Passé troublant de Jean-Charles Lajoie: le retour de Michel Villeneuve fait mal

Passé troublant de Jean-Charles Lajoie: le retour de Michel Villeneuve fait mal

Par David Garel le 2026-01-09

Il est de retour. Et à peine son nom réapparaît à l’écran que les portes du passé s’ouvrent toutes grandes, laissant tomber, une à une, des histoires que plusieurs auraient préféré voir disparaître à jamais.

Le retour de Michel Villeneuve dans le paysage médiatique, aux côtés de Martin Lemay dans l'émission Le Retour sur YouTube, n’est pas un simple choix de programmation. C’est un rappel brutal. Un électrochoc. Une réactivation de squelettes que le milieu des médias sportifs québécois traîne depuis plus d’une décennie.

Parce que Villeneuve, ce n’est jamais juste du hockey. Villeneuve, c’est une époque. C’est un style. C’est une façon de faire du journalisme qui ne cherchait pas à plaire, encore moins à ménager les égos. Et c’est précisément pour ça que son retour dérange autant aujourd’hui.

Tout commence vraiment là où la relation avec Jean-Charles Lajoie bascule. À l’époque du 91,9 Sports, Villeneuve est perçu comme le journaliste d’information, celui qui rapporte, vérifie, confronte.

Lajoie, lui, est davantage dans l’humeur, l’opinion, le personnage. Et Villeneuve ne s’en cache pas. En ondes, publiquement, il le qualifie de mascotte.

Il affirme qu’il fait de l’humeur, pas du journalisme. Il trace une ligne nette entre informer et divertir. Pour Lajoie, cette ligne devient une humiliation répétée. Le malaise s’installe. La tension devient personnelle.

Puis arrive l’information qui fait tout dérailler.

À ce moment-là, Villeneuve détient ce qui est décrit, dans le milieu, comme une info explosive impliquant Michel Therrien.

Selon des sources qui circulent alors, Therrien aurait tenu des propos extrêmement graves : d’une part à propos de Max Pacioretty, qu’il aurait qualifié du pire capitaine de l’histoire du Canadien, et d’autre part à propos de P.K. Subban, dans des termes à caractère raciste. (le fameux mot en N).

Villeneuve sort seulement l'info de Pacioretty, mais tout le monde dans le milieu sait qu'il se prépare à sortir l'info de Subban.

Le contexte évoqué dans ces récits : une discussion privée entre Michel Therrien et des amis, au Club de golf Le Mirage. L’information de Subban n’est pas diffusée, mais elle existe, elle circule, et tout le monde comprend une chose : si elle sort, les conséquences seront dévastatrices.

À cette époque, Therrien est entraîneur-chef du CH. Lajoie est perçu comme très proche de lui. Villeneuve, lui, est l’un des seuls journalistes jugés crédibles pour faire éclater une telle histoire.

Dans les coulisses, la peur est palpable. La perception, encore une fois, largement partagée mais jamais officialisée. est que l’organisation médiatique cherche avant tout à éviter un scandale majeur. Et c’est dans ce climat que Villeneuve est congédié du 91,9 Sports.

La version officielle parle de faute professionnelle. Mais dans le milieu, une autre lecture s’impose et ne disparaîtra jamais : Villeneuve aurait été sacrifié pour empêcher que cette information devienne publique.

Et dans cette lecture, Jean-Charles Lajoie est perçu comme un acteur central, quelqu’un qui aurait influencé, discuté, manœuvré pour protéger ses alliances et régler ses comptes avec celui qui l’avait publiquement rabaissé.

À partir de là, la guerre est ouverte.

Les échanges deviennent violents. Villeneuve continue de ridiculiser Lajoie, de remettre en question sa compétence, de dire qu’il peut le « rincer au micro ».

Lajoie réplique avec une virulence tout aussi brutale, parlant d’ego démesuré, de personnage toxique, allant même jusqu’à évoquer la conjointe de Villeneuve.

Ce dernier répond en laissant entendre qu’il détient des informations personnelles sur Lajoie, évoquant notamment un voyage à New York avec Daphnée Malboeuf qui se serait mal terminé.

Les lignes rouges sautent. Le conflit quitte le terrain professionnel pour devenir profondément personnel.

Puis, lentement, Villeneuve disparaît des grands micros. Pas parce que son nom est oublié, mais parce qu’il est devenu trop chargé. Trop explosif. Trop dérangeant

. Pendant ce temps, le milieu change. Le 91,9 devient BPM Sports. D’autres animateurs sont tassés. Des livres paraissent. Des témoignages ressortent. Et chaque fois, la même question revient : et si Villeneuve n’avait pas eu tort?

En fait, tout le monde sait qu'il avait raison et Jean-Charles Lajoie s'est arrangé pour le faire congédier parce qu'il était le grand ami du directeur général de la station, Yves Bombardier.

Aujourd’hui, le retour de Villeneuve, même limité à YouTube, agit comme une réhabilitation symbolique. Il ne revient pas pour régler ses comptes. Il revient pour parler de hockey. De Juraj Slafkovský. De Lane Hutson. Mais sa simple présence suffit à raviver toute la saga.

Parce que le milieu se souvient. Parce que les courriels existent encore. Parce que les citations sont archivées. Parce que les accusations n’ont jamais été effacées.

Pour Jean-Charles Lajoie, c’est une position inconfortable, peut-être la pire. Non pas parce que Villeneuve attaque, mais parce qu’il n’a même pas besoin de le faire. Le passé parle pour lui. Et dans un monde médiatique où la mémoire collective est désormais numérique, on ne peut plus vraiment enterrer une histoire.

Le retour de Michel Villeneuve n’est donc pas une revanche bruyante. C’est une revanche silencieuse. Une revanche d’existence. Une revanche par le simple fait d’être encore là.

Et parfois, dans le Québec médiatique, c’est ce qui fait le plus mal.