Manque de respect: Michel Lacroix envoie un message à Geoff Molson

Manque de respect: Michel Lacroix envoie un message à Geoff Molson

Par David Garel le 2026-03-27

Triste histoire.

La manière dont les Canadiens de Montréal traitent Michel Lacroix nous donne mal au coeur.

Quelque chose de profond, de dérangeant, qui touche directement au respect qu’on accorde à une institution vivante.

Parce que Michel Lacroix, ce n’est pas seulement une voix. Ce n’est pas seulement un annonceur. C’est une présence. C’est une mémoire. C’est un lien direct entre les générations qui ont vécu le Forum et celles qui remplissent aujourd’hui le Centre Bell.

Quand tu annonces le dernier but de Gordie Howe... tu es une légende...

Et pourtant, on l’a déplacé. On l’a éloigné. Sans véritable consultation. Sans lui demander ce qu’il voulait vraiment.

Et ça, ça ne passe pas.

Dans l’entrevue accordée à Mathias Brunet, on sent tout. Il ne crie pas. Il ne dénonce pas. Il ne fait pas de sortie fracassante.

Mais sa déception parle d’elle-même. Elle est là, entre les lignes, dans chaque mot choisi avec retenue, dans chaque souvenir qu’il évoque de ce qu’il a perdu.

Parce qu’il a perdu quelque chose.

Avant, Michel Lacroix était au cœur du jeu. Littéralement. Installé au banc des pénalités, il vivait le match au rythme des joueurs, des arbitres, des entraîneurs. Il était connecté à l’action, capable d’intervenir, d’informer, de sentir les choses avant même qu’elles ne deviennent évidentes pour les 21 000 personnes dans les gradins.

Il le dit lui-même. Il pouvait parler aux officiels. Il pouvait aider un joueur en difficulté. Il pouvait même influencer, à sa façon, certaines situations, en s’assurant que l’information transmise au public soit juste, rapide, humaine.

Ses propos font mal:

« J'ai moins de plaisir. Le contact était plus direct, ne serait-ce que pour une note explicative avec l’arbitre pour informer le public correctement. Auparavant, je pouvais informer les entraîneurs quand je sentais qu’un joueur ne se sentait pas bien après une bagarre. Ou aider un joueur qui avait un bris d’équipement. Souvent, j’insistais auprès des officiels quand il y avait une contestation en notre défaveur ! »

Aujourd’hui, tout ça lui a été enlevé.

Depuis la pandémie, on l’a relégué dans les gradins. Plus loin. Plus froid. Plus distant. Et oui, plus triste.

« C’est moins le fun », qu’il dit. Une phrase simple. Mais qui, dans sa bouche, veut dire énormément.

Parce que ce “moins le fun”, c’est une perte de sens. C’est une rupture avec une manière de vivre son métier. C’est aussi, disons-le franchement, une décision qui n’a jamais été réévaluée comme elle aurait dû l’être une fois les contraintes sanitaires disparues.

Pourquoi Michel Lacroix n’est-il pas retourné au banc des pénalités?

La question est simple. Et elle mérite une réponse claire.

On parle d’un homme qui, même face aux producteurs du tournoi des 4 nations, a été capable de tenir son bout. On lui disait dans l’oreillette de continuer, d’enchaîner avec les présentations, de presser le rythme, malgré l'ovation de la foule pour Équipe Canada et surtout Mario Lemieux.

Lui, il a répondu calmement : « Je connais mon building, je connais mes gens, je vous dirai quand je vais arrêter. »

Et il avait raison.

C’est ça, Michel Lacroix. Une lecture instinctive du moment. Une compréhension presque organique de la foule montréalaise. Une autorité tranquille, bâtie sur des décennies d’expérience, que même les grandes productions internationales ont fini par reconnaître.

Et malgré ça, chez lui, dans son amphithéâtre, on le garde à distance.

C’est difficile à comprendre.

C’est encore plus difficile à accepter quand on voit à quel point il est encore habité par ce qu’il fait. Quand il parle de l’ambiance au Centre Bell, de l’explosion de décibels après un but d’Ivan Demidov, on sent qu’il est toujours là, à 100 %, investi, passionné, incapable de faire les choses à moitié.

« Il n’y a rien de plus beau que ce que tu annonces. Ne jamais donner de demi-mesures. C’est inimaginable. »

Cette phrase-là devrait être encadrée dans les bureaux de l’organisation.

Parce que Michel Lacroix, lui, n’a jamais donné de demi-mesures. Jamais.

Alors pourquoi l’organisation, elle, semble lui en donner une?

Pourquoi ne pas lui redonner ce qui lui appartient? Pourquoi ne pas lui offrir le choix? Pourquoi ne pas reconnaître que sa place naturelle, sa place légitime, est au banc des pénalités, là où il a bâti sa légende?

Ce n’est pas une question de nostalgie. C’est une question de respect.

Et aujourd’hui, ce respect-là semble incomplet.

Geoff Molson oit entendre ce message.

Pas comme une attaque. Pas comme une polémique inutile. Mais comme un rappel. Un rappel que certaines personnes dépassent leur rôle. Qu’elles deviennent des symboles. Et que lorsqu’on touche à ces symboles, il faut le faire avec une sensibilité extrême.

Michel Lacroix mérite mieux que ça.

Il mérite d’être consulté. Il mérite d’être écouté. Et surtout, il mérite de choisir comment il veut vivre les dernières années de sa carrière.

Parce que oui, il avait l’air triste en en parlant. Et non, ça ne devrait pas être normal.

On parle du plus grand annonceur de l’histoire du sport, selon nous. D’une voix qui a accompagné des générations complètes de partisans. D’un homme qui connaît mieux que quiconque le pouls du Centre Bell.

Et on l’a éloigné.

Il est encore temps de corriger ça.

Remettez Michel Lacroix au banc des pénalités. Pas pour faire plaisir aux nostalgiques. Pas pour créer une histoire. Mais simplement parce que c’est là qu’il doit être.

Et parce qu’un monument, ça ne se déplace pas sans raison.