Les chiffres de Phil Danault donnent mal au coeur, parce qu’ils ne relèvent plus de l’opinion, mais des faits.
Depuis son arrivée, les chiffres sont accablants, le rendement défensif recule et, surtout, le rôle pour lequel il a été acquis ne tient plus.
Le Canadien est allé chercher Danault pour stabiliser le jeu défensif, sécuriser le désavantage numérique et gagner des mises au jeu clés. Or, non seulement ces objectifs ne sont pas atteints, mais certaines phases du jeu se sont carrément détériorées depuis son retour.
Le désavantage numérique est l’exemple le plus frappant. Sur les cinq derniers matchs, le Canadien a accordé 9 buts en 17 situations à court d’un homme, pour un taux d’efficacité de 47 %, ce qui place l’équipe 27e de la LNH.
La saison dernière, Montréal avait terminé 9e dans cette catégorie. La chute est brutale. Et contrairement au discours ambiant, le retour de spécialistes supposés comme Danault et Jake Evans n’a rien corrigé. Au contraire, la glissade coïncide directement avec leur utilisation accrue.
Dans cette séquence, Phil Danault affiche un rendement inquiétant au cercle des mises au jeu en désavantage numérique : 5 duels gagnés sur 12, soit 41,7 %.
Quatre des neuf buts accordés récemment ont été marqués immédiatement après des mises au jeu perdues, dont deux directement attribuables à ces situations.
Quand tu perds la possession dès le départ, la structure défensive éclate avant même d’être installée. À ce niveau-là, ce n’est pas une question de système, c’est une question d’exécution.
C’est dans ce contexte que son entrevue devient profondément malaisante. Interrogé sur la stratégie du Canadien à quatre contre cinq, sur les moments précis où la pression doit être appliquée, Danault refuse d’élaborer.
Le malaise s’est surtout installé au moment où Phil Danault a été relancé sur la stratégie du Canadien en désavantage numérique.
Quelques minutes plus tôt, Alexandre Carrier avait évoqué l’existence de règles très strictes, sans toutefois entrer dans les détails.
Quand Anthony Martineau de TVA Sports lui demande d’élaborer sur le moment précis où l’équipe doit mettre de la pression en désavantage numérique, Phil Danault refuse de répondre.
« Il ne te l’a pas expliqué? Je ne l’expliquerai pas non plus. »
Avant ça, il avait déjà évité le cœur du problème en se réfugiant derrière des généralités :
« Ce sont des petits détails… si on est tous sur la même page, le pourcentage va baisser. »
Aucun détail concret. Aucun exemple. Aucune prise de responsabilité personnelle.
Puis, quand on insiste encore, il referme complètement la porte :
« On a des règles strictes, tout le monde les connaît. »
Et quand on lui demande quelles règles, à quel moment, dans quelle situation, il coupe court. Fin de la discussion.
C’est là que ça devient troublant.
Parce que ce n’est pas un refus stratégique. On n’est pas en séries. On n’est pas dans un contexte où dévoiler une couverture serait dangereux.
Un vétéran de 32 ans, payé 5,5 M$, peut expliquer ça sans rien révéler de confidentiel.
Mais Danault ne le fait pas.
Et le plus révélateur, ce n’est même pas le refus.
C’est la justification du refus.
Il ne dit pas :
« Je ne peux pas en parler. »
Il dit :
« L’autre ne l’a pas dit, donc moi non plus. »
Ça, ce n’est pas du leadership. C’est de l’évitement.
Dans cette entrevue-là, Phil Danault ne parlait pas comme un pilier.
Il parlait comme quelqu’un qui marche sur des œufs, qui ne veut surtout pas se tromper, qui préfère se taire que de s’exposer.
Et quand un joueur refuse d’expliquer le comment… c’est souvent parce qu’il ne contrôle plus le pourquoi.
Son langage corporel fait pitié. Les épaules recroquevillées, le regard fuyant, la voix basse, les silences. Phil Danault donne l’impression d’un joueur qui se sent en trop, presque comme un imposteur dans son propre vestiaire.
Lui qui a toujours été reconnu pour son calme et son assurance dégage aujourd’hui une nervosité palpable. On nous dit qu’il est très anxieux. Et honnêtement, ça se voit.
Il croyait visiblement qu’un changement d’environnement réglerait tout. Que quitter Los Angeles suffirait à retrouver son jeu.
Mais le déménagement n’a rien réparé. Parce que le problème n’était pas uniquement le contexte. Il était aussi lié au temps qui passe, aux demi-secondes perdues, à une vitesse qui ne revient pas. Et réaliser que ce n’est plus une question de lieu, mais de limites physiques, c’est extrêmement difficile à accepter pour un athlète.
La question devient alors brutale, mais inévitable : à quoi sert Phil Danault s’il ne gagne plus ses mises au jeu clés, s’il n’est plus fiable défensivement et s’il n’apporte rien offensivement?
Pourquoi joue-t-il 16 minutes? Pourquoi passe-t-il devant Joe Veleno, qui est plus efficace, plus rapide, plus engagé?
Et surtout, comment justifier un salaire de 5,5 millions de dollars, encore valide l’an prochain, pour un joueur qui n’arrive plus à suivre le rythme... ou répondre aux questions...
La conclusion est lourde, mais elle s’impose. Phil Danault n’est pas simplement en difficulté. Il est en train de vivre la phase la plus dure de la carrière d’un joueur de hockey : celle où tu comprends que le train est passé. Que l’intelligence ne compense plus la lenteur. Que l’expérience ne suffit plus quand l’exécution n’est plus là.
Et que même en revenant « à la maison », le mal-être te suit. Parce que ce n’était pas Los Angeles le problème. C’était le temps. Et le temps, lui, ne fait jamais marche arrière.
Ouch.
