Martin St-Louis a le coeur brisé pour son deuxième  père

Martin St-Louis a le coeur brisé pour son deuxième père

Par Marc-André Dubois le 2025-03-27

Il n’a pas pleuré devant les caméras. Mais Martin St-Louis, habituellement si maîtrisé devant les médias, laissait échapper quelque chose de rare ce mercredi-là à Philadelphie : une profonde tristesse, mêlée de reconnaissance.

Le genre d’émotion brute qu’aucun mot ne peut complètement contenir. Le congédiement de John Tortorella n’était pas seulement la fin d’un mandat en LNH.

Pour Martin St-Louis, c’était une blessure personnelle. Celle de perdre, symboliquement, son mentor. Son deuxième père.

L’homme sans qui rien de tout cela — ni la carrière, ni la Coupe Stanley, ni même la transition vers le coaching — n’aurait été possible.

Lorsque St-Louis s’est présenté en mêlée de presse, quelques heures avant le match entre le Canadien et les Flyers, son visage était figé dans une gravité inhabituelle.

Le cœur visiblement lourd, il a parlé de Tortorella avec des mots choisis, pesés, respectueux. Mais dans son regard, on pouvait presque lire la douleur.

« Ce n’est jamais plaisant de voir quelqu’un perdre son poste, mais ça pince un peu plus quand c’est quelqu’un que tu connais », a-t-il soufflé, presque à voix basse, les yeux brillants d’une émotion qu’il retenait de toutes ses forces.

Pour comprendre ce que vivait Martin St-Louis, il faut remonter au début. En 2000, il n’était encore qu’un petit joueur sous-estimé, non repêché, trimballé de club en club, sans réelle promesse d’avenir.

C’est John Tortorella qui, contre l’avis de plusieurs, a convaincu son DG à Tampa Bay de le réclamer au ballotage. C’est Torts qui lui a donné un vrai rôle. Qui l’a fait jouer. Qui a vu, derrière le gabarit discret et la voix timide, un feu intérieur prêt à embraser la LNH.

Et il ne s’est pas trompé : Martin St-Louis est devenu un joueur étoile, un gagnant du trophée Hart, un champion de la Coupe Stanley… sous les ordres de John Tortorella.

Mais leur relation allait bien au-delà du sport. Elle s’est forgée dans la vérité, celle que St-Louis répète aujourd’hui à ses propres joueurs.

Tortorella n’était pas du genre à ménager les sensibilités. Il disait ce qu’il pensait. Il provoquait. Il brisait. Puis il reconstruisait.

C’est ainsi qu’il a modelé Martin St-Louis, non seulement comme joueur, mais comme homme.

« Il m’a dirigé vers la vérité », a expliqué l’entraîneur du Canadien.

« Il m’a amené à un autre niveau. On ne se lançait pas des fleurs, mais on se disait les vraies affaires. Et ça, ça a bâti une relation forte. »

Ce lien ne s’est jamais brisé, malgré les années, malgré les villes, malgré les titres et les épreuves. Dans les moments les plus critiques de sa carrière, Martin St-Louis savait toujours qu’il pouvait compter sur Torts pour lui dire ce qu’il avait besoin d’entendre, pas ce qu’il voulait entendre.

Et même dans leurs désaccords, il y avait un respect mutuel, une affection tacite, celle des hommes qui se sont forgés ensemble dans le feu des batailles.

Alors oui, mercredi soir à Philadelphie, quelque chose s’est éteint pour Martin St-Louis. Pas seulement l’ère Tortorella chez les Flyers.

Mais une part intime de son passé. Un chapitre fondateur de sa propre histoire. Voir cet homme qu’il admire tant, humilié par un congédiement en pleine saison, après avoir tant donné au hockey, le bouleversait profondément.

« C’est une bonne personne », a-t-il répété, comme pour rappeler à tous que derrière le masque du coach dur se cache un être loyal, passionné, généreux.

Il n’avait pas besoin d’en dire plus. Sa voix, son regard, ses silences parlaient d’eux-mêmes. Martin St-Louis était détruit.

Ce soir-là, bien qu’il ait dirigé ses hommes comme à l’habitude, on sentait qu’il n’était pas tout à fait là. Son esprit flottait ailleurs.

À Tampa. En 2004. Dans le vestiaire. Dans les cris. Dans les accolades. Dans les batailles partagées. Avec cet homme qu’il appelait son coach, mais qu’il aurait pu appeler son père.

Le hockey est parfois cruel. Mais il a ceci de beau : il lie les hommes par des relations que le temps ne défait jamais.

Et dans le cœur de Martin St-Louis, John Tortorella aura toujours une place sacrée. Le congédiement est peut-être officiel. Mais pour lui, Torts ne sera jamais vraiment parti.

Avant de quitter le micro, le coach du CH a offert une dernière réflexion, tout en retenue mais d’une sincérité bouleversante :

« Torts, c’est une bonne personne. »

Cette phrase, répétée deux fois dans la même mêlée de presse, en disait long. Ce n’était pas une simple formule de politesse. C’était un adieu. Une façon pour St-Louis de rendre hommage à l’homme qui l’a fait éclore.

« On ne se lançait pas toujours des fleurs. On avait chacun notre vérité et, parfois, elles s’affrontaient. Et c’est correct. »

Et maintenant ? Évidemment, les rumeurs viendront. Elles viennent toujours. Il suffira d’une semaine, peut-être deux, avant qu’on entende parler de John Tortorella derrière le banc du Canadien, comme adjoint, conseiller spécial ou mentor à temps partiel.

C’est inévitable, surtout avec l’attachement qu’il partage avec Martin St-Louis. Mais il faut être honnête : on peut déjà ranger cette rumeur au placard.

Tortorella est un entraîneur-chef dans l’âme. Il ne vivra jamais dans l’ombre de personne. Pas même de son protégé. Pas même de Martin. Et surtout pas à Montréal.

Ce serait contre sa nature, contre tout ce qu’il a bâti. Son style, son autorité, son intensité… c’est du « all-in or nothing ».

Et la vérité, c’est que la LNH a changé. Le message de Tortorella, aussi brutalement honnête soit-il, ne passe plus comme avant. C’est la fin. Plus personne ne lui offrira une équipe. C’est peut-être la fin définitive du livre.

Mais attention : on a déjà enterré Tortorella trop tôt. Et à chaque fois, il est revenu.  Alors non, il ne sera pas à Montréal. Il ne sera pas adjoint. Mais il sera quelque part. Peut-être dans un studio de télé. Peut-être sur un plateau d’analyse.

Peut-être dans un rôle de consultant pour USA Hockey. Mais pas sur un banc de la LNH. Pas cette fois.

Ça semble bel et bien terminé.