Depuis la publication du reportage de La Presse révélant qu’un conseiller de la Banque Nationale doute que TVA Sports ait les moyens de diffuser ne serait-ce que quelques matchs du Canadien la saison prochaine, un vent de panique souffle dans les corridors de la chaîne sportive de Québecor.
L’ambiance doit lourde comme jamais. Pour la première fois, les employés ne se demandent plus « si » le couperet tombera, mais « quand ».
Déjà fragilisé par des années de pertes financières chroniques – on parle de plus de 300 millions de dollars envolés depuis la création de la chaîne en 2011 –, TVA Sports se retrouve maintenant dans une impasse.
Le contrat de 11 milliards de dollars sur 12 ans conclu entre Rogers et la LNH change tout le paysage. Et il laisse TVA Sports sur le bord du précipice.
Il est maintenant évident que TVA Sports n’aura jamais les reins assez solides pour assumer les coûts d’une couverture nationale.
Le calcul est cruel : si Rogers paie désormais 11 milliards (le double de l’entente précédente de 5,2 milliards), alors une reconduction équivalente pour TVA Sports impliquerait un investissement dépassant le 1,5 milliard de dollars pour simplement espérer maintenir son statut de diffuseur francophone principal. Une somme que Québecor n’a ni l’intention ni la capacité de débourser.
Le chiffre fait mal. Il fait paniquer. Il confirme ce que plusieurs redoutaient sans vouloir y croire : les prix ont doublé. Rogers avait payé 5,2 milliards en 2013.
Aujourd’hui, c’est plus du double pour exactement les mêmes droits. Ce contrat met instantanément hors-jeu n’importe quel diffuseur francophone qui espérait mettre la main sur les droits principaux. TVA Sports, déjà déficitaire depuis sa fondation en 2011, n’a tout simplement aucune marge de manœuvre.
Et ce n’est pas qu’une impression. Selon les propos du conseiller Adam Shine de la Banque Nationale, repris dans l’article, Québecor ne ferait même plus partie de l’équation.
Rogers aurait agi en toute connaissance de cause. Ils savent que Québecor n’a plus les moyens. Ils savent que TVA Sports est une structure fragilisée. I
Ils n’ont donc pas pris la peine de leur faire une place dans le nouveau contrat. Ils auraient opté, si nécessaire, pour un partenaire de diffusion en continu. Pas pour TVA Sports. Pas pour un média en chute libre.
Et c’est là que le commentaire du conseiller financier prend tout son sens. Selon une source interne de la Banque Nationale, reprise par La Presse, TVA Sports ne serait même plus capable de payer pour quelques matchs du Canadien. Même pas quelques parties éparses. Pas même des droits partiels. C’est terminé. Fini.
La Ligue nationale de hockey en français, dans sa forme actuelle à TVA Sports, va mourir. Et cette mort ne sera pas douce. Elle sera sans pitié. Et elle laissera un vide immense dans l’écosystème médiatique québécois.
Rogers a réussi un coup de maître stratégique. Ils ont sécurisé l’avenir de leur marque. Ils ont blindé leur domination. Ils ont doublé leur mise en misant sur l’avenir du hockey canadien. Et surtout, ils ont éteint le dernier espoir de TVA Sports.
Et pendant que Bell se prépare déjà à récupérer les droits régionaux du Canadien, comme l'entreprise est protégée par le fait d'être le partenaire principal de l'équipe, TVA Sports s’enlise.
On parle déjà de 50 à 60 matchs assurés pour RDS et sûrement une grosse partie des séries. Alors qu'Amazon Prime va aussi avoir sa part du gâteau.
Il faut dire les choses comme elles sont : TVA Sports est un patient sous respirateur. Et le branchement vient d’être arraché. Personne ne veut l’annoncer officiellement. Mais tout le monde, à l’interne, l’a compris. La fin est proche. Le cœur ne bat plus.
Et à l’échelle du groupe Québecor, la question devient existentielle : Pierre Karl Péladeau acceptera-t-il cette humiliation ?
Lui qui a toujours voulu prouver qu’un empire médiatique québécois pouvait rivaliser avec les géants anglophones... Voilà qu’il assiste, impuissant, à l’effondrement de son projet le plus symbolique.
Ce contrat de 11 milliards signé par Rogers ne scelle pas seulement l’avenir du hockey à la télévision. Il marque la fin d’une illusion.
Pierre-Karl Péladeau qui, en novembre dernier, avait déjà dû orchestrer une vague de licenciements massifs – plus de 500 postes coupés – se retrouve maintenant dans un jeu de dominos où chaque option mène à une forme de démantèlement.
L’inquiétude est d’autant plus grande que les mauvaises décisions s’accumulent depuis des années. Des salaires dispendieux – comme celui de Jean-Charles Lajoie – qui frôlent l’indécence alors que les cotes d’écoute s’effondrent.
Une grille horaire construite à coups de paris risqués, d’analystes peu convaincants, de tentatives de sensationnalisme qui ont fait fuir les amateurs plutôt que de les fidéliser.
Et surtout, une obstination stratégique : celle de croire qu’on pouvait rivaliser avec RDS sans un plan de match viable ni appui solide des commanditaires.
Pendant que Bell misait sur la stabilité, l’image et des têtes d’affiche établies, Québecor a multiplié les improvisations, les stunts, les slogans creux.
Mais rien de cela n’a sauvé la chaîne. Au contraire, cela l’a enfoncée dans un modèle d’affaires intenable.
Aujourd’hui, le choc est brutal. Les employés sont inquiets. Certains songent déjà à refaire leur CV. D’autres, plus cyniques, comparent leur situation à celle d’un avion en chute libre sans pilote.
On parle d’un climat d’urgence permanent. D’un silence pesant dans les corridors. De réunions annulées. De cadres absents. Tout le monde attend. Mais personne n’a de réponses.
Et pourtant, la chaîne continue de diffuser comme si de rien n’était. Les bulletins sont livrés. Les chroniques sont enregistrées. Les plateaux sont éclairés. Mais c’est un décor de carton-pâte. Derrière les caméras, le chaos règne.
Louis-Philippe Neveu peut-il sauver TVA Sports à la dernière minute ? Peut-il décrocher un petit lot de matchs, trouver un partenaire de diffusion, réinventer le modèle ?
Peu d’observateurs y croient. Même les plus fidèles à l’interne le reconnaissent : il est peut-être déjà trop tard.
Ce que confirme le conseiller de la Banque Nationale, c’est que l’heure n’est plus aux conjectures. Le prochain cycle de droits de la LNH se jouera sans TVA Sports à la table des grands.
Le destin de la chaîne est maintenant suspendu à une décision imminente de Québecor : faut-il continuer à injecter des millions dans un gouffre sans fond, ou tourner la page ?
L’option de la fermeture pure et simple de TVA Sports n’a jamais été aussi réelle.
Et pendant ce temps, les employés, eux, sont pris en otage par l’incertitude.
Ils vivent ce que personne ne devrait vivre : l’attente de la fin annoncée de leur propre média.