Pierre Karl Péladeau vient de vivre, sous les yeux de tout le Québec, l’une des plus grandes humiliations publiques de sa carrière. Gary Bettman, commissaire tout-puissant de la LNH, ne l’a pas seulement écarté du dossier du retour des Nordiques.
Il l’a détruit. D’un revers de main glacial, lors d’une conférence de presse donnée à Montréal en octobre dernier, Bettman a affirmé, sans détour, qu'il n'avait jamais reçu d’offre sérieuse de Péladeau.
Lors de cette conférence de presse aussi glaciale qu’un vent de janvier à Québec, Gary Bettman a carrément remis en doute l'intégrité de Pierre Karl Péladeau. Selon lui, la LNH n’a jamais reçu de proposition crédible de la part de Québecor.
Il a laissé entendre que tout le battage médiatique entourant un éventuel retour des Nordiques n’était qu’un écran de fumée, un jeu d’image, une coquille vide.
Pire encore : il a insinué que Péladeau n’avait pas les reins financiers assez solides pour faire partie du cercle très restreint des propriétaires d’équipes de la LNH.
En quelques phrases, Bettman a non seulement écarté Péladeau du dossier, mais il a aussi brisé sa crédibilité et humilié publiquement un homme d’affaires qui avait tout misé sur le retour d’une franchise à Québec. Le message était clair : la LNH ne veut rien savoir de Pierre Karl.
Traduction : Péladeau n’a rien fait. Il a menti. Il a bluffé. Et il n’a pas livré la marchandise.
Ce fut une claque publique. Une insulte. Un verdict.
Le propriétaire de Québecor, l’homme qui s’est toujours présenté comme le grand défenseur du hockey à Québec, le héros des Nordiques, s’est fait désintégrer en direct, sans même pouvoir répliquer.
Et c’est là qu’un homme a fait ce que personne d’autre n’a osé faire : Régis Labeaume.
L’ancien maire de Québec, retiré de la vie politique, est sorti de son silence pour allumer Bettman sur les ondes du FM93.
« Bettman, c’est un full of shit. »
C’est dit. Brutal. Tranchant. Sans pitié. Un coup de canon dans le torse du commissaire, lancé avec la force d’un homme qui n’a plus rien à perdre, mais encore tout à dire.
Labeaume ne s’est pas contenté d’une simple critique. Il a démoli la version officielle de la LNH. Selon lui, les démarches étaient sérieuses, les signaux étaient positifs, et les conversations avec Bettman étaient bien réelles.
Pas besoin d’une lettre d’offre formelle, dit-il.
« Avec Bettman, ça se règle au téléphone. »
Ce n’est pas une affaire de formulaire. C’est une affaire de volonté. Et c’est précisément ce que Bettman n’a jamais eu : la volonté de ramener une équipe à Québec tant que Pierre Karl Péladeau était dans le décor.
Car c’est bien là le nœud du problème. Gary Bettman n’a jamais voulu de Péladeau. Il le trouve instable. Trop émotif. Trop imprévisible. Trop sulfureux.
Il le considère comme un risque pour la gouvernance de la ligue, un électron libre impossible à contrôler. Et quand on gère une ligue milliardaire, on ne veut pas d’un agitateur dans le club des propriétaires.
Bettman a toléré Péladeau. Il ne l’a jamais respecté.
Et dans cette guerre silencieuse, il a attendu le moment parfait pour le désavouer. Le faire passer pour un amateur. Un beau parleur incapable de mettre les sous sur la table.
Et ce moment est venu cette semaine, sous les projecteurs du Centre Bell, alors que Bettman a fait de Péladeau un exemple : voilà ce qu’il ne faut pas être si on veut jouer dans la cour des grands.
Mais alors que le roi déchu de Québecor sombrait dans la honte, une voix s’est levée. Celle de Régis Labeaume, le seul qui ose dire ce que tout le monde pense.
Le seul à rappeler que Québec n’a jamais eu une chance équitable. Que le combat était biaisé. Que le retour des Nordiques a été sacrifié sur l’autel des rancunes personnelles de Bettman.
On ne peut pas comprendre la vigueur avec laquelle Régis Labeaume a défendu Pierre Karl Péladeau sans rappeler l’histoire qui les unit.
En 2011, les deux hommes ont scellé ensemble le sort du Centre Vidéotron, une entente historique qui liait à jamais la Ville de Québec à Québecor.
En 2015, c’est Labeaume lui-même qui a célébré le mariage de Pierre Karl Péladeau et Julie Snyder. Un geste hautement symbolique, qui allait bien au-delà de la simple amitié politique.
Labeaume s’est toujours défendu d’agir par partisanerie, affirmant être devenu un « politicien libre ». Mais il n’a jamais caché ses affinités péquistes ni son admiration pour l’entrepreneur.
Quand il traite Bettman de "full of shit", ce n’est pas juste une opinion : c’est un cri du cœur lancé pour un vieil allié qu’il estime trahi, humilié, sacrifié.
Ce lien personnel explique en partie pourquoi Labeaume est l’un des seuls à avoir osé dire tout haut ce que plusieurs murmurent tout bas : le dossier des Nordiques a été saboté par mépris et manipulation.
Sans Labeaume, Pierre Karl Péladeau serait ce matin un homme enterré médiatiquement.
Son rêve de hockey aurait été rayé de la carte à jamais. Mais grâce à l’ancien maire, il sauve la face. De justesse.
Car oui, cette sortie violente de Labeaume redonne un peu de crédibilité au combat de Québec. Elle rappelle que les promoteurs y croyaient, que le Centre Vidéotron existe, que la passion est là, et que le mépris de Bettman est la véritable barrière.
Mais ce sursaut ne changera pas le fond du problème. La LNH ne veut pas de Péladeau. Et Péladeau, sans la LNH, n’a plus rien.
Le rêve est mort. Et même si Régis Labeaume a tenté de réanimer le cadavre médiatique de Pierre Karl Péladeau, la réalité est brutale : Bettman a gagné.
Il a ruiné la réputation de son vieil adversaire. Et il a confirmé au monde entier ce que plusieurs soupçonnaient déjà : Québec n’est pas dans le plan. Et Péladeau n’est pas l’homme de la situation.
Le plus tragique dans tout cela? C’est que Québec avait tout : le public, l’aréna, l’histoire, la passion. Mais elle avait le mauvais porteur de ballon.
Et aujourd’hui, même si Pierre Karl Péladeau peut se réfugier derrière les mots de son vieil allié Labeaume, le mal est fait. Le commissaire a tranché.
Et dans cette guerre froide, c’est Québec qui perd. Encore.