Martin St-Louis aurait pu terrasser le journaliste du regard.
Jeudi matin, à Brossard, Martin St-Louis était de bonne humeur. Détendu. Souriant. Jusqu’à ce qu’on ose prononcer deux mots : Patrik Laine. Là, le masque est tombé.
La question était pourtant simple. Légitime. Nécessaire. Le journaliste lui demandait s’il était temps de s’asseoir avec Patrik Laine, de lui parler, d’avoir une vraie discussion avec un joueur qui s’entraîne sans restriction depuis des semaines, sans date de retour, coincé dans un flou total.
La réaction de St-Louis a été immédiate. Froide. Cassante. Condescendante.
« Dès que Ramsay va me dire qu’il est prêt, je vais passer le pont. Je coache les joueurs qui sont en santé. Quand il va être en santé et prêt à jouer, je vais passer le pont, là. »
Le journaliste, manifestement de bonne foi, a tenté de reformuler. De préciser. De comprendre. Mais à chaque tentative, St-Louis s’est impatienté. Il a répété qu’il ne comprenait pas la question. Comme si le problème venait du journaliste. Comme si la question était mal posée. Comme si tout ça était évident.
Regardez l'extrait vidéo suivant. On sent que le coach veut sauter à la gorge du journaliste:
On n’est pas loin d’une forme de domination psychologique, d’un rapport de force assumé où le message est clair : ne me challenge pas.
Et c’est là que Martin St-Louis devrait se regarder dans le miroir. Tu es un entraîneur de hockey, pas un juge, pas un prix Nobel, pas un intouchable. Ton rôle inclut aussi de rendre des comptes.
Cette condescendance-là, ce ton méprisant déguisé en calme, ce n’est pas de l’autorité… c’est une faiblesse mal camouflée. Et franchement, l'attitude du coach fait pitié.
Surtout que tout le monde sait exactement ce qui se passe.
Le malaise, il est là. Énorme. Inévitable. Patrik Laine s’entraîne sans restriction depuis deux semaines. Il patine. Il participe. Il est mobile. Il est visible. Il est fonctionnel. Et malgré tout ça, il reste inscrit sur la liste des blessés.
Pourquoi?
Parce que la vérité est trop dérangeante pour être dite publiquement.
Ramener Laine dans l’alignement, ce n’est pas une décision médicale. C’est une décision administrative. La formation est à 23 joueurs. Le plafond est atteint. Et intégrer Laine forcerait l’organisation à poser un geste qu’elle refuse de poser : envoyer un joueur à Laval ou risquer de perdre quelqu’un au ballottage.
Alors on fait semblant.
On répète que le feu vert médical n’est pas donné, même quand les faits sur la glace disent le contraire. On se réfugie derrière une phrase devenue mécanique « je coache les joueurs qui sont en santé », comme si elle pouvait effacer ce que tout le monde voit.
Et le pire, ce n’est même pas le mensonge. C’est le ton.
Ce regard hautain passif-agressif lancé au journaliste. Cette impatience. Cette façon de faire sentir que la question dérange, qu’elle est presque déplacée. Comme si demander des comptes était une offense personnelle. Comme si Martin St-Louis était au-dessus de l’exercice. Au-dessus des explications. Au-dessus du doute.
À ce moment-là, ce n’est plus de la protection. Ce n’est plus de la gestion. C’est du mépris.
Parce que personne n’est stupide. Ni les journalistes. Ni les partisans. Ni les joueurs dans le vestiaire. Tout le monde sait que Patrik Laine est prêt. Tout le monde sait que le garder blessé sert à contourner la limite des 23 joueurs. Tout le monde sait que cette situation est devenue intenable.
Et plus St-Louis esquive, plus il s’agace, plus il refuse de répondre clairement, plus le malaise grandit.
Ce n’était pas une mauvaise question. C’était la question. Et la façon dont elle a été balayée en dit beaucoup plus long que n’importe quelle réponse.
À force de jouer au tout-puissant, de faire semblant de ne pas comprendre, de regarder les gens de haut, l’organisation ne protège plus Patrik Laine.
Elle protège une version officielle qui ne tient plus debout.
Et ça, pour un club qui se veut transparent, humain et connecté avec son marché, c’est petit. Très petit.
