Pendant que les projecteurs s’allument sur l’arrivée de Noah Dobson et pendant que des rumeurs circulent autour de Mason McTavish une guerre autrement plus importante se déroule en coulisses : celle du futur contrat de Lane Hutson.
Une guerre de chiffres, de pourcentages et d’ego, où la moindre erreur pourrait coûter des dizaines de millions au Tricolore.
Et, pire encore, la façon dont l’organisation gère ce dossier rappelle de sombres souvenirs. Car le CH commence peu à peu à ressembler au CH de Marc Bergevin.
La loi du silence revient. Les journalistes se font dire de ne pas poser de questions à Hutson sur son contrat. Sérieusement? Il n’est pas assez grand pour répondre lui-même? Ridicule.
Au centre du bras de fer : Sean Coffey, l’agent de Hutson. Il ne veut rien savoir des « rabais maison » acceptés par Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky. Pour lui, les concessions, c’est fini. Hutson est unique, générationnel, et il doit être payé comme tel.
Kent Hughes, lui, tente de protéger la hiérarchie salariale. Son modèle? Noah Dobson. Tout juste arrivé de Long Island, signé à 9,5 M$ par saison pour 8 ans. C’est le plafond que le DG veut imposer. Hutson n’a pas encore prouvé en séries, Dobson oui. Logique… sur papier.
Mais Coffey n’en a rien à faire. Ses yeux sont fixés sur un autre joueur : Kirill Kaprizov. Elliotte Friedman a révélé que la star du Wild est sur le point de négocier un contrat à 15 M$ par saison.
C’est exactement le scénario que Coffey veut reproduire. Peut-être pas tout de suite, mais à travers un contrat-pont de 4 ou 5 ans, qui ouvrirait la voie à une prolongation monstrueuse dans quatre ans, lorsque le plafond aura explosé vers 113 M$.
Dans sa logique, Hutson vaut plus que Dobson. Pas seulement par le talent, mais par la trajectoire. Kaprizov hier, Hutson demain.
Et c’est là que la situation a dégénéré. Selon les informations qui circulent, le CH aurait soumis une offre à 8,5 M$ par saison sur huit ans. Soit exactement le contrat de Brock Faber au Minnesota. Une offre jugée insultante par le clan Hutson.
Coffey a immédiatement ramené la conversation au pourcentage de la masse salariale. Faber à 8,5 M$, c’est 8,9 % d’un plafond à 95 M$.
Si on applique le même ratio à un plafond projeté de 104 M$, ça donne… 9,2 M$. Et pour Coffey, ce chiffre n’est toujours pas suffisant. Le clan veut au minimum 9,5 M$, idéalement 10 M$.
Frank Seravalli a confirmé que les négociations sont au point mort.
« Je ne pense pas qu’il y a eu beaucoup de progrès. On a eu des discussions initiales, mais on reste dans la fourchette Faber », a-t-il résumé. Ça bloque... dur....
C’est dire à quel point la situation est tendue que Jeff Gorton a lui-même pris la parole. Lui qui, normalement, s’occupe des transactions et laisse Kent Hughes gérer les contrats. Cette fois, il est monté au front, lançant un message limpide à Coffey et à ses collègues :
« Les agents, ils adorent ça, les pourcentages. Le plafond monte, et c’est le pourcentage, le pourcentage, le pourcentage. Mais ils n’ont pas à gérer une équipe. Ils ne comprennent pas ce que ça fait, un joueur qui entre dans la pièce avec un salaire beaucoup plus élevé qu’un autre qui est meilleur que lui. Ce n’est pas juste une question de chiffres. C’est réel. »
Une déclaration lourde de sens. Car Gorton a touché le point névralgique : signer Hutson à 10 M$ et plus, ce serait créer une fracture dans la chambre.
Comment justifier qu’un défenseur de 21 ans, qui n’a jamais joué un match de deuxième ronde en séries, devienne le joueur le mieux payé de l’équipe, devant Suzuki, Dobson, Caufield et Slafkovsky?
Mais au-delà des chiffres, c’est la manière qui choque. Le Canadien a interdit aux journalistes de poser des questions à Hutson sur son contrat. Une consigne claire : silence radio. L’écho est terrible. On se croirait revenu à l’époque Bergevin.
C’est absurde. Hutson est assez grand pour répondre lui-même qu’il ne veut pas parler de son contrat. Mais non : on préfère museler la presse.
Résultat? On nourrit le feu. On alimente les soupçons. Et surtout, on donne l’impression que les négociations vont si mal qu’on craint la moindre question.
Et pourtant, Hutson, lui, ne bronche pas. Interrogé lors d’un événement caritatif pour la fondation du Manoir Ronald-McDonald, il a simplement lancé :
« Je ne pense pas qu’il y ait de la pression. S’il y en a, c’est une bonne chose. Je suis juste excité et prêt à commencer la saison. »
Un « si » qui a fait sourire plusieurs observateurs. Parce que de la pression, il y en a. Et elle vient d’abord de ses propres coéquipiers.
Slafkovsky et Caufield ont accepté des contrats à rabais pour respecter l’échelle instaurée par Hughes. Suzuki aussi. Aujourd’hui, ils regardent la saga Hutson avec attention. Parce que si le jeune défenseur perce le plafond, leur propre sacrifice perd tout son sens.
Caufield aurait pu demander 8-9 M$ en 2023. Slafkovsky, 9-9 M$ en 2024. Ils ont signé pour moins. Et maintenant, Coffey veut faire de Hutson le joueur le mieux payé de l’histoire du CH?
C’est un fardeau énorme sur les épaules d’un kid de 21 ans. Car dans la chambre, certains vont se demander pourquoi eux ont dû se serrer la ceinture, mais pas lui.
Coffey brandit aussi d’autres contrats pour justifier sa demande. Evan Bouchard à 10,5 M$ à Edmonton. Jason Robertson qui vise 12 M$ à Dallas. Adrian Kempe qui veut 10 M$ à Los Angeles. Même Alexander Romanov, limité offensivement, vient de toucher 6,25 M$ par an.
À côté, Hutson et ses 66 points paraissent sous-payés à 9 M$. Et l’argument des séries? Coffey le balaie d’un revers de main. « Développement en cours », plaide-t-il. Exactement comme Quinn Hughes ou Cale Makar à leurs débuts.
Comme si ce n’était pas assez, voilà qu’EA Sports a dévoilé ses cotes pour NHL 2026. Noah Dobson, fraîchement arrivé, se hisse parmi les meilleurs défenseurs droitiers du jeu avec une cote de 88, derrière seulement Makar, Fox et McAvoy.
Lane Hutson, lui, est exclu du top- 0 des gauchers, malgré son trophée Calder et ses 66 points. Une gifle symbolique, qui rappelle à quel point la perception extérieure reste influencée par son gabarit et ses lacunes défensives.
Coffey s’en servira à coup sûr : « Vous voyez? Même les algorithmes sous-estiment mon joueur. Prouvez-leur qu’ils ont tort. Payez-le. »
Ce qu’il faut comprendre, c’est que le temps joue contre le Canadien. Dès le 1er juillet 2026, les prolongations seront limitées à 7 ans.
Cette saison est donc la dernière chance de signer Hutson pour 8 ans. Si Hughes rate ce coup, le clan Coffey pourra miser sur un contrat-pont… et réclamer 13-14 M$ en 2029.
Et c’est ça, le cauchemar.
Le Canadien joue avec le feu. Soit il cède maintenant, et brise sa hiérarchie. Soit il attend, et risque de payer deux fois plus cher. Dans tous les cas, Coffey a toutes les cartes.
Le dossier Hutson n’est plus seulement une question de dollars. C’est devenu une guerre de pouvoir, de perception et de stratégie médiatique. Kent Hughes veut protéger son modèle. Coffey veut pulvériser les plafonds.
Et pendant ce temps, la loi du silence, digne de l’ère Bergevin, revient s’installer au Centre Bell. Les journalistes censurés. Les coéquipiers frustrés. Les partisans inquiets.
Lane Hutson, 21 ans, est en train de devenir le symbole de la nouvelle LNH : une ligue où les jeunes veulent leur part du gâteau immédiatement, où les agents misent sur la folie des comparatifs, et où les DG marchent sur un fil tendu au-dessus d’un volcan.
Le Canadien joue gros. Très gros. Et le pire, c’est qu’il le fait dans le noir, sous un silence imposé qui ne fait qu’attiser les flammes.