Ça sent la fin à Vancouver. Et Kiefer Sherwood n’essaie même plus de le cacher.
Quand un joueur pète une coche publiquement après une autre défaite humiliante, quand il jure devant les micros en répétant que ce qui se passe devant ses gardiens est « inacceptable », ce n’est plus un simple discours d’après-match. C’est un signal de rupture... d’abandon.
«C’est inacceptable. C’est frustrant et inacceptable. Nous devons être prêts pour laisser notre vie sur la glace à chaque match maintenant et nous devons tirer davantage de fierté à faire les petites choses: gagner nos batailles, défendre le devant du filet. Comment nous agissons devant nos gardiens est inacceptable.»
«C’est la LNH, on doit f... se présenter à chaque soir (le fameux anglais commençant en f). En ce moment, certains de nous abandonnent leurs coéquipiers (plein de jurons avec le mot en F) ».
Les Canucks de Vancouver viennent d’encaisser un voyage cauchemardesque dans l’Est, marqué par des défaites contre Buffalo, Detroit et une gifle de 5-0 contre Toronto, et Sherwood a verbalisé ce que tout le vestiaire pense tout bas : cette équipe est en train de glisser hors de la course, sans identité, sans momentum, sans marge d’erreur.
Le malaise est tel que le département des communications des Canucks a dû intervenir pour calmer le jeu. Pas parce que Sherwood avait tort, mais parce qu’il en disait trop.
Et dans la LNH, quand un vétéran de 30 ans, en fin de contrat, commence à parler comme ça, c’est rarement anodin.
Vancouver est vendeur. Tout le monde le sait. Et Sherwood est devenu, presque malgré lui, l’une des monnaies d’échange les plus convoitées du marché.
Selon Frank Seravalli, quatre équipes sont présentement en tête de peloton : les Ducks d'Anaheim, les Bruins de Boston, les Rangers de New York et les Sharks de San Jose.
Toutes cherchent la même chose : un ailier capable de frapper, d’aller au filet, de jouer 17-18 minutes par soir et de marquer des buts en séries. Sherwood coche toutes les cases. Dix-sept buts en 42 matchs, un salaire ridicule de 1,5 M$, et une intensité qui monte encore d’un cran quand la pression augmente.
Mais voilà le nœud du problème : le Canadien de Montréal est là aussi, même si son nom circule moins publiquement.
À l’interne, le CH aime Sherwood depuis longtemps. Son profil répond exactement à ce que Kent Hughes cherche depuis des mois : un attaquant capable de jouer dans le top 9, d’apporter du “grit”, de la robustesse, sans être un boulet salarial. Le problème, ce n’est pas l’intérêt. Le problème, c’est le prix… et le contexte.
Vancouver voulait initialement un choix de première ronde. Or, comme le souligne Seravalli, si un premier choix avait été offert, la transaction serait déjà faite. On parle maintenant d’un choix de deuxième ronde accompagné d’un espoir majeur. Et c’est là que les négociations deviennent explosives.
Du côté du Canadien, plusieurs offres ont déjà été déposées. Un deuxième tour + Jayden Struble, refusé. Un deuxième tour + Joshua Roy, refusé. Un deuxième tour + Owen Beck, refusé. Vancouver veut mieux. Vancouver veut un espoir qu’ils considèrent “A et NHL-ready”.
Struble est NHL-ready... mais est un 7e défenseur. Roy est un flop. Beck est-il prêt pour la LNH, lui qui joue 7 minutes par match et qui sera renvoyé à Laval dans les prochains jours? Non...
Le Canucks regardent donc ailleurs. Ils aimeraient Arber Xhekaj, évidemment. Mais Montréal ne veut pas ouvrir cette porte. Le “Shérif” est trop important symboliquement, trop populaire, trop important dans un vestiaire remplis de jeunes talent. Surtout qu'il joue le meilleur hockey de sa carrière.
Adam Engström intrigue aussi, mais le CH hésite énormément à sacrifier un défenseur mobile, intelligent, déjà apprécié de Martin St-Louis, pour un joueur qui pourrait n’être qu’une location.
Et c’est là que le dossier se complique encore davantage : l’extension de contrat.
Les équipes intéressées veulent, pour la plupart, une prolongation signée avant de payer le prix. Anaheim, Boston et New York sont prêts à s’engager à long terme avec Sherwood.
Montréal, beaucoup moins certain. Le Canadien a une congestion offensive réelle, des jeunes qui poussent, et une fenêtre compétitive qui s’ouvre, mais pas complètement.
Donner un espoir majeur et un deuxième tour pour un joueur de 30 ans, et le prolonger aussitôt, c’est exactement le genre de transaction que Hughes veut éviter.
Hughes serait prêt à obtenir Sherwood en tant que joueur de location. Mais n'est pas prêt à donner la lune.
Pendant que le marché s’enflamme, le Canadien recule légèrement dans la hiérarchie des favoris, non pas par manque d’intérêt, mais par discipline stratégique.
Comme l’explique Seravalli, certaines équipes sont prêtes à surpayer maintenant. Montréal, lui, n’est pas en mode panique. Il observe. Il attend. Il sait que Vancouver est coincé, que la situation sportive empire, et que plus Sherwood continue de péter des coches publiquement, plus la pression augmente sur le DG Patrik Allvin.
La réalité est brutale pour Sherwood. Il est tanné. Il est prêt à partir. Et il sait que ses mots ont accéléré le processus.
Mais pour Montréal, la question n’est pas de savoir s’il aimerait l’avoir. La question est de savoir à quel prix, et surtout dans quelles conditions.
Parce qu’une chose est claire : le Canadien n’ira pas se trahir pour une transaction de court terme. Et si Vancouver veut absolument conclure avant la date limite, il devra peut-être accepter une vérité inconfortable : le marché n’est pas aussi généreux qu’il l’espérait.
Pendant ce temps, Sherwood continue de jouer… et de parler. Et dans la LNH, c’est souvent comme ça que les échanges finissent par se faire.
Dire qu'il va affronter le CH demain soir au Centre Bell. Ça va faire jaser au Québec...
