La deuxième saison de Matvei Michkov dans la LNH tourne au bras de fer. Après une année recrue à 63 points en 80 matchs, l’ailier russe avance aujourd’hui vers une campagne d’environ 40 points, avec 28 points en 53 rencontres.
La production stagne, le temps de glace fluctue, et la frustration est palpable, chez le joueur comme chez les partisans.
Samedi soir, contre les Kings de Los Angeles, Michkov n’a joué que 10 minutes et 21 secondes, son plus bas total de la saison.
Le lendemain, de passage au balado PHLY Flyers, l’entraîneur-chef Rick Tocchet n’a pas arrondi les coins. Il a répété, encore, le même message. Un message qu’il martèle depuis des mois.
« Les minutes, ça se mérite »
Interrogé sur l’utilisation limitée de Michkov et sur l’idée qu’il mériterait davantage de temps de glace, Tocchet a d’abord renvoyé la balle avec une question directe :
« Tu penses qu’il mérite ces minutes parce qu’il les a méritées? »
Puis, sans détour, il a remis le dossier sur la table, exactement au même endroit qu’en octobre, novembre, décembre… et encore aujourd’hui :
« Je vais être très franc. Matvei n’est pas arrivé au camp en bonne condition physique, et c’est difficile de retrouver la forme en jouant. »
Ce n’est pas une phrase lancée à chaud. C’est une ligne de conduite. Tocchet l’a dite, redite, et répétée sur différentes tribunes. Le constat ne change pas.
Le cœur du reproche : l’exécution et l’engagement
L’entraîneur des Flyers ne reproche pas à Michkov de ne pas tenter des jeux spectaculaires. Il reproche l’inverse : l’incapacité à gagner ses batailles, à créer de la séparation, à faire les choses simples quand le jeu l’exige.
« Je ne lui ai jamais dit, ni à lui ni à aucun joueur, d’aller battre quelqu’un en un contre un, de ressortir du coin avec la rondelle ou de créer une contre-attaque à lui seul. Il a de la difficulté dans ces situations-là. »
Tocchet oppose ensuite Michkov à d’autres joueurs du vestiaire :
« Il y a des joueurs qui ont peut-être moins d’habiletés, mais eux, ils essaient. »
Le message est clair : le talent ne suffit pas. Sans l’effort, sans la constance, sans l’exécution de base, il n’y a pas de passe-droit.
« Ce que tu manges, ça compte »
C’est ici que Tocchet va plus loin et qu’il expose, publiquement, des éléments habituellement traités à huis clos.
« On essaie de l’amener à ce niveau-là. On continue de le développer à l’entraînement, en s’assurant qu’il arrive à temps à ses traitements. Il y a tellement de facteurs qui entrent en ligne de compte. Ce que tu manges. C’est tout. »
Cette phrase, lourde de sens, fait mal. Elle renvoie directement à la discipline hors glace, à la rigueur quotidienne, à la capacité d’un joueur à faire des choix professionnels en dehors de l’aréna.
Depuis son arrivée en Amérique du Nord, des observateurs à Philadelphie évoquent, sans toujours les documenter publiquement, des habitudes de vie à corriger : alimentation à encadrer plus strictement, récupération à optimiser, routine à stabiliser.
Dans le milieu, on murmure depuis des mois que l’adaptation de Michkov à l’Amérique du Nord serait compliquée par un style de vie mal aligné avec les exigences de la LNH, marqué par des tentations alimentaires faciles (beaucoup trop de McDo) et une vie sociale trop envahissante pour un joueur en développement, ce qui forcerait l’organisation à encadrer des détails que d’autres professionnels gèrent seuls.
On dirait même qu'il est devenu "dépendant" au McDo. Comme s'il venait de découvrir un trésor caché en Amérique.
Tocchet ne pointe pas du doigt un restaurant, une sortie ou une personne. Il pointe un mode de vie qui n’est pas encore aligné avec les exigences d’un joueur d’impact de la LNH.
Personne n’ignore que Michkov a traversé des épreuves personnelles importantes. (perdre son père dans des circonstances nébuleuses). Personne ne nie que l’adaptation à un nouveau pays, à une nouvelle ligue et à une pression constante est complexe. L’organisation le sait. Le vestiaire le sait. L’entraîneur le sait.
Mais Tocchet ne déroge pas :
« Il y a beaucoup de facteurs. Et on doit continuer de travailler avec lui. »
Autrement dit : compréhension, oui. Indulgence permanente, non.
Le problème, aujourd’hui, n’est plus ce que Tocchet dit. C’est le fait qu’il le dise encore. Et encore. Et encore.
Quand un entraîneur-chef revient publiquement, à répétition, sur la condition physique, l’exécution, l’engagement et les habitudes de vie d’un même joueur, le message dépasse l’individu : il devient structurel.
À Philadelphie, Michkov n’est plus seulement en développement. Il est sous évaluation constante. Chaque présence, chaque choix, chaque détail compte et chaque écart est rappelé.
Matvei Michkov reste un joueur immensément talentueux. Ses éclairs offensifs existent toujours. Ses mains, sa vision et son instinct sont réels. Mais en 2026, à Philadelphie, le talent ne protège plus de la critique.
Rick Tocchet l’a dit, l’a répété et le répète encore : les minutes se gagnent. La confiance se mérite. Et la carrière d’un joueur de la LNH se construit autant dans l’assiette et la routine quotidienne que sur la glace.
Tant que ce message n’est pas intégré, la saison et l'avenir de Michkov restera ce qu’elle est aujourd’hui : compliquée, exposée, et sous tension.
