C’est exactement le genre de moment que le hockey adore fabriquer. Le genre de scène qui fait mal à ceux qui ont parlé trop fort… et qui donne raison à ceux qui ont préféré se taire et travailler.
Premier match du Canada contre la Tchéquie. Victoire sans appel de 5-0.
Et au milieu de cette démonstration de force, Nick Suzuki marque son tout premier but olympique en déviant une passe de Connor McDavid.
NICK SUZUKI JUST SCORED AT THE OLYMPICS 🇨🇦🚨 pic.twitter.com/mtrIlbltaZ
— CBC Olympics (@CBCOlympics) February 12, 2026
Le capitaine du Canadien de Montréal vient littéralement d’inscrire son nom dans l’histoire olympique du pays.
Et quelque part, devant sa télé, Michel Bergeron a dû avaler très sec.
Parce que ce but-là n’est pas juste un but.
C’est un verdict.
Pendant des mois, des années même, Bergeron a mené une croisade personnelle contre Suzuki. Il a répété que ce n’était « pas un vrai capitaine ». Qu’il manquait de passion. Qu’il n’avait pas le feu sacré. Qu’il n’était pas bâti pour les grandes compétitions internationales. Qu’il n’avait pas le profil d’un joueur d’Équipe Canada. Qu’il n’avait pas le charisme. Qu’il ne parlait pas français. Qu’il préférait les vacances au devoir national.
Le point de rupture, on s’en souvient tous.
Quand Suzuki a décliné le Championnat du monde pour se reposer… et surtout pour aller demander sa conjointe en mariage en République dominicaine, Bergeron est sorti de ses gonds. Il a martelé à TVA Sports :
Il a comparé Suzuki à Sidney Crosby, insinuant que Crosby irait toujours représenter son pays, lui. Il a parlé de manque de respect. De manque d’engagement. De manque de cœur.
Puis est arrivée la fameuse histoire de l’hôtel.
Parce que ce n’était pas juste des vacances. C’était l’Amanera. Un resort ultra-luxueux perché sur Playa Grande, avec villas privées, piscine à débordement, vue sur l’océan et service cinq étoiles.
Une nuitée entre 3500 et 4000 dollars. Et quand Caitlin Fitzgerald (la fiancée, maintenant la femme de Suzuki) a partagé quelques images du séjour sur Instagram (terrasse privée, repas gastronomiques, décor de carte postale), Bergeron a explosé.
Pour lui, ce n’était plus seulement un joueur fatigué.
C’était un capitaine qui se prélassait dans un palace pendant que le Canada jouait.
Il l’a dit sans détour : comment peut-on prétendre être un leader quand on choisit une chambre à 4000 $ la nuit plutôt que le chandail canadien?
« Fatigué? Fatigué de quoi? Il a 25 ans! On parle pas d’un gars de 38 ans qui sort d’une carrière de 20 saisons! »
Mais ce qui l’a fait véritablement sortir de ses gonds, c’est le luxe.
« On me dit qu’il est fatigué, mais il est dans un hôtel à 4000 piasses la nuit! Quatre mille dollars! Pendant que le Canada joue! »
Il avait même ajouté, avec un ton chargé de mépris :
« C’est pas un motel sur le bord de l’autoroute. C’est un palace. Pis sa blonde met ça public pour que tout le monde le voit.. Ça, ça me choque. »
Il a aussi attaqué Suzuki sur la langue. À répétition. Il a affirmé qu’un capitaine à Montréal devait parler français.
Au point d'en faire une fixation. Sur les ondes de TVA Sports, il avait lancé, sans détour :
« Un capitaine à Montréal, ça parle français. Point final. C’est la base. »
Puis il avait enchaîné :
« Ça fait combien d’années qu’il est ici? Pis on me dit encore qu’il apprend? Voyons donc. Quand tu veux, tu apprends. Quand tu veux pas, tu trouves des excuses. »
Bergeron était allé encore plus loin, liant directement la langue au leadership :
« Tu peux pas être le capitaine du Canadien si t’es pas capable de t’adresser aux partisans dans leur langue. Ça fait partie du job. Ça fait partie du respect. »
À ses yeux, Suzuki ne faisait pas assez d’efforts, pas assez vite. Il répétait que le brassard du “C” venait avec des obligations culturelles, pas juste sportives.
Aujourd’hui, Michel Bergeron a perdu sa bataille.
Michel Bergeron n’a pas simplement perdu un débat hockey. Il a perdu une bataille morale.
Il est même allé jusqu’à prédire que Suzuki ne ferait jamais Équipe Canada.
Jamais.
Aujourd’hui, Suzuki joue aux Jeux olympiques.
Aujourd’hui, Suzuki marque pour le Canada.
Aujourd’hui, Suzuki évolue sur un trio de confiance avec MacKinnon.
Aujourd’hui, Suzuki contribue à une victoire dominante de 5-0 contre la Tchéquie.
Et Bergeron?
Bergeron est en déroute totale.
Parce que tout ce qu’il avait annoncé s’est effondré, pièce par pièce.
Suzuki n’a pas été puni pour avoir manqué les Mondiaux.
Suzuki n’a pas été ignoré par Hockey Canada.
Suzuki n’a pas été jugé indigne du niveau international.
Suzuki est là. Suzuki joue. Suzuki marque.
Pire encore pour Bergeron : Suzuki ne fait pas ça en criant. Il ne répond pas. Il ne règle pas ses comptes publiquement. Il avance. Il performe. Il laisse les faits parler.
C’est exactement ce qui rend cette humiliation si brutale.
Ce n’est pas une victoire bruyante.
C’est une victoire froide. Clinique. Définitive.
Le gars que Bergeron traitait de joueur de club vient de marquer aux Olympiques.
Le gars qu’il disait pas assez passionné vient de célébrer un but sous l’unifolié.
Le gars qu’il jugeait indigne d’Équipe Canada est maintenant Olympien marqueur.
On appelle ça une correction publique.
Et soyons clairs : à partir d’aujourd’hui, Michel Bergeron doit des excuses à Nick Suzuki.
Pas à demi-mot. Pas avec un détour rhétorique. Pas avec un “peut-être que je me suis trompé”.
Des vraies excuses.
Parce qu’il ne s’est pas contenté de critiquer un joueur. Il a attaqué son caractère. Son engagement. Sa légitimité comme capitaine. Sa place dans ce pays.
Et ce soir, Suzuki lui a répondu de la seule façon qui compte dans le sport de haut niveau.
Avec un but olympique...
