La conférence de presse de Kent Hughes n'est pas passée inaperçue. Il y a des phrases qui voyagent. Celle de Kent Hughes, à l’occasion de son bilan de mi-saison, appartient clairement à la deuxième catégorie. Parce que ce qu’il a dit ce matin à Montréal, ça s’est rendu jusqu’à Pittsburgh. Et tout le monde l’a compris de la même façon.
Quand Hughes affirme, presque candidement, qu’il croyait que les Penguins de Pittsburgh seraient en reconstruction cette saison… mais qu’ils sont finalement dans le portrait des séries, il ne parle pas seulement du marché des transactions. Il ne parle pas seulement de la parité dans l’Est. Il parle, sans le nommer, de Sidney Crosby.
Et il envoie, volontairement ou non, un message limpide : le contexte qui devait rendre possible un gros coup n’est pas au rendez-vous.
Oui, clairement, Hughes pensait que Pittsburgh allait décrocher. Tout le monde le pensait. Tout le monde savait que le plan, à long terme, passait par un déclin assumé.
Et tout le monde savait aussi que, dans ce scénario précis, Crosby devenait un dossier ouvert. Hughes le savait. La ligue le savait. Pittsburgh le savait. Et aujourd’hui, Hughes nous dit, entre les lignes, que cette fenêtre-là se referme tranquillement.
Pas parce que le rêve est mort.
Mais parce que le timing est en train de changer.
Quand il ajoute qu’il s’attend à une date limite des transactions « plus tranquille que d’habitude », ce n’est pas un aveu d’inaction. C’est un constat stratégique.
Trop d’équipes sont encore en vie. Trop d’organisations refusent de vendre. Trop de clubs se croient encore à un joueur près. Et Pittsburgh, contre toute attente, fait partie de ce groupe. Résultat : le gros domino que plusieurs attendaient, Crosby, ne tombe pas. Du moins, pas maintenant.
Et c’est là que le discours de Hughes devient intéressant. Parce qu’au lieu de s’entêter à courir après un rêve incertain, il a amélioré son équipe. De façon rationnelle. Mesurée. Efficace.
Il est allé chercher Phillip Danault pour colmater un trou réel au centre. Pas pour transformer l’équipe en aspirante instantanée, mais pour la stabiliser. Pour enlever de la pression. Pour éviter de brûler des jeunes. Ce n’était pas un coup de circuit médiatique. C’était un coup de DG. Et ça en dit long sur la direction prise.
Parce que non, Danault ne règle pas le problème du deuxième centre à long terme. Hughes le sait. Tout le monde le sait. Mais il permet au Canadien de respirer, de ne pas forcer la main du marché, de ne pas sacrifier un produit d’avenir pour un « mal pour un bien » mal calculé.
Et dans le cas de Crosby, on le sait : le prix aurait été astronomique. Un espoir majeur. Un défenseur clé. Des choix. Un pari à très court terme sur un joueur de 38 ans, aussi légendaire soit-il.
Hughes a choisi de ne pas brûler cette cartouche-là. Et ses propos de ce matin confirment que ce n’est pas par manque d’audace, mais par lecture froide de la situation.
Ce qui frappe aussi, dans cette conférence, c’est son discours sur l’avenir. Quand il parle de Lane Hutson, il est presque honnête à l’excès. Il admet qu’il ne s’attendait pas à ce que Hutson devienne aussi bon, aussi vite.
Et surtout, il ouvre une porte fascinante : le Canadien croit qu’il pourrait y avoir d’autres Lane Hutson dans son système.
Ce n’est pas une phrase lancée en l’air. C’est un signal. Hughes dit essentiellement ceci : ce que vous voyez aujourd’hui est encourageant, mais ce que vous ne voyez pas encore pourrait être encore plus important.
Et quand Arpon Basu écrit que le présent est beau, mais que le futur compte davantage dans la tête du DG, il met le doigt exactement au bon endroit.
Parce que les produits s’en viennent.
Michael Hage.
Alexander Zharovsky.
David Reinbacher.
Jacob Fowler.
Bryce Pickford.
Tous ne deviendront pas des Hutson. Ce serait irréaliste. Mais si un ou deux d’entre eux dépassent les attentes, comme Hutson l’a fait, la trajectoire du Canadien change complètement. Et Hughes le sait. Voilà pourquoi il refuse de paniquer. Voilà pourquoi il refuse de sacrifier un futur solide pour une solution émotionnelle.
Alors oui, les liens entre Montréal et Crosby existent encore. Ils ne disparaîtront jamais tant que le numéro 87 n’aura pas décidé de son avenir. Mais ce matin, Hughes a envoyé un message clair : le Canadien n’est plus dépendant de ce rêve-là. S’il se réalise un jour, ce sera dans les bonnes conditions. Sinon, le plan continue.
Et quelque part, à Pittsburgh, on a compris que Montréal n’était plus en mode attente fébrile.
Il est en mode construction assumée.
Et ça, paradoxalement, rend le Canadien encore plus dangereux à long terme.
