Matvei Michkov ne pardonnera jamais à Daniel Brière

Matvei Michkov ne pardonnera jamais à Daniel Brière

Par Marc-André Dubois le 2025-04-01

Matvei Michkov est enfin en feu. Libéré de John Tortorella, le jeune Russe de 20 ans enchaîne les performances étincelantes, accumulant les points à un rythme effréné.

Pourtant, malgré cette explosion offensive, le trophée Calder semble déjà promis à un autre : Lane Hutson. Pour Michkov, comme pour son directeur général Daniel Brière, la fin de saison ressemble davantage à une démonstration de talent gâché qu’à une véritable rédemption. Car les bons coups arrivent… trop tard.

Depuis le congédiement de John Tortorella, Matvei Michkov a tout simplement pris feu. En six matchs, il a amassé 11 points, dont quatre buts, pour redevenir l’un des joueurs les plus électrisants du circuit.

Il ne s’est pas contenté de profiter d’un horaire favorable ou d’adversaires faibles. Il a dicté le jeu, contrôlé la rondelle avec une aisance rare et transformé chaque présence en menace.

« Ça n'a pas rapport avec l'entraîneur », a-t-il déclaré humblement après la victoire contre les Predators, attribuant ses succès à une meilleure adaptation au style nord-américain.

Mais tout le monde voit bien ce qui s’est passé : le départ de Tortorella l’a libéré. Libéré de ses chaînes défensives, de ses menaces constantes de banc et de son style archaïque.

Et dès qu’on lui a donné un peu d’oxygène, Michkov a explosé. Ce qu’il est en train de prouver, c’est que s’il avait été utilisé correctement depuis le début, la course au Calder aurait peut-être eu un tout autre visage.

Le Calder ? Trop peu, trop tard

Mais la réalité est sans pitié. Peu importe à quel point Michkov flambe en ce moment, Lane Hutson a déjà conquis l’opinion.

 Le jeune défenseur du Canadien de Montréal a non seulement produit offensivement à un rythme impressionnant, mais il l’a fait de manière constante, sans les creux de vague qui ont plombé Michkov pendant une bonne partie de l’hiver.

Hutson incarne la constance, la maturité et l’adaptabilité. Michkov incarne la flamboyance, l’instinct pur, mais aussi l’instabilité.

Les votants pour le Calder ont la mémoire courte, mais pas à ce point. Le trou noir de Michkov au cœur de la saison — sept matchs sans point, une fiche de -20 sur ses 25 rencontres précédentes — restera gravé dans l’évaluation de sa candidature. Et peu importe son sprint final, il est déjà trop tard pour effacer le retard accumulé.

Et que dire de Daniel Brière, dont les décisions semblent suivre une logique parallèle à celle du hockey moderne ? Pendant que d’autres DG savent quand appuyer sur les bons boutons, Brière, lui, semble appuyer sur tous les mauvais.

Le départ de John Tortorella ? Trop tard.

Au lieu de laisser son entraîneur sombrer dans l’échec, perdre match après match et conduire les Flyers vers un haut choix au repêchage, Brière a attendu le moment parfait… pour tout rater. 

En congédiant Tortorella au moment où l’équipe était déjà sur le bord du précipice, il a déclenché un électrochoc trop efficace. Résultat : les Flyers gagnent, Michkov performe, les partisans respirent mieux… mais l’organisation se dirige tout droit vers le no man’s land.

Trois victoires de suite contre le Canadien, les Sabres et les Predators — trois clubs exclus de la course — et voilà que Philadelphie remonte. Pas assez pour espérer les séries. Pas assez pour viser le tout premier choix au total. Juste assez pour ruiner leur position au repêchage.

C’est le pire scénario possible pour une équipe en reconstruction. Pas de séries. Pas de haut choix. Juste du vide. Et ce n’est pas un hasard. C’est une conséquence directe de décisions mal calculées, d’un manque de vision, et d’un timing catastrophique de la part de Brière.

Un feu d’artifice tardif pour masquer une saison de gâchis

Michkov, aujourd’hui, se bat. Il joue comme un homme en mission. Il produit comme un futur joueur étoile. Il fait taire les critiques, et il redonne espoir à une fanbase en manque de héros. 

Mais ce feu d’artifice arrive après des mois de frustration, d’errance stratégique et de décisions douteuses.

C’est admirable. Mais ce n’est pas suffisant.

Le mal est fait.

Ni Michkov, ni Brière, ni les Flyers ne seront récompensés pour cette fin de saison. Le Russe ne gagnera pas le Calder.

Les Flyers ne feront pas les séries. Et ils ne repêcheront pas top 5 cet été. Tout ce qui leur reste, c’est cette lueur éphémère d’un prodige qui aurait pu, qui aurait dû… mais qui a été trop longtemps ignoré.

Matvei Michkov va s’en sortir. Il est trop talentueux pour échouer. Mais il aurait pu faire encore mieux. S’il avait été bien entouré. S’il avait été protégé. S’il avait été lancé comme un atout précieux, pas comme un risque à contrôler.

Aujourd’hui, il prouve qu’il est un pilier offensif. Mais l’organisation, elle, devra vivre avec le fait qu’elle a sabordé sa saison… par peur, par hésitation, par manque de nerf.

Et pendant que Michkov brûle tout sur son passage, Lane Hutson, lui, continue tranquillement de construire un dossier de plus en plus solide pour le Calder. Sans les drames. Sans les blessures d’ego. Sans les erreurs de gestion.

Le feu de Michkov est spectaculaire. Mais le trône, lui, appartient déjà à un autre. Trop peu, trop tard.

Et c’est là que se dessine, sans détour, le véritable drame de la saison des Flyers de Philadelphie : Daniel Brière est peut-être l’un des pires directeurs généraux de la LNH. 

Pour ce que tout gestionnaire en reconstruction devrait impérativement éviter : saboter sa propre fenêtre de rajeunissement, brûler ses cartes d’avenir, et voler l’élan d’un prodige générationnel.

Gâcher l’année recrue de Matvei Michkov, c’était déjà une faute grave. Le confier à un entraîneur intransigeant comme John Tortorella, le priver de l’élan nécessaire pour véritablement aspirer au trophée Calder, voilà une erreur de gestion qui risque de marquer Michkov pendant longtemps.

Le laisser sans accompagnement stratégique, sans vision claire, sans liberté créative, c’est voler à un joyau le printemps qu’il méritait.

Mais le pire, c’est que Brière n’a même pas su capitaliser sur cette lente agonie orchestrée par lui-même. La saison dernière, il a laissé Tortorella pousser son équipe au-delà de ses moyens, engranger des points inutiles, flirter avec une place en séries pour finalement s’écraser.

 Et ce faux succès leur a coûté la chance d’avoir un haut choix au repêchage de 2024, comme Ivan Demidov. Puis, cette saison, voyant enfin le navire sombrer, il choisit ce moment précis pour limoger Tortorella, offrant soudainement un second souffle… à une équipe qui allait enfin couler. 

Résultat ? Trois victoires de suite, un Michkov en feu, un classement qui se redresse… et une nouvelle place de repêchage médiocre en vue.

Non, Daniel Brière ne sait pas où il s’en va. Il appuie sur tous les mauvais boutons, au pire moment. Il n’a ni la patience d’un vrai bâtisseur, ni la lucidité d’un visionnaire. Il gère les Flyers comme un enfant qui découvre les commandes d’un avion en plein vol. Et le crash approche.

Michkov ne lui pardonnera jamais. Parce qu’il sait qu’on lui a volé quelque chose. Non pas une médaille, mais la reconnaissance, la célébration, l’ascension naturelle d’un joueur exceptionnel. 

Voilà l’héritage de Daniel Brière. Un DG qui aura étouffé un génie au lieu de le propulser. Un DG qui aura saboté deux saisons au lieu d’en maximiser une.

Un DG qui incarne la confusion d’un club sans gouvernail. Et un DG que Michkov, comme l’histoire, ne pourra jamais pardonner.