C’était censé être une soirée de rêve.
Le Centre Bell a vibré hier comme rarement cette saison. Le Canadien, boosté par la foule, a signé l’une de ses plus grandes victoires de l’année, une de celles où les joueurs jettent leurs corps sur la glace, où les partisans chantent bien après la sirène finale, et où les commentateurs cherchent les mots pour décrire l’émotion pure.
Une victoire palpitante, émotive, qui aurait dû réconcilier l’équipe entière avec son public.
Mais même dans la lumière de la victoire, il y a parfois une ombre. Et cette ombre, encore une fois, s’appelait Juraj Slafkovsky.
Dans les colonnes de La Presse, les mots ont gâché la célébration :
« Son trio a peiné à 5 contre 5, et Slafkovsky y a contribué en multipliant les maladresses en deuxième période. »
À peine la joie de la victoire installée, le vilain petit canard a été pointé du doigt, encore une fois.
Ce n’est pas nouveau. Depuis son arrivée à Montréal, Slafkovsky vit sous un microscope que peu de jeunes joueurs doivent affronter.
Adulé en Slovaquie au point d’avoir été comparé à une rockstar nationale, photographié pendant qu’il mange des sushis ou suivi dans les boutiques avec sa sœur à Kosice, il croyait que Montréal serait un havre plus calme. Il s’est trompé.
Même dans la métropole québécoise, sa vie personnelle est scrutée à la loupe. Et tous remarquent un détail troublant : Slafkovsky joue nettement mieux sur la route qu’à la maison.
Les statistiques, les impressions, les séquences vidéo : tout pointe vers cette tendance. Le jeune homme semble se libérer loin du regard du Centre Bell. À l’extérieur, il fonce, il frappe, il tente. À la maison, il hésite, se replie, trébuche. Pourquoi ?
Certains murmurent que tout cela n’est pas uniquement lié au hockey. Que sa douce Angélie Bourgeois-Pelletier, avec qui il partage sa vie à Montréal, fait l’objet de rumeurs malicieuses, que son entourage en est affecté, et que Slafkovsky le ressent profondément.
Bien qu’on ait appris par Chantal Machabée qu’elle ne travaillait plus comme serveuse au Flyjin, le mal était déjà fait dans l’opinion publique.
Plusieurs partisans croient encore qu’elle représente une distraction nuisible pour Juraj Slafkovsky. On l’accuse – à tort ou à raison – d’entretenir un rythme de vie nocturne qui "fit mal" avec l’intensité et le sérieux qu’on exige d’un jeune joueur en pleine ascension.
Certains parlent d’un entourage qui ne le pousse pas dans la bonne direction, d’une influence qui n’aide pas à canaliser son immense potentiel.
Ce qui est certain, c’est qu’Angélie est devenue un symbole dans l’imaginaire collectif : celui de la mauvaise pente, celui du talent dilué dans les apparences.
Ce qui devait être un refuge est devenu un terrain glissant. Un simple retour à la maison peut faire ressurgir la pression, la nervosité, les doutes.
Et quand les projecteurs se braquent sur lui après chaque match au Centre Bell, c’est rarement pour souligner une belle passe ou une bonne mise en échec.
C’est pour rappeler qu’il a été le premier choix, qu’il n’a pas produit comme on l’espérait, qu’il n’a pas la constance, qu’il a raté une couverture défensive, qu’il n’a pas les mains pour jouer en avantage numérique.
Encore hier, dans un match de grande émotion, où même les partisans les plus critiques laissaient parler leur cœur, Juraj Slafkovsky s’est retrouvé au banc des accusés. Le même refrain. Une erreur ici, une maladresse là, et le tribunal public recommence.
Et pourtant, il est encore là. Malgré la tempête médiatique, les sifflements entendus plus tôt cette saison, les moqueries sur sa relation, les critiques sur son langage corporel, son air jugé nonchalant.
Malgré les rumeurs de transactions avec les Kings, avec les Islanders, malgré la pression de Shane Wright qui flambe à Seattle, malgré le rêve californien qu’il a failli vivre à la place de Quinton Byfield. Il est encore là. Et il s'accroche.
Slafkovsky est devenu, sans l’avoir choisi, un symbole de tout ce qui fait mal à Montréal : l’attente d’un sauveur, le besoin d’un héros, la peur de s’être trompé.
Et à chaque contre-performance, il paie le prix. Hier encore, au lieu de lui tendre la main après une victoire émotive, on lui a encore mis le visage dans la poussière.
Mais il faut se rappeler que le chemin des géants est souvent plus long. Qu’il a fallu des années à John LeClair pour éclore. Que Byfield lui-même est encore contesté à Los Angeles.
Et qu’un jour, peut-être bientôt, Slafkovsky trouvera la clé. Il nous l’a prouvé récemment avec des performances inspirantes. Il sait comment dominer un match. Il en a les outils. Il lui reste à trouver la régularité… et peut-être, à s’éloigner du bruit.
En attendant, les projecteurs restent impitoyables. Et hier, dans la plus belle des soirées, Juraj Slafkovsky a une fois de plus été laissé seul dans l’ombre.
À force de tout lui reprocher, on en oublie l’essentiel : Juraj Slafkovsky est un jeune homme de 20 ans, premier choix au total, plongé dans l’environnement le plus sans pitié de la LNH.
Montréal n’épargne personne, surtout pas ses espoirs. Mais ce qui se passe depuis quelques semaines dépasse les bornes.
Voilà maintenant qu’on cherche à rendre sa vie privée responsable de chaque revirement sur la glace.
Le cirque autour d’Angélie Bourgeois-Pelletier est devenu une chasse aux sorcières
Angélie, mannequin et ex-employée du Flyjin, a déjà été visée par les rumeurs les plus malveillantes. On l’a accusée d’être une distraction. On a dit qu’elle « empêchait Slafkovsky de dormir ». On l’a même comparée à certaines anciennes blondes de joueurs qui ont vu leur carrière glisser.
Mais est-ce là une faute ? Est-ce que fréquenter une femme belle, visible, populaire fait de Slafkovsky un moins bon joueur de hockey ? Est-ce qu’un jeune de 20 ans n’a pas le droit de vivre une relation amoureuse sans se faire disséquer par les réseaux sociaux et les médias ?
Heureusement, Chantal Machabée, vice-présidente des communications du CH, a tenu à rétablir les faits : non, Angélie ne travaille plus au Flyjin, et oui, elle est injustement pointée du doigt. Elle n’est pas responsable du jeu de son copain. Elle n’est pas sur la glace. Elle n’a pas à subir ce torrent d’insultes.
Mais cela ne semble pas suffire à calmer la meute.
C’est une tendance bien connue à Montréal : il faut un bouc émissaire. Après Drouin, après Galchenyuk, voici Slafkovsky.
Il suffit qu’il trébuche une fois en zone neutre pour que X se déchaîne. Il suffit qu’il manque une passe en avantage numérique pour que certains réclament son échange.
Et pourtant, il a progressé. Et pourtant, il a marqué. Et pourtant, il s’impose de plus en plus physiquement. Mais non, on préfère parler de sa blonde. De ses sushis. De ses soirées.
Qu’on le veuille ou non, cette pression est toxique. Et le plus injuste, c’est qu’on oublie qu’il s’agit encore d’un jeune adulte, déraciné, venu d’un pays où il était une idole, et qui tente de survivre dans un marché où chaque erreur devient une manchette.
Et si le problème, c’était nous ?
Peut-être faudrait-il se regarder un peu dans le miroir. Peut-être que Slafkovsky joue parfois mieux à l’étranger… parce qu’il y respire mieux.
Parce qu’ il n’y a pas un micro tendu dans sa face dès qu’il rate un tir. Parce qu’on ne lui rappelle pas qu’il sort avec une fille qui a travaillé dans un bar. Parce qu’il peut aller manger dans un resto… sans se faire harceler pour une photo.
Et peut-être aussi que cette ville devrait apprendre à faire preuve d’un peu plus de compassion. De patience. De discernement.
Slafkovsky n’est pas parfait. Il a encore beaucoup à apprendre. Il a encore des matchs sans éclat. Mais il a aussi un immense potentiel, un engagement sincère, et un désir réel de s’améliorer. Et ça, ça mérite mieux que des insinuations sournoises.
Juraj Slafkovsky a besoin de stabilité. Il a besoin d’encadrement. Il a besoin d’un environnement sain, pas d’une meute qui s’acharne sur sa vie privée.
Et Angélie Bourgeois-Pelletier, qu’on la laisse tranquille. Elle ne mérite ni les sous-entendus, ni les insinuations, ni le regard biaisé de certains qui semblent encore croire que les blondes de hockeyeurs sont toutes des distractions.
Ce n’est pas elle, le problème.
Ce n’est même pas lui.
C’est ce climat irrespirable qu’on crée, jour après jour, autour d’un gamin qui essaie de devenir un homme. Un homme, peut-être, qui marquera bientôt les plus belles pages de l’histoire du Canadien.
Mais pour ça, encore faut-il lui en laisser le temps.