À Long Island, la crise prend une tournure que personne n’aurait pu prévoir, mais que tout le monde pressentait.
L’homme fort, le légendaire Patrick Roy, celui qu’on croyait invincible derrière le banc des Islanders, est en train de s’écrouler publiquement, victime de ses propres décisions.
Et la dernière en liste, Anthony Duclair, est en train de le renvoyer à ses contradictions les plus embarrassantes.
Mardi soir, après une cinquième défaite en six matchs, Roy a perdu la tête:
« Il était vraiment mauvais, vraiment mauvais. Il est chanceux d’être dans la formation. Il ne patine pas. Il ne compétitionne pas. Il se traîne les patins. C’est une question d’effort. »
Les mots sont brutaux, sans nuance. Le souffre-douleur du soir? Anthony Duclair. Le problème? C’est Roy lui-même qui avait insisté auprès de Lou Lamoriello pour le signer.
Car Lamoriello n’en voulait pas. Pour lui, Duclair représentait tout ce que son modèle rejette : insouciance défensive, inconstance, flair offensif sans responsabilité.
Mais Roy, nostalgique de leur passé commun à Québec, s’est battu bec et ongles pour que le flamboyant ailier rejoigne Long Island.
Il le voyait comme son projet personnel, son fils spirituel, l’exemple parfait du joueur qu’il pouvait réformer pour en faire un rouage essentiel.
Aujourd’hui, il l’envoie sous les roues de l’autobus avec une virulence qui frôle l’humiliation. Et Lou, lui, explose.
Dans les coulisses, Lamoriello fulmine. Selon plusieurs sources proches de l'organisation, le vieux DG est outré de voir Roy démolir un joueur qu’il ne voulait même pas avoir, surtout alors que l’équipe est en train de couler dans les bas-fonds de la course aux séries. Mais ce n’est pas la première fois que Roy perd le contrôle.
Chaque semaine, un nouveau joueur passe dans le tordeur. Au tour de Duclair. Patrick Roy est en guerre contre son propre vestiaire, et à chaque point de presse, il ouvre un nouveau front. Ce n’est plus du leadership, c’est une guerre d’usure. Et ses soldats sont épuisés.
Pire encore, cette explosion contre Duclair vient briser le dernier lien affectif que Roy entretenait avec son passé glorieux.
Car l’histoire entre les deux hommes est longue, faite de colère, de discipline sévère, mais aussi de rédemption et de fierté.
À Québec, Roy avait « sauvé » Duclair. Il l’avait suspendu, renvoyé chez lui, crié dessus sans relâche… mais il avait aussi admis, à mots couverts, qu’il avait parfois échoué à l’aider.
« Tony avait besoin de support, et je vais toujours lui en donner », avait-il confié, bouleversé.
Aujourd’hui, ce même Tony est devenu le bouc émissaire idéal d’un coach à bout de souffle.
Et que dire de Benoît Desrosiers? Lui aussi imposé par Roy. Lui aussi rejeté par Lamoriello. Lui aussi en train d’écoper de la colère de l’organisation.
L'avantage numérique est un désastre, l’un des pires de la LNH. Et c’est Desrosiers qui le dirige.Criant à tue-tête sur les joueurs, arrogant avec les vétérans, sans aucune crédibilité aux yeux de l’équipe. Un autre pion de l’ambition québécoise de Roy, désormais en ruine.
Le plan était clair : Roy devait devenir DG après Lamoriello. Desrosiers, lui, prendrait le banc. Un rêve québécois. Une vision audacieuse. Aujourd’hui? Ce rêve se transforme en farce.
Et dans tout ce chaos, les fans observent, impuissants, un homme se désintégrer sous la pression. Patrick Roy, le dieu, n’est plus que l’ombre de lui-même.
Cerné, rouge, épuisé, il lance ses dernières cartouches dans le vide. Long Island est devenue sa prison. Une équipe sans avenir. Une direction en guerre. Un DG au bout du rouleau.
Pendant ce temps, à Montréal, Martin St-Louis sourit. Son équipe déborde d’espoir. Le "power play" est en feu. Les jeunes se développent. Et le CH flirte toujours avec les séries. Pour Roy, c’est la plus grande humiliation : voir son plus grand rival réussir là où lui échoue lamentablement.
Duclair n’est pas le vrai problème. Il n’a jamais été qu’un symptôme.
Le vrai problème, c’est Patrick Roy lui-même. Car dans sa volonté de tout contrôler, d’imposer sa vision, de régler ses comptes avec son passé, il a construit un château de cartes. Et aujourd’hui, chaque défaite en fait tomber une.
La question n’est plus de savoir s’il gardera son poste cet été. La question est de savoir si Roy survivra moralement à cet enfer new-yorkais qu’il a, en grande partie, contribué à créer.
À Long Island, le rêve québécois est en train de virer au cauchemar. Et les dégâts risquent d’être irréversibles.
Mais ce que plusieurs ignorent — ou refusent de dire à haute voix —, c’est que le malaise entre Lou Lamoriello et Patrick Roy dépasse désormais la simple question de résultats.
Ce n’est plus uniquement une histoire de défaites, de décisions tactiques ou de buts refusés. C’est une véritable guerre froide qui s’est installée à l’interne, alimentée par des décisions précipitées, des erreurs de jugement, et surtout, un manque de respect des structures que Lamoriello a mis des décennies à construire.
Prenons l’exemple d’Anthony Duclair. Lors de son embauche, Patrick Roy s’était littéralement bombé le torse, allant jusqu’à dire qu’il avait personnellement appelé Duclair pour le convaincre de signer avec les Islanders.
« J’avais besoin de lui, disait Roy. Il comprend ce que je veux, il a grandi sous ma coupe. »
Mais ce que Roy n’a jamais mentionné publiquement, c’est que Lou Lamoriello, lui, ne voulait rien savoir de Duclair. Le profil du joueur allait à l’encontre totale des standards du vieux sage new-yorkais : manque de rigueur défensive, antécédents de problèmes de comportement, et surtout, un historique de tensions avec plusieurs entraîneurs.
Lamoriello a cédé, croyant à la promesse d’un Patrick Roy convaincu d’avoir dompté la bête. Aujourd’hui, après avoir vu Roy humilier Duclair en pleine conférence de presse, Lamoriello se sent trahi.
Pire encore : Duclair gagne 3,5 millions de dollars par année, pour quatre ans. C’est un contrat que Lamoriello n’aurait jamais approuvé dans un autre contexte.
Il s’était même opposé au départ à une entente à long terme. Patrick Roy, cependant, voulait montrer qu’il pouvait relancer la carrière d’un joueur dont il se considère encore aujourd’hui comme le « sauveur ». Il n’a pas seulement insisté, il a exigé. Et Lou a cédé. Résultat : un désastre complet.
Et comme si ce n’était pas suffisant, l’autre bombe dans l’organigramme des Islanders est Benoît Desrosiers. Un choix que Roy a imposé, encore une fois contre la volonté de Lamoriello.
Roy vantait son intensité, son franc-parler, son approche sans compromis. « Il fait déjà peur aux gars, c’est bon signe », disait Roy lors du camp d’entraînement.
Le plan était clair : Desrosiers serait éventuellement le coach-chef, lorsque Roy monterait au poste de DG. On voyait déjà l’avenir québécois à Long Island.
Mais l’avenir est vite devenu embarrassant. Desrosiers ne passe pas. Son attitude sans pitié a heurté des vétérans, son manque de crédibilité tactique est souligné par tous les journalistes new-yorkais, et surtout, il est responsable des unités spéciales.
Or, le désavantage numérique des Islanders est l’un des pires de la ligue. Le jeu de puissance est une catastrophe. Les séquences sont désorganisées, les entrées de zone sont brouillonnes, et les rares jeux structurés s’effondrent au premier signe de pression adverse.
On parle ici d’un désastre complet sur les unités spéciales — l’endroit même où un bon coach fait la différence.
Lamoriello, lui, observe. Il note tout. Et récemment, les caméras l’ont surpris quittant sa loge avant la fin d’un match, visiblement furieux.
Ce n’est plus une rumeur : Lamoriello en a assez. Il ne supporte plus les sorties publiques de Roy contre ses propres joueurs.
Il voit un entraîneur qui dérape, qui vieillit à vue d’œil, qui perd patience, qui ne protège plus son groupe. Et surtout, il voit un homme qui se contredit.
Roy voulait Duclair. Roy voulait Desrosiers. Roy a eu carte blanche. Et aujourd’hui, Roy les sacrifie, l’un après l’autre, pour sauver sa peau.
Le vestiaire, lui, est divisé. Certains vétérans n’écoutent plus. D’autres attendent la fin de la saison pour demander un échange.
Le climat est tendu. Il y a des regards fuyants, des silences lourds, et de moins en moins de confiance envers le duo Roy-Desrosiers. Le rêve québécois, en ce moment, est en train de virer au cauchemar américain.
Et Lou Lamoriello, dans tout ça? Il ne parlera pas publiquement. Ce n’est pas son style. Mais dans les coulisses, l’homme de 82 ans prépare déjà le grand ménage.
Car pour lui, une chose est claire : il a laissé Roy prendre les commandes, et Roy a enfoncé le navire dans la glace. Le prochain été s’annonce brutal à Long Island.
Roy gardera son poste. Mais il n'aurai plus un mot à dire.