Avant même que Kent Hughes ne prenne place devant les micros, une chose était déjà claire à l’interne : il fallait éteindre deux incendies avant qu’ils ne deviennent incontrôlables.
Le premier concernait Kirby Dach. Le second, beaucoup plus silencieux mais tout aussi important, touchait l’avenir d’Oliver Kapanen au centre du projet. Deux dossiers liés, mais que le Canadien a volontairement choisi de dissocier publiquement.
Sur Dach, le message a été ferme, Contrairement aux rumeurs persistantes qui circulaient depuis plusieurs jours (certains parlaient d’une rechute, d’autres d’une transaction avec les Flames), il n’y a aucune re-blessure.
Le ralentissement observé n’est pas médical, il est stratégique. La fracture subie est survenue sur la même jambe que sa dernière blessure au genou, et le Canadien refuse catégoriquement de revivre un scénario de retour précipité.
Hughes l’a répété avec insistance : Dach reviendra à 100 % ou il ne reviendra pas. Pas à 90. Pas à 95. Pas pour “aider le club”.
Cette prudence extrême n’est pas le signe d’un problème caché, mais celui d’une organisation qui sait exactement ce qu’elle protège : un actif fragilisé par le passé, mais toujours central dans sa réflexion à moyen terme.
Et c’est là que le contexte devient intéressant, parce que cette prudence n’est pas isolée du reste. Elle s’inscrit dans un tableau beaucoup plus large, celui de la ligne de centre du Canadien.
Avant même le début de la saison, la question était sur toutes les lèvres : qui serait le vrai deuxième centre derrière Nick Suzuki? Les blessures de Dach et d’Alex Newhook n’ont fait qu’amplifier le doute. Puis, tranquillement, sans tambour ni trompette, Oliver Kapanen a pris la place.
Pas par défaut. Par performance.
Quand Hughes affirme, sans détour, qu’il n’a aucun doute que Kapanen peut devenir une solution à long terme au poste de 2C, ce n’est pas une phrase de relations publiques. C’est un message public tellement fort.
Kapanen a absorbé des responsabilités défensives lourdes, il a tenu le centre contre des trios établis, il a maintenu le rythme, et surtout, il a montré une constance mentale qui rassure un état-major. On ne parle plus d’un essai. On parle d’une projection.
Et cette projection change tout.
Parce qu’en parallèle, pendant que Montréal insistait publiquement sur la patience avec Dach, les lignes bougeaient ailleurs.
À Calgary, l’intérêt pour Dach n’a jamais été une rumeur vide. Dach, natif de l’Alberta, cochait toutes les cases pour les Flames : âge, gabarit, potentiel encore inexploité, statut contractuel contrôlable.
Avant sa blessure, il était littéralement une pièce maîtresse dans des discussions avancées qui visaient à aller chercher un centre établi, Nazem Kadri, n’était pas qu’un nom jeté en l’air.
Mais la blessure a figé le dossier.
Pas parce que Dach a perdu sa valeur parce qu’il est devenu invendable à court terme. Et Hughes le sait. Il le comprend. Il l’assume
. Le plan Calgary a été mis sur pause, pas enterré. Et c’est exactement pour ça que Montréal refuse de brûler les étapes avec son retour au jeu. Un Dach en santé complète, stable, productif, redevient une carte. Un Dach fragile, pressé, est un poids.
Pendant ce temps, le marché des centres ne dort jamais. Nazem Kadri demeure un nom qui circule, et pas seulement à Montréal.
La Floride est dans le portrait. D’autres équipes aussi. Mais la réalité est simple : peu de formations peuvent absorber son contrat, offrir des actifs crédibles et se projeter dans une fenêtre compétitive logique.
Le Canadien, lui, a ce luxe. Et surtout, il a désormais une option interne crédible avec Kapanen, ce qui change complètement son levier de négociation avec les Flames.
Kent Hughes a donc fait quelque chose de très précis à cette conférence de presse : il a parlé à Calgary sans prononcer le mot Calgary.
En répétant que le Canadien n’a « aucun doute » qu’Oliver Kapanen peut être une solution à long terme comme deuxième centre, il ne faisait pas seulement l’éloge d’un jeune qui surprend tout le monde; il traçait une ligne rouge.
Il venait couper l’herbe sous le pied à l’idée que Kapanen puisse servir de pièce maîtresse dans un montage avec les Flames, surtout après ce qui a filtré sur TVA Sports à propos d’une transaction qui était presque prête avant la blessure de Kirby Dach.
Le message est clair: si Calgary veut encore jaser, ça ne commencera pas par Kapanen, et ça ne sera pas Montréal qui se met à genoux pour régler un besoin au centre.
Et pendant qu’il ferme cette porte, Hughes en ouvre une autre, beaucoup plus stratégique : il protège Dach en martelant qu’il n’y a eu aucune rechute, aucun retard, aucune « réhabilitation ratée » comme les rumeurs l’ont laissé croire, seulement une prudence extrême parce que la fracture est sur la même jambe que sa dernière blessure au genou.
Il envoie un avertissement clair aux Flames : Kirby Dach demeure une possibilité pour une transaction, il n'a pas rechuté et sera de retour avant la date limite des échanges le 6 mars prochain.
Le Canadien contrôle le rythme, contrôle le narratif, et si un dossier doit rouvrir plus tard, ce sera sur ses termes, pas en sacrifiant Kapanen.
Ce sera en transigeant Dach... et pas à rabais...
C’est là que la conférence de presse de mi-saison prend tout son sens. Hughes n’a pas seulement parlé de blessures ou de prudence médicale.
Il veut dire que le Canadien n’est plus en réaction. Il est en contrôle. Kapanen n’est plus un bouche-trou. Dach n’est pas un projet abandonné. Et les rumeurs de Calgary ne sont ni niées ni confirmées, mais replacées exactement là où elles doivent être : dans un futur conditionnel, dépendant de la santé, du marché et du timing.
Une vérité se dessine : Montréal n’est plus obligé de forcer un mouvement pour combler son deuxième centre. Et dans la LNH, c’est souvent à ce moment précis que les meilleures décisions se prennent.
Et que les meilleures transactions surviennent...
