclenché une onde de choc qui place le légendaire entraîneur dans une position extrêmement précaire.

Jeudi matin, au centre d’entraînement des Islanders, Roy a tenté de baisser le ton. Il a présenté la décision de Duclair de quitter temporairement l’équipe comme le fruit d’une « bonne conversation », d’un échange « positif ».

Mais personne n’est naïf : la pression est immense, et Roy le sait. Car dans les médias de Long Island, c’est Duclair que l’on soutient. Et dans les gradins, c’est Roy que l’on questionne.

Ce qui a mis le feu aux poudres? Les déclarations foudroyantes de Patrick Roy, mardi soir, après une défaite sans éclat contre le Lightning de Tampa Bay.

« Il a été pathétique », a dit Roy à propos de Duclair.

« Il est chanceux d’être dans la formation. » Des propos durs, d’une rare brutalité, dirigés vers un joueur qu’il avait pourtant personnellement réclamé à Lou Lamoriello l’été dernier.

Et ce n’est pas tout : Roy a continué en disant que Duclair « ne compétitionne pas » et « ne patine pas ». Des mots qui ont franchi une ligne que même les entraîneurs les plus durs hésitent à franchir publiquement.

La réaction n’a pas tardé. Anthony Duclair, meurtri, a pris la décision de se retirer temporairement de l’équipe. Et les journalistes new-yorkais, qui s’étaient jusqu’ici montrés prudents avec Roy, ont changé de ton.

Le New York Post, le Newsday, The Athletic, tous ont pointé la même chose : Roy a été trop loin. Il a visé un joueur fragile, déjà en difficulté, et l’a exposé au mépris du public.

Pour Anthony Duclair, cette séquence prend des allures de revanche douce-amère. Longtemps qualifié de joueur « difficile » par les entraîneurs de la LNH, il avait vu en Roy une figure paternelle.

Ils avaient un passé commun, construit dans la confrontation même à Québec, mais aussi dans une relation tissée d’exigence et de respect.

Quand Roy a été nommé à la barre des Islanders, Duclair n’a pas hésité à signer un contrat de quatre ans, convaincu qu’il pourrait rebondir sous son ancien mentor.

Et Roy, de son côté, s’était publiquement félicité de cette acquisition, vantant leur passé commun et son désir de « ramener Duclair sur le droit chemin ».

Aujourd’hui, cette confiance est brisée. Et c’est Roy lui-même qui l’a fracassée, à coup de phrases sans pitié. Les médias le soulignent : ce n’est plus seulement une erreur de communication, c’est un dysfonctionnement relationnel entre l’entraîneur et ses joueurs.

Et dans une chambre où les tensions sont déjà vives, la fracture avec Duclair pourrait n’être que le début d’une série de désengagements silencieux.

Roy seul contre tous?

Depuis plusieurs semaines, les signes de décrochage se multiplient. Les Islanders ont perdu six matchs de suite. Ils ne marquent pas. Ils perdent systématiquement la bataille des unités spéciales – là où un entraîneur doit normalement faire la différence.

Les changements de trios sont incessants, chaotiques. Roy agit comme s’il dirigeait un camp d’entraînement perpétuel, à huit matchs de la fin. Le message ne passe plus.

Pire encore, la séquence Duclair donne une image d’un coach déconnecté, qui perd patience avec ses propres décisions.

Car c’est Roy qui a convaincu Lamoriello de signer Duclair. C’est Roy qui a voulu imposer son bras droit Benoît Desrosiers, aujourd’hui discrédité dans le vestiaire. Et c’est encore Roy qui a publiquement humilié celui qu’il disait vouloir protéger, il n’y a même pas un an.

Les rumeurs ne font plus de doute : Lou Lamoriello est furieux. On dit qu’il n’a pas digéré le traitement réservé à Duclair, un joueur qu’il n’avait jamais voulu signer au départ, mais qu’il avait accepté à contrecœur, pour faire plaisir à Roy.

Aujourd’hui, il voit les médias défendre Duclair, les joueurs éviter les micros, et la position de son entraîneur s’effonbdrer de jour en jour.

Lamoriello n’aime pas les crises publiques. Il déteste les déclarations fracassantes. Et ce que Roy a fait cette semaine – en s’en prenant publiquement à un joueur puis en tentant de maquiller le tout avec un discours poli – va à l’encontre de tout ce que prône l’architecte des Islanders.

Une fin inévitable?

À Long Island, de plus en plus de journalistes posent la question : Patrick Roy peut-il survivre à cette fin de saison? Peut-il revenir derrière le banc l’an prochain, si l’équipe échoue encore une fois à faire les séries, dans un marché où la patience est aussi rare que la jeunesse dans l’alignement?

On a évoqué la possibilité d’un « message clair » à Lamoriello : le temps est peut-être venu de rebâtir. Et dans une reconstruction, Roy n’est peut-être pas l’homme de la situation.

Un isolement dangereux

En somme, Patrick Roy semble prisonnier de ses propres choix. Il a voulu amener Duclair. Il a voulu imposer Desrosiers. Il a voulu imposer son style à une équipe vieillissante et à bout de souffle.

Et maintenant, il se retrouve seul. Ses joueurs décrochent. Ses dirigeants s’éloignent. Et les journalistes, autrefois fascinés par son retour, se rangent maintenant derrière les victimes de ses colères.

Roy joue son avenir. Il est en eaux troubles, encerclé. Et ce qui est peut-être le plus cruel dans cette histoire, c’est que son pire ennemi – Martin St-Louis, son rival de toujours – est à quelques victoires de faire les séries avec une équipe jeune, rapide, aimée de ses partisans, et en pleine ascension.

Une chute tragique?

Il fut un temps où Patrick Roy représentait l’avenir du coaching québécois dans la LNH. Un homme de caractère, de passion, capable de tirer le meilleur des siens.

Aujourd’hui, il incarne l’image d’un géant à genoux, incapable de contrôler sa frustration, et qui finit par détruire ce qu’il voulait bâtir.

Et pendant que Duclair prend du recul avec le soutien de tout un vestiaire, Roy, lui, affronte seul une tempête qu’il n’a plus la force de contenir.