Le malaise olympique de Radio-Canada continue.
Il se prolonge maintenant dans ces fameuses capsules « en coulisses » confiées à Laurent Duvernay-Tardif. Officiellement, l’idée est noble : montrer l’envers du décor, humaniser les Jeux, créer un lien différent avec les athlètes. Dans les faits, ça tombe souvent à plat. Très à plat.
C’est Michel Villeneuve qui a mis le doigt dessus en premier, en demandant carrément aux internautes ce qu’ils pensaient de ces segments diffusés entre les compétitions. Et la réponse du public a été brutale. Pas marginale. Brutale.
Parce que ce que plusieurs voient à l’écran, ce n’est pas du journalisme sportif. Ce n’est pas non plus de l’analyse humaine profonde. C’est une suite de petites capsules awkward, parfois pseudo-humoristiques, parfois maladroitement promotionnelles, où Duvernay-Tardif pose des questions banales (« vous parlez coréen? », « comment ça se passe au village? »), sourit beaucoup, en fait trop, et donne l’impression d’un personnage plaqué dans un rôle qui ne lui appartient pas vraiment.
Les commentaires sont révélateurs.
Certains parlent carrément de mauvais placement de produit.
D’autres le trouvent fake.
Plusieurs disent qu’il en met trop, que ça devient énervant à la longue.
D’autres encore rappellent froidement qu’on manque de médecins au Québec.
« Nous avons besoin de médecins. »
« Je vais être incisif, mais avec la pénurie d’omnipraticiens comme lui, il serait temps qu’il s’y consacre à temps plein. »
« Les à-côtés ne m’intéressent pas. Je veux juste les compétitions. »
« Je le trouve show off. »
« C’est plate. »
Le ciel tombe sur la tête de Laurent Duvernay-Tardif.
Pendant des années, son statut de médecin, son passage héroïque dans le réseau de la santé durant la pandémie et son image de bon gars du Québec l’ont pratiquement rendu intouchable. On avait l’impression qu’il était immunisé contre la critique.
Mais là, brutalement, la réalité le rattrape. Les réseaux sociaux se sont enflammés. Les commentaires pleuvent. On parle de segments forcés, de contenu creux, de placement de produit déguisé, de malaise télévisuel. Des gens qui l’aimaient commencent à décrocher.
D’autres se demandent carrément ce qu’il fait encore devant la caméra alors que le système de santé manque cruellement de médecins.
Ce n’est pas un simple bad buzz passager : c’est un choc frontal entre une image publique longtemps protégée et un public qui, cette fois, refuse d’avaler n’importe quoi.
Disons que la vidéo malaisante où il danse sur la glace a été la goutte de trop:
Duvernay-Tardif découvre à son tour ce que vivent tous ceux qui passent par la machine médiatique : à partir du moment où tu deviens un outil de contenu pour Radio-Canada, tu n’es plus un symbole, tu deviens une cible. Et présentement, il encaisse de plein fouet.
La fracture est réelle.
Et elle est profonde.
Parce que pour beaucoup, Duvernay-Tardif incarne déjà une contradiction difficile à avaler : ancien joueur de la NFL, devenu symbole de réussite, devenu médecin, devenu personnalité médiatique omniprésente.
On comprend qu’il soit sympathique. On comprend que le Québec l’aime. Mais quand il devient une figure centrale de la couverture olympique, avec des capsules qui ressemblent davantage à du divertissement léger qu’à du contenu sportif pertinent, ça accroche.
Ça accroche surtout dans un contexte où Radio-Canada coupe ailleurs.
On a sabré dans le sport.
On a réduit les équipes.
On a fusionné Radio-Canada Sports dans l’information générale.
On pousse le public vers Tou.tv Extra.
Mais on trouve toujours de la place pour des segments « feel good » mal ficelés.
C’est ça qui choque.
Parce que pendant qu’on nous explique que les ressources sont limitées, on finance des capsules qui n’apportent rien aux amateurs sérieux. Pendant qu’on nous parle de rigueur budgétaire, on transforme les Jeux en variété douce.
Et encore une fois, ce sont les athlètes qui passent en deuxième.
Les gens ne regardent pas les Olympiques pour voir Laurent Duvernay-Tardif poser des questions anodines dans un corridor.
Ils veulent voir les performances.
Ils veulent voir les compétitions.
Ils veulent voir les moments forts.
Point.
Le problème, ce n’est pas Laurent Duvernay-Tardif comme individu.
Le problème, c’est le réflexe systématique de Radio-Canada : transformer chaque événement sportif majeur en produit télé sympathique, lissé, humanisé à outrance, au lieu d’assumer pleinement une vraie couverture sportive.
On ne demande pas du divertissement.
On demande du sport.
Et à force de vouloir être chaleureux, accessible et « différent », Radio-Canada est en train d’oublier pourquoi les gens se branchent aux Jeux olympiques.
Pas pour les corridors.
Pas pour les sourires.
Pas pour les capsules.
Pour la compétition.
Et c’est là que le malaise devient encore plus profond. Parce qu’on parle de Laurent Duvernay-Tardif, un homme qui a gagné un immense capital de sympathie pendant la pandémie, quand il a quitté la NFL pour venir prêter main-forte dans le système de santé durant la COVID.
À l’époque, le Québec l’a salué comme un héros. Et avec raison. Mais aujourd’hui, ce capital symbolique sert clairement de bouclier médiatique.
On l’installe à l’écran, on lui confie des capsules, on mise sur son image positive… pendant que le contenu devient de plus en plus publicitaire, superficiel, et parfois carrément malaisant.
Plusieurs téléspectateurs parlent de placement de produit cheap, déguisé en reportage humain. Et c’est là que ça choque vraiment : Radio-Canada est financée par nos taxes. Par nos impôts.
On ne parle pas d’une chaîne privée qui peut vendre son âme aux commanditaires. On parle d’un diffuseur public, censé livrer de l’information et du sport, pas faire du marketing déguisé entre deux épreuves olympiques.
Utiliser une figure respectée comme Duvernay-Tardif pour passer des segments qui ressemblent à des vitrines promotionnelles, pendant que les amateurs réclament plus de compétitions et moins de flafla, c’est une dérive grave.
On paie pour voir les Jeux. Pas pour du placement de produit camouflé sous un sourire sympathique.
La honte...
