Nos pensées accompagnent Michel Bergeron et sa famille: une triste fin

Nos pensées accompagnent Michel Bergeron et sa famille: une triste fin

Par David Garel le 2026-02-25

C'est la fin pour Michel Bergeron.

À la fin du printemps, après le premier tour des séries, le Tigre quittera officiellement les ondes de TVA Sports. En juin, il fêtera ses 80 ans. Une page se tourne. Une immense page du hockey québécois.

Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce départ n’a rien d’un geste impulsif. Il est le résultat de longues discussions avec Michèle, son épouse, avec ses enfants, avec lui-même.

« Ça faisait un bout de temps qu’on tournait autour du pot », a-t-il admis.

Michel Bergeron a toujours été maître de ses décisions. Quand il est devenu entraîneur à Trois-Rivières, c’était sa décision. Quand les Nordiques l’ont appelé, c’était sa décision. Quand il est allé à New York, il nuance en riant que c’était un échange. Et quand il est revenu à Québec, il croyait encore aux promesses qu’on lui faisait.

Mais cette fois, il le dit clairement : il est en paix.

Pas soulagé. En paix.

Parce que Michel Bergeron sait très bien ce qui se passait autour de lui depuis des mois. Il le sentait. Il l’entendait. Même s’il n’est pas sur les réseaux sociaux, on lui rapportait les commentaires. Poliment, disait-il. Mais il comprenait le message.

Il savait que plusieurs trouvaient qu’il parlait trop souvent des Nordiques. Que d’autres jugeaient qu’il était passé date. Que certains réclamaient ouvertement son départ. Il savait aussi que ses apparitions devenaient plus courtes, plus encadrées, parfois limitées à quelques minutes, comme si on essayait de le protéger… ou de protéger l’antenne.

Et lui-même ne voulait pas devenir « le gars à qui on donne un petit cinq minutes par pitié ».

Alors il a choisi de partir debout.

Une vie consacrée au hockey… à un prix énorme...

Michel Bergeron n’avait jamais rêvé de cette vie.

Il était camionneur. Son père était mécanicien. Il n’y avait aucune honte là-dedans. Il dirigeait des équipes junior, coachait du baseball l’été, gagnait honnêtement sa vie. Puis un jour, chez le barbier Ménick, il a entendu une conversation téléphonique. Quelqu’un cherchait un entraîneur.

Il a dit : « Je vais le prendre, le poste. »

Il avait 26 ans. Il ne savait pas encore qu’il venait de s’embarquer dans une aventure de plus de cinquante ans.

Et cette aventure, il l’a vécue à 110 %.

Mais à quel prix?

Michel Bergeron l’a reconnu lui-même, sans détour :

« J’ai fait plein d’erreurs durant toutes ces années. Je ramenais la défaite à la maison. Des erreurs monumentales, autant dans mon travail que dans ma vie personnelle. J’ai négligé ma famille. »

Il a eu quatre enfants. Il a déménagé sans cesse : Trois-Rivières, Québec, New York, retour à Québec, Montréal, Sainte-Agathe. Pendant que lui vivait au rythme des matchs, Michèle s’occupait de tout : les maisons, les écoles, les enfants.

« Sans elle, je n’aurais pas fait le tiers de ce que j’ai fait. Elle a tout pris en main. »

Il l’admet aujourd’hui avec une franchise désarmante. Il allait jusqu’à choisir seul les maisons, les rénovations, les projets. Ça l’arrangeait. On ne s’obstinait pas. Il pouvait faire ce qu’il voulait.

Et pendant ce temps, quand les Nordiques ou les Rangers perdaient, Michelle disait aux enfants de ne pas faire de bruit.

Parce que leur père venait de perdre.

C’est ça, la vraie histoire derrière le personnage.

Le corps finit toujours par parler.

Le Tigre a longtemps rugi sans écouter son corps.

Quand on lui a installé un pacemaker, sa première question au médecin n’était pas : Est-ce que je vais survivre?

C’était : Est-ce que je vais pouvoir jouer au golf?

Il ne pensait pas à sa santé.

Quand Serge Savard lui a refusé un poste d’entraîneur en 1992 (il a choisi Jacques Demers), il pensait à sa déception. Pas à son cœur.

Son épouse s’inquiétait depuis toujours que sa colère finisse par le tuer.

Et elle avait raison.

Aujourd’hui, Michel Bergeron est conscient qu’il est chanceux d’être encore là.

Il voit ses amis partir. Guy Lafleur. Mike Bossy. Jean Pagé. Pierre Rinfret. Yvon Pedneault.

Il a vu la tristesse dans les yeux de leurs conjointes.

Ça marque.

Il joue encore au golf trois ou quatre fois par semaine. Il rit en disant qu’il change de tertre de départ. Mais il sent le poids des années. Il est grand-père, arrière-grand-père. Il essaie de se rattraper.

« C’est tout le temps le party au village. »

Le dernier chapitre médiatique

Ces derniers mois ont été difficiles.

Très difficiles.

On a vu Michel Bergeron perdre le fil en ondes. Chercher ses mots. Gesticuler. Être obligé de se faire compléter ses phrases par sa jeune maman des ondes, Élizabeth Rancourt.

Cette dernière parlait très lentement, avec de grands gestes, pour être bien certaine que le Tigre la comprenne:

On l’a vu exploser en ondes au point d'avoir peur qu'il fasse une crise cardiaque. On l’a vu s’acharner sur Martin St-Louis. Réclamer son congédiement. L’appeler coach pee-wee. Dire que le Canadien n’avait pas d’identité.

On l'a vu insulter Nick Suzuki et le traiter de capitaine lâche.

Puis on l’a vu revenir à l’écran, amaigri, fatigué, mais encore habité par le feu.

Et plus récemment, on l’a vu s’inquiéter publiquement pour Samuel Montembeault, au point de ne plus réussir à terminer ses phrases, pendant qu’Élisabeth Rancourt finissait ses idées à sa place.

À ce moment-là, plusieurs ont cessé de parler de hockey.

Ils ont commencé à parler de lui.

Même la chaîne a dû désactiver les commentaires tant la réaction du public devenait lourde.

On avait franchi un seuil.

Partir avant d’être effacé

Michel Bergeron le sait.

Il ne voulait pas devenir un décor.

Il ne voulait pas s’accrocher.

Le président de TVA Sports, Louis-Philippe Neveu lui a laissé le choix. Deux ans de discussions. Deux ans de réflexion.

Et Michel a tranché.

« On est rendu là. »

Il ne cache pas que la santé a pesé dans la balance. Il ne peut plus passer des semaines en Floride. Il veut rester actif. Il sait qu’à l’automne, quand le hockey reprendra sans lui, ça va frapper.

Mais il veut partir avec dignité.

Il regarde aujourd’hui le Canadiens de Montréal avec un plaisir retrouvé. Il parle de Suzuki, de Slafkovský, des jeunes. Qui aurait cru que le Tigre redeviendrait partisan du Canadien?

La vie est pleine d’ironie.

Une légende imparfaite.

Michel Bergeron n’a jamais été lisse.

Il a été excessif. Colérique. Brillant. Attachant. Fatiguant. Visionnaire. Blessant. Humain.

Il a diverti le Québec pendant 35 ans.

Il a aussi terni parfois son héritage, comme ces artistes qui font l’album de trop.

Mais il reste un pionnier. Un ancien camionneur devenu entraîneur de la LNH. Un homme qui se souvenait de mille joueurs par leur prénom. Un passionné qui n’a jamais fait semblant.

Aujourd’hui, nos pensées sont avec lui. Avec Michèle. Avec ses enfants.

Parce que derrière le personnage public, il y a un homme qui regarde sa vie avec lucidité.

« Je sais ce que j’ai fait. J’aurais aimé que ce soit mieux. »

Ce sont peut-être les mots les plus puissants qu’il ait jamais prononcés.

Michel Bergeron quitte la scène.

Pas comme un roi.

Mais comme un homme qui a tout donné.

Et parfois, ça mérite autant de respect que n’importe quelle victoire.