Il y a quelque chose d’unique qui se produit à Montréal au printemps. Quelque chose que même les vétérans de la Ligue nationale ont de la difficulté à décrire. Une tension. Une frénésie.
Une énergie qui transforme complètement la ville dès qu’une série éliminatoire commence au Centre Bell. Et à entendre les joueurs des Canadiens de Montréal cette semaine, on comprend rapidement que cette ambiance incrouyable est en train de devenir une arme psychologique énorme contre le Lightning de Tampa Bay.
Martin St-Louis, lui, souriait déjà vendredi matin en voyant les installations autour du Centre Bell.
« Il y avait peut-être 20 ou 30 toilettes chimiques… La place est prête ! »
Même lui semblait amusé par l’ampleur du cirque qui se préparait autour du troisième match de la série. Parce qu’à Montréal, les séries ne sont jamais juste du hockey. C’est un événement social. Culturel. Émotif. Une province entière qui bascule dans le même état d’esprit pendant quelques semaines.
Et St-Louis le ressent profondément.
« Il n’y a rien comme être derrière le banc des Canadiens en séries. C’est incroyable. Je suis content de l’avoir vécu l’an dernier. De pouvoir être au cœur de la grandeur de ce marché, ce n’est pas quelque chose que je tiens pour acquis. »

Il a même parlé du caractère rassembleur des Canadiens pour tout le Québec, expliquant que sa propre famille, qui vit normalement aux États-Unis durant la saison, est revenue en ville pour vivre cette atmosphère historique.
« C’est une très belle expérience et je suis content de pouvoir le partager avec ma famille. »
Mais pendant que St-Louis parle avec émotion de cette passion montréalaise, le message envoyé par Jon Cooper est complètement différent. L’entraîneur du Lightning respecte l’ambiance… sans être impressionné.
Et il l’a pratiquement dit noir sur blanc.
Quand on lui parle du Centre Bell, Cooper ramène immédiatement la conversation vers un souvenir encore plus fort selon lui : le match Canada–États-Unis de la Confrontation des 4 nations.
« Si je regarde ma carrière, la plupart des environnements bruyants sont attribuables à un événement qui se produit. Mais je n’oublierai jamais l’arrivée de Mario Lemieux sur la glace lors de ce match et je ne crois pas que c’est quelque chose qui peut être égalé. J’étais simplement reconnaissant de vivre ce moment et c’est arrivé ici. »
Son message est réducteur: oui, Montréal sera bruyant, oui le Centre Bell sera électrique, mais Cooper a déjà vu plus gros. Plus intense. Plus historique.
Et ça paraît aussi dans son approche.
« Les dimensions de la patinoire ne changent pas, le nombre de joueurs dans chaque équipe ne change pas. Tout ça fait partie de l’environnement, il faut l’accepter. »
Il refuse de tomber dans l’émotion.
Même chose pour Yanni Gourde, qui a pourtant grandi au Québec.
« Les partisans vont être bruyants et ça va être plaisant. C’est le genre d’aréna dans lequel tu veux jouer en séries éliminatoires. »
Respectueux. Positif. Mais pas intimidé.
Et c’est exactement là que le rôle d’Arber Xhekaj devient fascinant dans cette série.
Parce que pendant que Tampa tente de garder le contrôle émotionnel, Montréal, lui, veut transformer chaque présence, chaque mise en échec, chaque escarmouche en explosion émotionnelle. Et personne n’incarne mieux cette énergie que Xhekaj.
Le problème? Les Canadiens commencent sérieusement à croire qu’il est ciblé par les arbitres.
Son partenaire défensif, Jayden Struble, l’a dit très clairement :
« Il a définitivement une cible dans le dos. »
Puis il a ajouté :
« Quand il arrive dans une mêlée, tous les yeux sont tournés vers lui. Les officiels l’agrippent immédiatement. Il doit marcher sur une ligne beaucoup plus mince que nous. »
En gros : dès qu’il se passe quelque chose après le sifflet, les officiels surveillent immédiatement Xhekaj avant tout le monde.
Et les Canadiens l’ont très mal pris après le deuxième match contre Tampa, quand Xhekaj s’est retrouvé puni pour conduite antisportive alors que plusieurs à Montréal croyaient que le Lightning allait être seul puni.
Même Struble ne comprenait pas :
« Je n’ai pas aimé la punition et je ne suis pas d’accord avec cette décision. »
Mais Xhekaj, fidèle à lui-même, refuse de jouer la victime.
« Vous allez devoir regarder la séquence et juger par vous-mêmes. »
Par contre, une chose est claire : il adore cette guerre physique.
« C’est parfait pour mon style de jeu. »
Puis il a pratiquement lancé un défi au Lightning :
« S’ils veulent penser qu’ils sont les méchants, parfait. Nous sommes ici et nous sommes prêts pour tout ce qu’ils veulent nous offrir. Ça nous convient. On adore ça. On en rit après les matchs. C’est un esprit de fraternité, on reste soudés ensemble. »
Et il a ajouté une phrase qui résume parfaitement l’état d’esprit actuel des Canadiens :
« Peut-être qu’ils sont frustrés et qu’ils essaient de nous sortir de notre match. Nous avons de gros gabarits et des gars qui aiment jouer robuste. Et nous allons continuer. »
Cette mentalité-là, Montréal l’adore.
Et vendredi soir, avec un Centre Bell en feu, Xhekaj le savait très bien.
« Je vais être honnête. Pour des gars physiques comme Anderson, Struble et moi, l’énergie de la foule en séries à Montréal est un immense plus. Je me suis réveillé avec le sourire ce matin. La province au grand complet est en feu. Ça va être une soirée incroyable. »
Pendant ce temps, Tampa tente déjà de préparer sa stratégie émotionnelle. Même Scott Sabourin, dont le rôle est clairement de déranger et casser le rythme, a expliqué que le Lightning voulait calmer rapidement la foule.
« Nous devons essayer de rendre l’aréna moins bruyant en nous imposant et en ne leur donnant pas grand-chose pour se réjouir. »
Mais St-Louis? Pas impressionné du tout par Sabourin.
Quand on lui a demandé si sa présence changeait quelque chose, il a répondu avec un calme presque moqueur :
« Ce n’est pas quelque chose qui nous tracasse. »
Et honnêtement, on le sent.
Les Canadiens ne semblent pas intimidés. Au contraire. L’équipe semble alimentée par cette confrontation physique, par cette haine sportive, par cette ambiance de guerre de tranchées.
Même Alex Newhook l’a reconnu :
« C’est l’endroit rêvé. »
Et à Montréal, en séries, cette phrase-là prend une dimension complètement différente.
