Mise en garde publique : Renaud Lavoie remet St-Louis en question

Mise en garde publique : Renaud Lavoie remet St-Louis en question

Par André Soueidan le 2026-02-25

Un avertissement lancé en ondes, calmement, mais avec une lourdeur impossible à ignorer.

« Tu ne peux pas sortir Zachary Bolduc de la formation trop longtemps. C’est un jeune joueur. »

Renaud Lavoie n’a pas haussé le ton. Pas besoin. Le message était limpide. Ce n’était pas une observation tactique. Ce n’était pas un simple commentaire de rotation. C’était une alerte.

Parce que retirer Zachary Bolduc au lendemain de son 23e anniversaire, dans un contexte où le retour d’Alex Newhook réorganise les chaises, ce n’est pas juste un ajustement. C’est un signal.

Et le signal vise directement Martin St-Louis.

Depuis des semaines, Bolduc navigue dans une zone grise. Neuf minutes par match. Dix. Parfois onze.

Peu d’avantage numérique. Peu de marge d’erreur. Une présence fragile. Une promotion jamais consolidée. Une erreur défensive et le banc devient plus long.

Puis, bang.

Gradins.

Pendant que Brendan Gallagher conserve sa place sur la deuxième vague du power play. Pendant qu’Alexandre Texier est immédiatement réintégré dans un rôle actif. Pendant que Newhook revient dans la rotation sans transition.

Bolduc disparaît.

Renaud Lavoie comprend la compétition interne. Il comprend la logique du retour au jeu d’un vétéran. Mais il comprend aussi un principe fondamental : un jeune attaquant offensif de 23 ans ne peut pas être traité comme un interchangeable.

« Bolduc ne peut pas être sorti de la formation trop longtemps. »

Le choix des mots est important.

Pas « ne devrait pas ».

Ne peut pas.

Parce que l’impact dépasse la feuille d’alignement.

À cet âge-là, le développement n’est pas théorique. Il est concret. Le rythme de la LNH, la confiance, la lecture du jeu, la constance. Tout ça se construit dans la répétition. Pas dans l’observation.

Sortir Bolduc un match? Gestion.

Le sortir plusieurs? Message.

Et c’est là que la question devient plus lourde : quel message Martin St-Louis envoie-t-il vraiment?

Depuis son arrivée derrière le banc, St-Louis prêche la progression. La liberté créative. L’apprentissage par l’erreur.

La confiance envers les jeunes. On l’a vu avec Suzuki. On l’a vu avec Caufield. On le voit encore avec Slafkovsky.

Mais Bolduc, lui, semble toujours sur probation.

Chaque décision crée une hiérarchie invisible. Une hiérarchie que les joueurs ressentent.

Quand Gallagher, malgré une production limitée, conserve son rôle sur l’avantage numérique.

Quand Texier saute immédiatement dans la rotation.

Quand Bolduc, ancien marqueur prolifique junior, se retrouve en civil.

La dynamique change.

Renaud Lavoie n’a pas attaqué St-Louis. Il a fait pire. Il l’a questionné publiquement.

Et à Montréal, une mise en garde publique n’est jamais anodine.

Parce que derrière le dossier Bolduc, il y a aussi la pression transactionnelle. La date limite approche. Chaque décision d’utilisation influence la valeur perçue d’un joueur.

Un jeune laissé dans les gradins devient rapidement un actif transactionnel.

Un joueur qui ne sent pas la confiance du coach finit par chercher de l’air ailleurs.

Lavoie l’a rappelé subtilement : « Il va devoir voler la job de quelqu’un. »

Voler une job.

À 23 ans.

Dans un marché qui ne pardonne pas.

La pression se déplace.

Sur Bolduc, évidemment. Mais surtout sur les vétérans. Parce que si le jeune doit « voler » une place, c’est que cette place n’est pas méritée solidement.

St-Louis se retrouve devant un dilemme classique d’entraîneur en période charnière : protéger la stabilité ou accélérer le renouvellement.

Favoriser l’expérience ou miser sur le plafond.

Renaud Lavoie, en une phrase, a exposé le risque.

Si Bolduc reste trop longtemps hors de l’alignement, le Canadien envoie le signal qu’il ne fait pas partie du noyau immédiat. Et quand un joueur passe de projet interne à monnaie d’échange potentielle, ça peut aller très vite.

Très vite.

Le vestiaire observe. Les agents observent. Les autres équipes observent.

Un jeune talent sous-utilisé devient une cible ailleurs.

Et Martin St-Louis doit aussi gérer un autre facteur : sa crédibilité de développeur.

Son identité d’entraîneur moderne repose sur la croissance des jeunes. Si un espoir de 23 ans plafonne dans un rôle instable, la cohérence du message se fissure.

La mise en garde de Lavoie n’est pas dramatique. Elle est stratégique.

Elle dit ceci : attention.

Attention à ne pas étouffer un joueur encore malléable.

Attention à ne pas transformer un espoir en regret.

Attention à ne pas créer une pression inutile à l’interne.

Parce que le hockey n’est pas qu’une question de lignes et de minutes. C’est une question de trajectoires.

Et la trajectoire de Zachary Bolduc vient d’entrer dans une zone critique.

Martin St-Louis a toujours parlé de confiance.

Maintenant, le geste doit suivre la parole.

Sinon, la question ne sera plus « pourquoi Bolduc est-il sorti? »

La question deviendra : pourquoi l’avoir perdu?

À suivre ...