Offre hostile Montréal-Anaheim: la porte s’ouvre pour Kent Hughes

Offre hostile Montréal-Anaheim: la porte s’ouvre pour Kent Hughes

Par David Garel le 2025-04-03

L’été 2025 pourrait bien marquer un tournant dans l’histoire moderne de la LNH : celui du grand retour des offres hostiles.

Et au cœur de cette révolution silencieuse, un nom s’impose de plus en plus comme le stratège idéal pour utiliser cet outil à son plein potentiel : Kent Hughes, directeur général du Canadien de Montréal.

Ce n’est pas une lubie passagère. Depuis que Doug Armstrong, DG des Blues de St. Louis, a signé non pas une, mais deux offres hostiles en 2024 – à Dylan Holloway et Philip Broberg – provoquant la chute stratégique des Oilers d’Edmonton, la perception dans la ligue a changé.

Ce qui était jadis vu comme un acte de trahison entre dirigeants est désormais perçu comme un coup d’éclat, une manœuvre intelligente dans une ligue où le plafond salarial et les fenêtres d’opportunité se resserrent dangereusement.

Et personne n’est mieux positionné pour tirer profit de cette brèche que Kent Hughes.

Le Canadien de Montréal possède présentement l’une des meilleures combinaisons possibles pour lancer une offre hostile : une abondance de choix au repêchage, une masse salariale sous contrôle, une vision à long terme et, surtout, une direction convaincue que son noyau est enfin prêt à faire le saut au prochain niveau.

Le DG du CH a déjà indiqué qu’il ne signerait pas de vétéran de 32 ans pour huit ans à coups de millions. Mais il a ouvertement admis qu’il était prêt à « surpayer en actifs » pour améliorer son club. Or, une offre hostile bien ciblée est précisément cela : un pari sur un jeune joueur, dans la fleur de l’âge, qui entre dans sa meilleure fenêtre de production.

Et cet été, des cibles potentielles, il y en a. Beaucoup.

Mason McTavish : l’obsession montréalaise

Parmi tous les noms qui circulent, un revient avec insistance à Montréal : Mason McTavish. L’attaquant de puissance des Ducks d’Anaheim, repêché troisième au total en 2021, fait de plus en plus rêver les partisans et les analystes québécois.

Ce joueur au style robuste, au flair offensif indéniable et à l’instinct de leader serait parfait derrière Nick Suzuki pour former un duo de centres élite. Mais McTavish est-il vraiment disponible?

Non, selon plusieurs sources. Intouchable, même. Anaheim n’a pas l’intention de le laisser filer. Et pourtant, si Kent Hughes devait déposer une offre hostile habilement structurée – disons 8,9 M$ pour forcer Anaheim à sacrifier d’autres éléments ou à subir un stress de cap –, la pression pourrait être immense. 

D’autant plus que le Canadien a les choix requis pour encaisser la compensation.

Rappelons que pour qu’une équipe puisse soumettre une offre hostile, elle doit impérativement posséder ses propres choix au repêchage dans les rondes correspondant à la compensation prévue par la convention collective.

Ainsi, une offre située entre 6,87 M$ et 9,16 M$ entraînerait la perte d’un choix de première, de deuxième et de troisième ronde. Kent Hughes fait peur avec autant de choix dans le même repêchage.

Et McTavish n’est pas seul.

D’autres jeunes loups dans la mire

Selon les informations de The Athletic, plusieurs jeunes joueurs avec statut de joueur autonome avec restriction (RFA) pourraient devenir vulnérables à une offre hostile.

Parmi eux : Marco Rossi (Wild), Matthew Knies (Maple Leafs), Evan Bouchard (Oilers), Will Cuylle et K’Andre Miller (Rangers), Noah Dobson et Alexander Romanov (Islanders), JJ Peterka et Bowen Byram (Sabres).

Tous ces joueurs sont dans la tranche d’âge parfaite pour justifier une offre : entre 22 et 24 ans, juste avant leur explosion complète.

Dans le cas de Peterka, les Sabres pourraient être tentés d’écouler ses droits si une entente n’est pas conclue avant le 1er juillet. Même chose pour Matthew Knies, qui pourrait devenir l’un des plus beaux poissons d’un marché UFA bien pauvre.

Le plafond salarial qui grimpe – 95,5 M$ dès l’an prochain – et la rareté de bons joueurs autonomes changent la donne : il est plus judicieux, aujourd’hui, de miser gros sur un RFA de 23 ans que de donner huit ans à un vétéran usé.

Pourquoi Kent Hughes est-il le DG le plus dangereux dans ce contexte? Parce qu’il a les munitions. Tous ses choix de repêchage à court terme sont en main, il détient un alignement de jeunes joueurs prêts à contribuer (Slafkovsky, , Hutson, Demidov, Reinbacher), et il refuse de compromettre son avenir pour une fausse bonne idée.

De plus, Hughes connaît le système CBA sur le bout des doigts. Lui-même ancien agent de joueurs, il sait comment structurer une offre qui force l’adversaire à reculer.

Il peut jouer avec les seuils précis – comme l’a fait Doug Armstrong en offrant 4 580 917 $ à Broberg, un dollar de plus et il aurait fallu donner un choix de première ronde en plus. Hughes est du genre à mesurer chaque virgule, chaque clause, chaque dollar.

Et surtout, il est patient. Contrairement à d’autres DG qui lancent des coups de dés, Hughes attend le bon moment. Et le bon moment, c’est maintenant.

Les partisans du Canadien savent mieux que quiconque ce que c’est qu’une offre hostile. En 2019, Marc Bergevin avait lancé une offre de 8,4 M$ à Sebastian Aho, que les Hurricanes avaient égalée.

En 2021, Don Waddell avait répliqué en signant Jesperi Kotkaniemi à un contrat d’un an de 6,1 M$, que le Canadien a refusé d’égaler. Le résultat? Kotkaniemi est devenu un boulet en Caroline… et Montréal a repêché Logan Mailloux avec le choix compensatoire.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En 2012, les Flyers avaient offert 110 M$ sur 14 ans à Shea Weber. Les Predators ont égalé, mais à quel prix. Ce type d’offre, aujourd’hui, est mieux structuré et moins risqué pour le DG qui agit vite et bien.

L’été des offres hostiles, c’est maintenant. Le plafond augmente, le marché UFA est médiocre, les jeunes RFA sont nombreux, les équipes sont vulnérables… et Kent Hughes attend en embuscade.

Il l’a dit : il ne veut pas d’un contrat de huit ans pour un vétéran de 32 ans. Il veut bâtir une équipe compétitive aujourd’hui ET demain.

Et l’offre hostile, utilisée intelligemment, pourrait être la meilleure arme pour y parvenir.

Le reste de la ligue est prévenu. Comme l’a dit un DG anonyme aux journalistes de The Athletic, en parlant du Canadien : « Cette équipe me fait peur. »

Ils n’ont encore rien vu.