La nouvelle entente de 12 ans entre TVA Sports et Rogers devait marquer le début d’une nouvelle époque. Une nouvelle vie pour une chaîne qui vient de sécuriser son avenir avec 32 matchs du Canadien en saison régulière, jusqu’à 350 matchs de la LNH par année et toutes les séries du CH.
Après des mois d’incertitude, Québecor a finalement obtenu ce qu’il voulait. TVA Sports survivra et aura une vitrine immense pendant les 12 prochaines années.
Mais au moment où la chaîne aurait pu profiter de ce nouveau départ pour revoir complètement son identité, une décision laisse un goût amer à une partie importante du public : Élizabeth Rancourt demeure cheffe d'antenne.
Et Frédérique Guay, celle que les réseaux sociaux et de nombreux amateurs réclamaient avec insistance, ne prendra pas la place que plusieurs espéraient la voir obtenir, même si elle est sortie de son congé de maternité.

Voilà la véritable déception qui crée une colère noir chez les télespectateurs québécois.
Depuis des semaines, le timing semblait pourtant parfait. Frédérique Guay était revenue au Québec et sa couverture de la Coupe Rogers avait rappelé pourquoi elle demeure l’une des communicatrices sportives les plus appréciées de la province.
À l’écran, tout semblait naturel. Les entrevues étaient fluides, les interventions maîtrisées et l’attention demeurait là où elle devait être : sur les athlètes et sur le sport. Sa présence n’avait pas besoin d’être imposée. Elle fonctionnait simplement.
Et plus les apparitions de Guay se multipliaient, plus la même question revenait : pourquoi ne serait-elle pas la prochaine cheffe d’antenne du hockey à TVA Sports?
Cette question était d’autant plus logique que la chaîne s’apprêtait à entrer dans une période de transformation majeure. Les droits de diffusion étaient en négociation. Tous les contrats arrivaient à échéance. TVA Sports devait déterminer quelle image elle voulait projeter pour les prochaines années. Il y avait une occasion rare de repartir sur de nouvelles bases.
Frédérique Guay arrivait au meilleur moment possible.
Mais TVA Sports a choisi la continuité.
Élizabeth Rancourt sera de retour, ce que le public n'accepte pas.
Attention : personne ne devrait prétendre qu’Élizabeth Rancourt n’a jamais eu droit à une chance. Elle a hérité d’un poste immense et extrêmement exposé. Succéder à Louis Jean n’était pas une mission facile. Montréal est probablement le marché sportif le plus exigeant du Québec et chaque phrase prononcée à la télévision est analysée, décortiquée et parfois déformée sur les réseaux sociaux.
Elle a également été victime d’attaques misogynes qui n’avaient absolument rien à voir avec son travail. Elle a eu raison de les dénoncer. Une femme n’a pas à accepter les insultes personnelles et les commentaires sexistes simplement parce qu’elle travaille dans le hockey.
Mais c’est justement là que TVA Sports doit faire attention à ne pas tout mélanger.
Toutes les critiques ne sont pas misogynes.
Et c’est là que le problème avec Élizabeth Rancourt devient beaucoup plus complexe.
Son passage à TVA Sports a été marqué par plusieurs controverses qui ont laissé des traces dans l’opinion publique.
Ses commentaires sur Carey Price ont notamment choqué de nombreux amateurs. Affirmer que le gardien était le pire être humain qui n'aimait pas le hockey et qu’il jouait principalement pour l’argent était une sortie qui allait inévitablement provoquer une réaction de dégoût envers elle chez les partisans du Canadien.
@solemn.podcast L’athlète le plus overrated 👀 l’aimez-vous ? #hockey #sport #quebec #mtl #canadiens ♬ son original - Solemn
Price n’est pas n’importe qui au Québec.
Pour beaucoup de partisans, il représente l’un des plus grands joueurs de l’histoire moderne du Canadien. Sa carrière a été marquée par une grave blessure et des problèmes de dépendance qui ont fini par l’éloigner de la glace. Dans ce contexte, les commentaires à son sujet ont levé le coeur d'une province en entier.
Imaginez affirme que Price est le joueur le plus surestimé de l'histoire du CH. Yark!
Le dossier Marc Denis a également laissé des cicatrices.
Rancourt avait critiqué son vocabulaire et son style de communication, alors que Denis est justement reconnu dans le milieu pour sa préparation, la précision de ses analyses et la qualité de son français.
"Je comprends qu’il veut bien parler et c’est important de bien parler. Mais des fois, modère ton vocabulaire pour qu’on te comprenne comme il faut.".
"T’es pas obligé d’être parfait. On veut sentir que t’es un ancien joueur. Ça m'énerve."
Encore une fois, plusieurs téléspectateurs ont eu l’impression qu’elle s’attaquait inutilement à une personnalité respectée.
Puis il y a eu P.K. Subban.
Une anecdote sur l’odeur du défenseur dans le vestiaire qui se voulait peut-être légère, mais qui a encore ajouté une controverse à une liste qui commençait déjà à s’allonger.
"PK Subban pue".
Connaissant les préjugés sur la communauté noire, ce commentaire est tout simplement horrible et inacceptable.
Le résultat est simple : Élizabeth Rancourt n’a jamais réussi à créer cette relation naturelle avec une partie du public.
La comparaison avec Frédérique Guay devient donc cruelle.
Guay n’avait même pas besoin de réclamer le poste.
Le public le faisait pour elle.
Sa couverture de la Coupe Rogers a alimenté spontanément le débat. Les commentaires positifs se sont accumulés. Son professionnalisme a été souligné. Son naturel à l’écran a été applaudi. Beaucoup d’amateurs ont commencé à imaginer ce qu’elle pourrait apporter à la Soirée du hockey.
TVA Sports avait devant elle une candidate qui arrivait avec quelque chose de précieux dans une industrie où la confiance du public est difficile à obtenir : une immense cote de sympathie.
Mais la chaîne a préféré garder sa chouchou.
C’est difficile de ne pas avoir cette impression.
Car la décision ne semble pas correspondre au désir exprimé par une partie du public. Elle ressemble davantage à une décision interne, prise par une organisation qui continue de croire en Élizabeth Rancourt malgré le fossé qui s’est installé entre l’animatrice et plusieurs téléspectateurs.
Québecor peut évidemment choisir qui il veut placer à l’antenne.
C’est son entreprise.
Mais une télévision sportive ne peut pas complètement ignorer son public.
Surtout après ce que TVA Sports vient de vivre.
La chaîne a accumulé plus de 240 millions de dollars en pertes au cours du précédent cycle de droits de la LNH. Elle vient de traverser des années de compressions, de congédiements et d’incertitude. Elle vient maintenant d’obtenir une nouvelle entente de 12 ans qui représente une occasion exceptionnelle de reconstruire son image.
Le choix des visages qui représenteront cette nouvelle ère devient donc stratégique.
Et Frédérique Guay représentait une occasion en or.
Son retour au Québec aurait pu devenir le symbole de cette transformation. Une nouvelle entente. Un Canadien compétitif. Davantage de matchs. Une nouvelle plateforme avec illico+. Et un nouveau visage à la barre de la plus importante émission de hockey de la chaîne.
L’histoire était écrite.
TVA Sports avait la possibilité d’offrir un véritable nouveau départ.
Au lieu de cela, on retourne vers la même formule d'Elizabeth la mal-aimée.
Frédérique Guay possède l’expérience, la crédibilité et une capacité rare à communiquer avec le public sans devenir elle-même le centre de l’histoire.
Elle peut animer une émission sans avoir besoin de créer une controverse. Elle peut mener une entrevue sans que le téléspectateur se demande ce qui va sortir de sa bouche. Elle inspire confiance.
Cette confiance, elle ne s’achète pas.
Elle se construit.
Et Guay l’a construite pendant des années.
Élizabeth Rancourt, elle, devra maintenant vivre avec une pression encore plus grande.
Car après tout ce qui s’est passé, son retour comme chef d’antenne ne mettra pas fin au débat sur Frédérique Guay.
Au contraire.
Chaque émission sera comparée.
Chaque intervention sera analysée.
Chaque controverse rappellera à TVA Sports qu’une autre candidate plus douée et plus aimable était disponible.
Misère.
