Martin St-Louis a rencontré les journalistes à l'hôtel de Washington... tout juste en sortant du gym...
Il semblait un homme fatigué, visiblement irrité, au visage rougi comme quelqu’un qu’on aurait tiré du lit cinq minutes trop tôt, incapable de masquer le poids qui pèse sur ses épaules depuis des semaines.
La réalité est qu'il a poussé de la fonte au gym de l'hôtel... et a affronté les caméras avec ses gros "biceps pipés" et sa serviette mouillée de sueur.
Avant même d’ouvrir la bouche, on voyait que quelque chose n’allait pas. Ses yeux étaient lourds, sa posture tendue, son teint rougeâtre rappelait davantage un homme qui sort du gym qu’un entraîneur prêt pour une analyse posée.
Il tenait sa serviette à la main, les cheveux encore humides, comme si on l’avait précipité vers la table des journalistes sans qu’il ait eu le temps de reprendre son souffle.
Il arrivait déjà contrarié, et ça s’est senti dès la première question : un mépris habituel envers Martin McGuire, un ton sec, des réponses saccadées, puis il s'est relaxé en parlant à son journaliste préféré, Renaud Lavoie.
Martin St-Louis en veut encore à Herb Zurkowsky, ce journaliste anglophone qui, pour une fois, n’a pas fait partie de ceux qui adoucit ses questions pour éviter d’irriter le coach.
Zurkowsky a demandé à Dobeš ce que tout Montréal voulait savoir : comment vivrait-il une éventuelle rétrogradation à Laval?
Une question simple, directe, parfaitement légitime dans un marché où le ménage à trois étouffe tout le monde et où le principal intéressé venait de gagner un match après trois semaines d’inactivité.
Mais St-Louis a explosé hier.
« Ce n’était pas une très bonne question », a-t-il lancé, irrité, presque méprisant, en renvoyant la faute sur Zurkowsky.
Depuis, le journaliste se fait insulter sur les réseaux sociaux. Comme si St-Louis avait voulu jouer au "bully".
Une façon de détourner le malaise causé par les déclarations brutales de Dobeš qui a dit qu’il ne parlait jamais au coach, qu’il ne comprenait rien à la situation, qu’il n’avait que ses coéquipiers et ses fans dans la vie et de projeter le problème sur celui qui avait osé poser la question la plus évidente de la soirée.
Le plus troublant n’est pas que St-Louis ait mal réagi.
Le plus troublant, c’est que toute une partie de la presse francophone s’est empressée de blâmer le journaliste au lieu de demander des comptes au coach.
Une image triste, mais révélatrice : ce marché, qui aime prétendre être dur, ne l’est que lorsqu’il s’agit de s’en prendre aux joueurs.
Devant Martin St-Louis, plusieurs reculent. Plusieurs se couchent. Plusieurs évitent le conflit. Et c’est précisément ce qui rend le geste de Zurkowsky si essentiel.
Enfin, quelqu’un a eu le courage de poser la bonne question au bon moment.
Il n’a pas insinué, pas provoqué, pas piégé : il a fait son travail.
Il a demandé à un joueur, coincé dans une situation injuste et absurde d'un ménage à trois, comment il vivait la possibilité réelle d’un renvoi à Laval.
Ceux qui l’attaquent aujourd’hui devraient se demander s’ils auraient eu ce courage.
Et pendant que Zurkowsky encaissait les critiques (gratuites, injustes, surtout mal informées), St-Louis, lui, continuait d’envoyer des signaux contradictoires.
Fatigué, irritable, nerveux, il a d’abord été glacial avec certains journalistes, puis subitement beaucoup plus doux avec ceux qu’il aime mieux, ceux qu’il connaît, ceux qui, disons-le franchement, lui déroulent parfois le tapis rouge.
Avec un Renaud Lavoie, par exemple, le ton a changé. Le visage s’est détendu. L’agacement a disparu. On était loin de la raideur dirigée vers les premiers journalistes du scrum.
Un coach ne devrait pas laisser paraître ce favoritisme médiatique, mais encore aujourd'hui, c’était impossible de ne pas le voir.
Et au-dessus de tout cela flotte un malaise qu’aucune mise en scène de relations publiques ne pourra effacer :
Le coach du Canadien avait l’air à bout.
Épuisé.
Rouge, vidé, à cran.
Comme un homme qui sait que quelque chose lui glisse entre les doigts, mais qui refuse encore de l’admettre.
Le ménage à trois l’épuise.
La gestion émotionnelle d’un gardien fragile mentalement comme Dobeš lui fait perdre la tête, surtout que le gardien a placé le coach dans l'embarras en affirmant qu'il lui avait parlé pour la première fois de sa vie.
La réaction incontrôlée de Dobeš l’a pris par surprise.
Et la question de Zurkowsky l’a fait déraper. Le plus fou dans tout cela?
Si les médias francophones avaient un peu plus souvent le réflexe de poser des questions difficiles, comme le fait déjà la presse anglophone depuis des années, peut-être que les frustrations ne s’accumuleraient pas au point d’exploser en direct.
Herb Zurkowsky ne mérite pas des pierres.
Il mérite des fleurs.
Parce qu’il a fait ce que trop de journalistes hésitent à faire : confronter Martin le Napoléon.
Pas le jeune joueur émotif.
Pas le douzième attaquant.
Mais le coach.
Et à l'hôtel de Washington, dans ce Centre Bell où les projecteurs brûlent davantage les nerfs que la glace, Martin St-Louis a montré un visage qu'on ne voit pas souvent chez lui : celui d’un entraîneur exténué, irrité, mal préparé, qui s’en prend au messager... parce qu’il ne peut pas s’en prendre au message...
