Le rêve de Long Island est en train de virer au cauchemar, et plus les jours passent, plus l’histoire de Jonathan Drouindonne l’impression d’un scénario tristement familier.
L’été dernier, quand Jonathan Drouin a paraphé un contrat de deux ans à 4 M$ par saison avec les Islanders de New York, on parlait d’un nouveau départ. D’un environnement plus calme. D’un entraîneur qui le comprenait. D’une organisation prête à miser sur l’humain autant que sur le joueur.
Après deux saisons encourageantes avec l’Avalanche du Colorado, où il avait retrouvé sa touche offensive et un certain plaisir de jouer, tout semblait aligné pour une suite logique, presque rassurante.
Sur le papier, les chiffres parlaient pour lui. Une saison de 56 points en 79 matchs, suivie d’une autre à 37 points en seulement 43 rencontres.
Rien d’explosif, mais suffisamment solide pour démontrer qu’il pouvait encore être un rouage offensif pertinent dans la LNH. À Denver, on avait vu un Drouin impliqué, créatif, utile. Pas parfait, mais vivant.
Et puis, à Long Island, tout s’est mis à glisser.
Aujourd’hui, la réalité est brutale. Jonathan Drouin n’a pas marqué depuis le 14 novembre. Trois mois sans but pour un joueur à vocation offensive, même s’il n’a jamais été un franc-tireur, c’est énorme. Plus inquiétant encore : une seule mention d’aide à ses 12 derniers matchs. Une invisibilité presque totale, qui saute aux yeux autant dans les statistiques que sur la glace.
Patrick Roy a pourtant tout essayé. Vraiment tout. Patrick Roy l’a lancé sur le premier trio en début de saison. Il l’a installé sur la première unité d’avantage numérique. Il lui a donné du temps, de la confiance, des responsabilités. Puis, devant l’évidence que rien ne débloquait, Roy a tenté une autre carte : le déplacer au centre.
Un choix qui en dit long sur le désarroi actuel.
Parce que Jonathan Drouin n’est pas un centre. Il ne l’a jamais vraiment été. À Montréal déjà, on avait tenté de lui coller cette étiquette, avec tout ce que ça implique de responsabilités défensives, de lectures rapides, de duels au centre de la glace.
On connaît la suite. Le pari n’avait jamais réellement fonctionné avec les Canadiens de Montral, et voilà qu’on semble retomber dans le même réflexe : déplacer Drouin dans une position qui n’est pas naturelle pour lui, dans l’espoir qu’un déclic survienne.
Il se retrouve aujourd’hui au centre d’un trio avec Emil Heineman et Simon Holmström. Un trio sans production. Sans étincelle. Sans identité claire. Et surtout, sans résultats.
En parallèle, Drouin a perdu sa place sur la première vague d’avantage numérique. Un autre signal fort. Quand un joueur offensif ne contribue plus à cinq contre cinq et qu’on finit par l’écarter des situations où il est censé faire la différence, c’est que la patience commence à se briser.
Les chiffres sont sans pitié : 20 points, dont seulement trois buts, en 48 matchs. Pour un joueur payé 4 M$ par saison, dans une équipe qui a désespérément besoin de créativité, c’est insuffisant. Et les partisans des Islanders ne s’en cachent plus.
Sur les réseaux sociaux, le ton est devenu dur. Très dur. Certains avancent que Drouin ne performe que lorsqu’il est sous-payé, lorsqu’il joue avec un contrat d’un an et rien à perdre, comme au Colorado.
Dès qu’une certaine sécurité financière s’installe, disent-ils, son jeu s’effondre. Une lecture cruelle, peut-être injuste, mais révélatrice du climat qui s’installe autour de lui.
Ce qui inquiète, au-delà des statistiques, c’est le parallèle évident avec Montréal. Les mêmes discussions. Les mêmes doutes. La même spirale négative où chaque match sans point devient un poids supplémentaire. Et surtout, cette pression constante qui s’accumule sur un joueur dont on connaît déjà la fragilité mentale.
Patrick Roy, lui, semble marcher sur une ligne mince. Il protège encore publiquement son joueur, mais on sent qu’il ne sait plus exactement quel levier actionner.
Le mettre au centre n’a rien donné. Le surutiliser n’a rien réglé. Le retirer de certaines situations n’a pas provoqué de réaction non plus. Quand un entraîneur en est rendu là, c’est que le problème dépasse le simple manque de confiance.
Et c’est là que l’inquiétude devient réelle.
Parce que Jonathan Drouin, ce n’est pas qu’un dossier hockey. C’est un être humain qui a déjà traversé des périodes sombres.
Qui a déjà eu le courage de dire que ça n’allait pas. Qui a déjà quitté le jeu pour se protéger. Revoir ce climat toxique s’installer autour de lui, même à des milliers de kilomètres de Montréal, soulève une question inconfortable : est-ce qu’on est en train de revivre le même cauchemar, sous un autre uniforme?
Les critiques actuelles à Long Island sont parfois brutales, parfois déshumanisantes. Et quand un joueur commence à être ciblé ainsi, match après match, sans répit, l’impact dépasse largement la feuille de pointage.
Imaginez à quel point sa femme, ses parents doivent être affectés au moment où l'on se parle. Surtout qu'avec deux jeunes enfants, redevenir la cible et le punching bag public, doit être encore plus difficile pour Joe et ses proches.
Le danger, ce n’est pas seulement qu’il ne marque pas. Le danger, c’est ce que cette situation peut réveiller chez lui.
Aujourd’hui, le hockey passe au second plan. Les pensées vont vers l’homme derrière le numéro. Personne ne souhaite voir Jonathan Drouin replonger. Personne ne veut revivre un scénario où la pression, l’acharnement et la déception collective écrasent un joueur déjà vulnérable.
Oui, les Islanders ont payé cher. Oui, la production n’est pas au rendez-vous. Oui, ça devient un problème sportif.
Mais à travers tout ça, il faut garder une chose en tête : ce qui se passe à Long Island n’est pas seulement une mauvaise séquence. C’est une alarme. Et espérons, sincèrement, qu’elle sera entendue avant que ce cauchemar ne prenne une tournure encore plus sombre.
Aujourd’hui, ce n’est plus une question de trios, de minutes de jeu ou même de production offensive. Ce n’est plus une question de contrat, de rôle ou de patience d’un entraîneur.
Ce qui se joue autour de Jonathan Drouin, en ce moment, dépasse largement le hockey. On voit un homme qui glisse, un joueur qui s’éteint tranquillement sous nos yeux, et un environnement qui recommence à ressembler dangereusement à celui qu’il avait fui pour se sauver.
On se souvient pourtant du Jonathan Drouin du Colorado. Souriant. Léger. Apaisé. Il parlait de plaisir retrouvé, d’un quotidien plus simple, d’un vestiaire où il respirait enfin.
Il disait aimer l’anonymat, la tranquillité, la routine avec sa petite famille. Il disait avoir retrouvé sa passion. Ce Jonathan-là semblait en paix. Aujourd’hui, à Long Island, cette paix s’effondre. Les chiffres s’accumulent contre lui, les critiques montent, la patience des partisans fond, et l’écho de Montréal recommence à résonner trop fort.
C’est pour ça que le ton doit changer. Maintenant. Parce que derrière le joueur en panne, il y a un être humain qu’on sait fragile, qu’on sait marqué, qu’on sait capable de sombrer quand la pression devient trop lourde.
Peu importe ce qu’on pense de son rendement, de son contrat ou de son utilisation, personne ne veut revoir Jonathan Drouin retomber dans ce qu’il a déjà combattu avec tant de courage.
Alors oui, le hockey continue. Oui, Patrick Roy doit gagner. Oui, les Islanders doivent performer. Mais à travers cette tempête, une chose compte plus que tout : la santé mentale d’un homme qui a déjà payé un prix immense pour ce sport.
Nos pensées accompagnent Jonathan Drouin et sa famille. Pas le joueur. L’humain. Parce qu’au bout du compte, aucun but, aucune passe, aucun contrat ne vaut qu’on perde quelqu’un à l’intérieur.
