Ce sont des soirs comme celui de samedi à Denver qui rappellent brutalement pourquoi Noah Dobson n’a jamais su s’imposer comme un défenseur élite incontesté dans la LNH.
Le talent est là. Le flair offensif aussi. Mais quand la vague déferle et que l’intensité monte d’un cran, Dobson recule, hésite, se noie. Et ce n’est pas qu’une impression : La Presse elle-même le place en "baisse", soulignant à quel point il a vu "l’enfer de plus près contre l’Avalanche du Colorado", les mots exact que le journaliste Simon-Olivier Larange a décrit sans pitié.
L'enfer...
Le match a été un cauchemar collectif pour le Canadien, mais Dobson a été l’un des symboles les plus clairs de l’effondrement défensif. Il a semblé constamment pris à contre-pied, débordé par la vitesse, trop lent dans ses lectures de jeu, parfois même nonchalant dans ses replis.
Ce sont exactement ces séquences-là qui faisaient enrager Patrick Roy, son ancien entraîneur à Long Islandt, qui n’a jamais caché son inconfort avec le profil de Dobson. Roy trouvait déjà que le défenseur vivait des hauts très hauts… mais aussi des bas tellement bas.
Et samedi, c’était le fond.
Soyons francs : Noah Dobson n’est pas le défenseur numéro un du Canadien. Pas dans les faits. Pas dans l’utilisation. Pas dans les performances. Samedi soir, malgré la raclée, Lane Hutson a joué plus que lui, Carrier a joué plus que lui, sans oublier Matheson qui joue toujours plus que lui.
Dobson a aussi vu Alexandre Carrier jouer presque 23 minutes, malgré un match difficile lui aussi. Pendant ce temps, Dobson stagnait, relégué à un rôle plus effacé, comme si Martin St-Louis n’osait même plus lui confier de grosses responsabilités en fin de match.
Adam Engstrom a eu des séquences plus structurées, et Engstrom est d’ailleurs le seul défenseur du CH à ne pas avoir terminé la soirée avec un différentiel négatif.
Et pourtant, on a payé cher pour Dobson. Et pourtant, il est censé faire partie du noyau. Mais quand ça pète de partout, il n’est ni le pompier, ni le roc, ni même le stabilisateur. Il devient un problème parmi tant d’autres.
Est-ce que Dobson est un mauvais joueur? Non. Est-ce que c’est un vol de la part du CH? Non plus. La transaction qui l’a amené à Montréal, celle qui a envoyé Heineman à Long Island et les choix 16 et 17, reste un bon deal de hockey.
Mais c’est justement parce qu’il est imparfait que les Islanders ont accepté de le céder. Et c’est parce que Heineman est en feu à New York que la pilule est difficile à avaler aujourd’hui.
Dobson aidera le CH, c’est clair. Mais on comprend pourquoi il n’était pas l’homme de confiance de St-Louis aujourd'hui.
Et pourquoi, même dans une brigade jeune et vulnérable, il ne s’impose pas naturellement comme le patron. Il a ses matchs, ses séquences brillantes. Mais dès que l’adversaire pousse, dès que l’ouragan frappe, il devient invisible ou pire… dommageable.
Et samed après-midi, à Denver, c’est toute la fragilité de son jeu qui a été exposée au grand jour.
Patrick Roy le savait. Il ne l’a jamais compris… ou peut-être qu’il n’a jamais essayé. Dès son arrivée derrière le banc des Islanders, Roy avait une idée claire de ce qu’il voulait d’un défenseur : de la hargne, de l’intensité, des regards de tueur et des coups d’épaules qui claquent. Or, Dobson, lui, incarnait l’opposé : calme, posé, méthodique, parfois même déroutant de sang-froid.
Et pour Roy, ça sonnait comme une provocation silencieuse.
Chaque fois que Dobson ratait un engagement physique, chaque fois qu’il temporisait au lieu de frapper, c’était comme un affront personnel.
Dans l’univers de Roy, l’émotion est une force motrice, une boussole. Pour lui, on doit "le vouloir plus que l’autre", on doit transpirer la rage de vaincre. Mais Dobson n’a jamais crié. Il n’a jamais provoqué. Il a préféré observer, réfléchir, jouer juste.
C’est là que Roy est passé à côté de quelque chose de rare. Il a confondu sobriété et mollesse, il a confondu intelligence et hésitation. Il a vu un joueur qu’il ne pouvait pas brasser. Et quand un coach comme Roy ne peut pas te brasser, il te tasse.
La vérité? Ce n’est pas Dobson qui a échoué à s’adapter à Roy. C’est Roy qui a échoué à s’adapter à une nouvelle génération de joueurs.
Une génération qui ne crie pas toujours fort, mais qui avance avec des certitudes calmes. Une génération qui ne cherche pas la guerre pour prouver sa valeur. Dobson est de cette trempe. Mais aujourd"hui, doit prouver que la constance et la classe peuvent gagner des batailles silencieuses.
Aujourd’hui, Roy regarde de loin. Il voit ce joueur qu’il a boudé devenir le pilier d’une franchise... mais aussi le joueur parfois nuisible qu'il détestait tant.
Et il sait, au fond de lui, qu’il l’a échappé belle.
