C’est maintenant officiel : la hache est tombée sur TVA Sports.
Ce que plusieurs redoutaient depuis des mois est désormais confirmé entre les lignes d’un article accablant de La Presse : TVA Sports est écarté du nouvel écosystème de la Ligue nationale de hockey.
Et cette fois, il n’y aura pas de sauvetage de dernière minute. Pas de miracle. Pas de clause cachée. C’est terminé.
Rogers a signé un contrat monstre de 11 milliards de dollars pour conserver les droits nationaux de la LNH au Canada pour 12 années supplémentaires à partir de 2026.
C’est plus du double de l’ancien contrat. Et alors que la logique voudrait que ce géant des télécoms s’empresse de sous-licencier une partie de ce fardeau financier pour équilibrer les comptes, une absence remarquable fait jaser : aucune mention de TVA Sports.
L’analyste financier, Adam Shine, de la Banque Nationale, ne mâche pas ses mots. Il affirme que TVA Sports « ne semble pas »faire partie des plans de Rogers pour la suite.
Le diffuseur francophone de Québecor est tout bonnement exclu. Et c’est Bell, propriétaire de RDS, qui se retrouve désormais seul aux commandes pour négocier l’avenir de la diffusion francophone du hockey au pays.
Pour TVA Sports, c’est une gifle monumentale. Une trahison brutale de la réalité du marché. Mais surtout, une sentence finale pour une chaîne qui, depuis 2011, cumule les déficits et les mauvais choix.
Adam Shine le rappelle : TVA Sports a perdu en moyenne 18 millions de dollars par année. Faites le calcul. C’est au bas mot 200 millions de dollars partis en fumée.
Et pour quoi? Pour 22 matchs du Canadien par année, des séries incomplètes avec le Canadien en reconstruction, et une guerre de tranchées constante avec Bell et la LNH.
Aujourd’hui, les dirigeants de Rogers sont triomphants. Leur patron Tony Staffieri parle du hockey comme d’un « joyau de la couronne » et affirme que cette entente est « une victoire pour les Canadiens ».
Il ose même dire que l’ancienne entente a été bénéfique pour Rogers. Pendant que l’action de sa compagnie s’effondre en bourse, il sourit et répète que tout va bien. Mais dans son dos, une autre compagnie saigne à blanc : Québecor.
Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Une guerre d’influence, une guerre de pouvoir, et une guerre perdue par Pierre Karl Péladeau.
TVA Sports, bras armé de Québecor dans le monde du sport, est désormais un vestige du passé. Un symbole d’ambition démesurée, de mauvaise gestion, et d’un entêtement idéologique qui a conduit à un mur de briques.
Louis-Philippe Neveu, le président de TVA Sports, avait tenté le tout pour le tout. Il espérait renégocier, implorer même, pour obtenir une nouvelle entente de sous-licence.
Mais Rogers n’a même pas pris la peine de le mentionner dans sa conférence de presse. TVA Sports est devenu invisible. Inutile. Inexistant.
Et le plus cruel dans tout cela? Le silence. Aucune réaction de Québecor. Aucune déclaration de Péladeau. Rien. Un mutisme assourdissant qui confirme l’agonie.
Pendant ce temps, les employés de TVA Sports vivent dans l’angoisse. Les caméras tournent encore, mais plus personne ne sait jusqu’à quand. Il n’y aura pas de saison prochaine. Pas de renouvellement. Pas de filet de sécurité.
Car si TVA Sports n’a plus de hockey, il n’a plus de raison d’être.
Le réseau a bâti toute sa grille autour du hockey. Des émissions d’analyse, des bulletins, des panelistes, des animateurs, des centaines d’heures d’antenne dédiées au Canadien et à la LNH.
En leur absence, que reste-t-il? Du curling? De la boxe en différé? Une table ronde sur la Ligue des champions? Rien de suffisant pour justifier l’existence d’un réseau spécialisé.
Le château de cartes s’effondre, pierre par pierre.
Le message est clair : TVA Sports est rayé de la carte. Rogers a sécurisé son avenir, RDS se frotte les mains, et Québecor reste figé, humilié.
C’est la fin d’une époque. La fin d’un rêve. Et peut-être, dans quelques mois, la fin d’un canal qui n’aura jamais su transformer ses ambitions en succès.
Ce soir, à TVA Sports, on ne célèbre pas. On ne commente pas. On encaisse. En silence.
Et pour le public, une seule question reste en suspens : qui aura le courage de dire que c’est terminé?
Car derrière les chiffres, les pertes financières sans fin et les contrats astronomiques qui s’échangent à Toronto et New York, il y a un silence angoissant qui règne dans les bureaux de TVA Sports.
Un silence que même les annonces officielles ne suffisent plus à briser. Ce qui vient de se produire, c’est un véritable séisme pour les employés. Un choc émotionnel, un coup de massue, un désespoir sans fin.
Car à TVA Sports, on ne parle pas simplement d’un média. On parle d’une famille. La famille de Pierre Karl Péladeau.
Depuis la fondation de TVA Sports en 2011, plusieurs employés ont grandi professionnellement à l’intérieur des murs de la chaîne.
Certains ont sacrifié leur confort pour bâtir un réseau capable de rivaliser avec l’empire Bell. Beaucoup ont accepté des conditions précaires par fidélité envers la vision de leur patron.
Car PKP, comme on l’appelle dans les corridors, c’est plus qu’un PDG : c’est un père de famille médiatique, un patriarche redouté, mais respecté.
Et aujourd’hui, cette famille est en détresse.
L’annonce implicite que TVA Sports est écarté de la course pour toute forme de sous-licence de la LNH envoie un message brutal : il n’y a plus de futur. Il n’y aura plus de matchs du Canadien. Il n’y aura plus de séries éliminatoires. Il n’y aura plus d’arbitres à analyser, de joueurs à critiquer, de foules à faire vibrer.
Il y aura le vide.
Le silence de Rogers quant à une éventuelle entente avec TVA Sports est assourdissant. L’analyste Adam Shine n’y est pas allé par quatre chemins :
« Il ne semble pas que TVA Sports continuera d’être titulaire d’une sous-licence. »
Cette phrase, d’une sécheresse chirurgicale, claque comme une sentence.
À l’interne, les visages se ferment. Les murs transpirent l’angoisse. Le personnel, qui s’était déjà serré les coudes lors des vagues de coupures, sent maintenant que le couperet est tombé pour de bon.
On murmure que plusieurs employés songent déjà à partir, à réorienter leur carrière, à quitter le navire avant qu’il ne s’enfonce définitivement.
Et Pierre Karl Péladeau, que fait-il?
L’homme qui a bâti TVA Sports contre vents et marées se retrouve à regarder sa création mourir à petit feu. L’homme qui a toujours défendu son personnel bec et ongles contre Bell, contre le CRTC, contre le monde, assiste impuissant à l’effondrement. C’est un drame humain autant que commercial.
Nos pensées accompagnent tous les employés de TVA Sports, du caméraman au réalisateur, du recherchiste au monteur, de l’animateur à l’assistante de production. Ce sont eux les véritables victimes. Eux qui ont mis leur cœur, leur sueur et leur passion au service d’un rêve devenu cauchemar.
Et si la fin est bel et bien inévitable en 2026, qu’elle arrive au moins avec dignité. Que Pierre Karl Péladeau se tienne devant ses troupes et leur dise la vérité. Pas un communiqué formatré.. Pas un message sur les réseaux sociaux. Non. Un moment de vérité. Un au revoir. Un merci.
Car au-delà des chiffres, des pertes, des contrats et des milliardaires de Toronto, il reste des humains. Des familles. Une fierté. Et le sentiment cruel d’avoir été oubliés.