On le sentait venir depuis des semaines. On l’avait prédit. On le voyait même entre les lignes dans les yeux de Martin St-Louis à chaque fois qu’on lui posait une question sur Arber Xhekaj.
Et ce soir, dans ce naufrage contre les Hurricanes de la Caroline, le masque est tombé. Le lien entre St-Louis et son défenseur le plus imprévisible semble être irrémédiablement brisé.
Troisième match en quatre soirs. Troisième défaite de suite. Une autre soirée où le Canadien, à bout de souffle, s’est présenté avec de bonnes intentions, mais sans les munitions.
Et pendant que les projecteurs s’attardaient sur le manque de punch offensif, un drame silencieux se jouait à la ligne bleue : la disparition progressive d’Arber Xhekaj.
Utilisé à peine 3:52 dans le match, Xhekaj était pratiquement invisible. Il n’était pas blessé. Il n’était pas malade. Il était là, assis sur le banc, à attendre un signal de son entraîneur.
Signal qui n’est jamais venu. À ce stade-ci, on ne parle plus d’une rotation ou d’une stratégie. On parle d’une mise au banc symbolique. Un exil à ciel ouvert.
Et le moment le plus cruel est venu sur le troisième but des Hurricanes. Une descente à trois contre deux que Xhekaj transforme en trois contre un. Mauvaise lecture. Mauvais saut. Mauvais moment. Et boum. 3-1. Rideau.
Martin St-Louis est un coach de confiance.
Et quand cette confiance est brisée, les minutes fondent plus vite qu’une glace de coin en avril.
Ce qui rend tout ça encore plus tendu, c’est le contexte. Le CH a décidé d’habiller sept défenseurs. Une décision qui devait permettre de réintégrer doucement Kaiden Guhle, de stabiliser les choses à la ligne bleue.
Mais plutôt que de retirer Xhekaj ou Struble, Martin St-Louis a choisi la voie facile : rayer Joshua Roy.
Encore. Et garder Xhekaj dans le lineup.
Pourquoi? Parce que sortir Xhekaj, c’est déclencher une tempête.
C’est provoquer une onde de choc médiatique et possiblement un clash dans le vestiaire. Parce que Xhekaj, avec sa tête de dur à cuire et son aura de policier, traîne un symbole. Il incarne une certaine identité.
Mais une identité qui coûte cher.
Sorties de zone chaotiques, relances bloquées, nervosité avec la rondelle. Dès qu’il touche à la rondelle, c’est comme si tout ralentissait. Et pas dans le bon sens. On ne parle pas d’un gars qui gère le tempo. On parle d’un gars qui empêche la musique d’avancer.
Alors que le Canadien tente de se faufiler en séries, avec la corde raide comme plancher, peut-il vraiment continuer à accorder un poste à Xhekaj au détriment d’un Joshua Roy, ou même d’un attaquant capable de contribuer en avantage numérique?
Car parlons-en, de l’avantage numérique. Encore une fois ce soir, Juraj Slavkovsky a été inefficace sur la première unité.
Des jeux qui crèvent l’œil, des pertes de rondelle, des lectures lentes. Pourquoi ne pas injecter un peu de sang neuf?
Pourquoi ne pas tenter Joshua Roy, justement, qui a les mains et la vision pour évoluer dans ce rôle?
Mais non. On choisit la prudence. On gère l’émotion. On maintient les apparences. On joue safe.
Et pendant ce temps, Xhekaj hante le banc.
Tel un rappel constant que Martin St-Louis, ce soir, n’a pas eu le courage de trancher. Qu’il a reculé au moment où il fallait prendre une décision.
Ce n’est plus une question de talent ou de robustesse. C’est une question d’efficacité.
Le débat est lancé : est-ce que Xhekaj a encore sa place dans le plan à long terme de Kent Hughes?
Ce soir, la réponse a été brutale. Il était présent, mais invisible. Un choix passif d'un coach piégé entre la peur de briser l’harmonie et la nécessité de gagner.
Si on regarde les stats, le CH a maintenant cinq défaites de suite.
Le moment est critique. Les décisions molles ne sont plus une option. Et garder Xhekaj dans l’alignement, alors qu’on ne le fait même plus jouer, c’est une décision molle. Une décision de peur.
Martin St-Louis a l’air d’un homme pris. Pris entre son instinct de joueur et ses responsabilités de coach. Il aime Xhekaj. Il respecte son parcours. Il sait que c’est un gars qui s’est battu pour chaque seconde sur la glace. Mais il sait aussi que le train avance. Et que certains wagons doivent décrocher.
Peut-être qu’il y aura une conversation.
Peut-être que Xhekaj sautera son tour au prochain match. Peut-être que Joshua Roy reprendra sa place.
Ce qu’on sait, c’est que la glace est mince. Et qu’elle craque de partout.
Ce n’est plus une question de si. C’est une question de quand. Et la fin, pour Arber Xhekaj dans l'alignement, pourrait arriver bien plus vite que prévu.
À suivre ...