Martin St-Louis ne devait pas s'attendre à se faire ramasser de la sorte par Patrice Bergeron.
Déjà que Maxim Lapierre avait livré à TVA Sports l’une des critiques les plus virulentes de sa carrière de commentateur, une destruction en règle du système man-to-man du Canadien, où il montrait comment la structure de St-Louis entraîne les joueurs dans une espèce d’anarchie défensive qui brûle leurs jambes, expose les jeunes, abandonne les gardiens et transforme chaque séquence en chaos contrôlé.
Et bien voilà que Patrice Bergeron s’est présenté à La Poche Bleue pour enfoncer le coach du CH encore plus profond au fond du trou.
Bergeron a parlé du man-to-man avec une honnêteté cinglante, comme quelqu’un qui a passé vingt ans à exceller dans la lecture du jeu, qui sait exactement ce qui fonctionne, ce qui casse, et ce qui ne fait pas de sens avec le système de Martin St-Louis.
« Je suis quand même un gars de la vieille école ou un gars du côté de jouer zone, la bonne vieilleméthose… les couches de sécurité derrière nous », a-t-il lancé, comme si on lui demandait de rappeler une évidence.
Il a ajouté que ce modèle, où tu protèges toujours l’espace avant tout, crée un filet de sécurité pour les coéquipiers, un filet qu’il considère essentiel :
« S’il y a un gars qui se fait battre, c’est sûr que je vais toujours être un fier partisan de ça parce que j’ai joué ça pas mal toute ma carrière. »
Le passage le plus dévastateur arrive quand Bergeron dit, sans détour, que le man-to-man pur ne peut tout simplement pas tenir.
« Moi, selon moi, un man-to-man à 100 %, ça ne peut pas nécessairement toujours fonctionner », explique-t-il, avant de décrire exactement ce que le Canadien vit chaque soir : le sentiment d’être abandonné quand ton joueur te feinte, quand ton duel est perdu et que personne n’est derrière toi pour te sauver le derrière.
Puis il a offert l’image la plus parlante, presque comique tant elle résonne avec les séquences que Lappy avait montrées la veille :
« Dans ta zone défensive, si tu es sur le défenseur à la ligne bleue, tu le couvres, mais il y a des gars qui se font battre en arrière. Maintenant, il faut utiliser ton jugement et dire : “OK, il faut que j’aille l’aider.” Tu ne peux pas toujours… »
Et là, Bergeron s’arrête, comme s’il réalisait que ce qu’il dit frappe directement un entraîneur en exercice, mais il reprend et livre la phrase qui résume tout :
« Si tu es contre Connor McDavid en man-to-man dans la zone défensive, maintenant, tu ne te sens pas gros dans tes shorts. Tu sais qu’il n’y a personne qui va te supporter derrière toi si jamais il te casse une cheville en faisant un petit move. »
@lapochebleue « Si t'es contre Connor McDavid en man-to-man en zone défensive, à un moment donné tu te sens pas gros dans tes shorts si tu le sais qu'il y a personne qui va te supporter si jamais il te casse une cheville en faisant un p'tit move. » 😂🏒 #patricebergeron #bostonbruins #hockey #nhl ♬ son original - lapochebleue
Ce moment-là représente toute la faiblesse du système de St-Louis. Parce que le CH, contrairement aux Panthers ou aux Hurricanes, n’a ni les jambes, ni la maturité défensive, ni la synchronisation, ni la qualité de gardiens nécessaire pour jouer ce modèle de manière soutenu.
Et Bergeron le sait, parce qu’il a vu les meilleures équipes de la ligue essayer, ajuster, nuancer. Il l’a même souligné : certaines formations utilisent le man-to-man, oui, mais « par contre, moi, je pense qu’il y a toujours… le gros bon sens dans tout ».
Et ce bon sens, c’est la capacité de permuter, d’offrir une aide, d’assurer une couverture secondaire, bref de refuser d’être rigide comme Martin St-Louis dans un sport qui exige de l'adaptation constante.
« J’ai entendu les Panthers parler de leur man-to-man, puis ils réussissent quand même à permuter ou à se protéger si jamais il y a un joueur qui se fait battre. Puis ça, c’est quand même assez remarquable comment ils le font. »
Autrement dit, les équipes qui réussissent à jouer un man-to-man performant ne le jouent pas réellement. Elles le l’adaptent, le trahissent partiellement pour le rendre viable. Elles n’adhèrent pas à un système de de Marty le dictateur.
Les Panthers jouent avec intelligence. Montréal, lui, s’enferme dans une version rigide du concept, un man-to-man qui exige des jambes parfaites, une exécution parfaite, une santé parfaite et une confiance parfaite, quatre éléments que le CH ne possède jamais simultanément et qu’un entraîneur ne peut pas exiger d’un vestiaire aussi jeune.
Lapierre décrivait exactement la conséquence de ce manque de “gros bon sens” : des jeunes qui se retrouvent pris dans des un-contre-un impossibles, des séquences où l’on voit quatre joueurs du Canadien coincés dans le même coin, des rondelles libres que personne ne récupère, des gardiens exposés comme dans une pratique, des minutes excessives brûlées par Matheson et Dobson, et une structure qui fonctionne uniquement quand tout va bien.
Lapierre parlait à chaud, avec intensité, avec frustration. Bergeron, lui, parle froidement, objectivement, avec l’autorité d’un homme qui a passé sa vie à démontrer que le hockey gagnant repose sur la protection, la rotation et l’entraide en territoire défensif.
Ce n’est plus Lapierre contre St-Louis. Ce n’est plus un animateur télé qui s’emporte après un match à TVA Sports.
C’est Patrice Bergeron qui, sans jamais viser Martin St-Louis personnellement, décrit un système qui n’est pas viable, qui ne protège pas les joueurs, qui ne protège pas les gardiens, et qui ne peut fonctionner que dans un monde où personne ne se fatigue, ne se blesse ou ne rate sa première lecture.
Il ne manque qu’une seule phrase pour fermer le dossier, et même s’il ne l’a pas dit officiellement, elle flotte dans l’air depuis son passage : si ton système n’a de sens que lorsque tout va parfaitement bien, alors ce n’est pas un système, c’est un rêve.
Et tant que le Canadien s’accrochera à ce rêve, les soirées de Martin St-Louis vont continuer à se ressembler : un vestiaire qui court, un entraîneur qui défend l’indéfendable, un gardien qui écroule, des jeunes qui apprennent à la dure… et Maxim Lapierre qui, tôt ou tard, reviendra devant la caméra pour rappeler que le man-to-man n’est pas un concept abstrait, mais un couteau à double tranchant dont Montréal se coupe chaque soir.
St-Louis n'a plus d'excuse. Si le meilleur attaquant défensif de l'histoire le dit... et bien c'est vrai sur toute la ligne...
