Nuit blanche de Juraj Slafkovsky: il avoue tout

Nuit blanche de Juraj Slafkovsky: il avoue tout

Par David Garel le 2026-01-15

Il y a une image qui colle à Juraj Slafkovský depuis des mois, une image que plusieurs ont mal comprise et que d’autres ont volontairement déformée : celle d’un jeune homme incapable de décrocher, incapable de fermer la switch, incapable de laisser aller.

Or, ce trait-là, qui a été utilisé contre lui dans le discours public, est exactement celui qui est en train de le propulser parmi les joueurs les plus dominants de la Ligue nationale depuis le tournant de décembre.

Parce que Slafkovský n’est pas distrait, il est obsessionnel. Parce qu’il ne fuit pas ses erreurs, il les rumine. Parce qu’il ne dort pas quand quelque chose cloche, que ce soit une couverture ratée sur la glace ou une situation qui l’obsède à l’extérieur de l’aréna.

Aujourd'hui, à Buffalo, il n’a pas cherché d’excuses. Après la défaite contre Washington, il a lui-même pointé du doigt ses erreurs défensives, parlant d’une couverture manquée après une pénalité écoulée, d’un joueur perdu de vue, d’une rondelle mal lue, et surtout d’une responsabilité qu’il n’a jamais tenté de partager avec un coéquipier.

Il l’a dit sans détour : pour lui, ces buts-là, c’était sa faute. Et cette colère-là, il l’a traînée avec lui toute la nuit, incapable de dormir, incapable de faire semblant que ça n’avait pas d’importance, avant de se permettre, passé minuit, de tourner la page parce qu’une saison de 82 matchs ne pardonne pas l’auto-destruction prolongée.

C’est là que le portrait devient fascinant, parce que ce même mécanisme explique aussi tout ce qui a circulé autour de sa vie personnelle dans les derniers mois.

Quand on racontait que Slafkovský se couchait trop tard, qu’il passait ses soirées au Flyjin dans le Vieux-Montréal, qu’il veillait jusqu’aux petites heures, la conclusion facile a été de parler de manque de discipline.

La réalité, beaucoup plus inconfortable pour ceux qui aiment les raccourcis, c’est qu’on parlait du même garçon incapable de « let it go ».

Incapable d’ignorer ce qui le dérange. Incapable de fermer les yeux quand quelque chose lui échappe, que ce soit une rondelle perdue en zone défensive ou le regard des autres posé sur Angélie Bourgeois-Pelletier, sa copine, mannequin et ex-barmaid au Flyjin, devenue malgré elle un personnage public.

Les rumeurs ont été nombreuses, répétées, amplifiées. On a parlé de jalousie, de soirées passées à attendre, de fatigue accumulée, d’un joueur qui se couchait tard parce qu’il n’acceptait pas que d’autres gravitent autour de sa blonde pendant qu’elle travaillait au Flyjin.

Ce qui n’a jamais été dit clairement, c’est que cette incapacité à décrocher n’est pas un vice isolé, mais un trait de caractère constant chez Slafkovský. Il fonctionne ainsi.

Quand quelque chose ne tourne pas rond, il ne dort pas. Quand il commet une erreur, il la rejoue en boucle. Quand il estime avoir coûté un match à son équipe, il se l’impute entièrement, parfois jusqu’à l’excès.

Et paradoxalement, c’est exactement cette intensité intérieure qui explique l’explosion actuelle. Depuis la mi-décembre, Slafkovský est sur une séquence digne des joueurs d’élite de la ligue, accumulant des points à un rythme qui le place parmi les meilleurs marqueurs de la LNH sur cette période.

Il ne se contente plus de contribuer, il dicte le jeu. À forces égales, quand il est sur la glace, le Canadien marque beaucoup plus qu’il n’accorde, et même si les modèles avancés rappellent qu’il y a eu une part d’efficacité et de réussite, l’impact visuel est impossible à nier : le jeu ralentit pour lui, les décisions sont plus nettes, son corps devient une arme tactique et non un simple gabarit imposant.

Dans tout ça, Martin St-Louis n’a jamais mordu à l’hystérie ambiante. Alors que les erreurs défensives de Slafkovský auraient pu devenir un sujet public, l’entraîneur-chef a volontairement replacé le débat dans son contexte.

Le coach a rappelé qu’un match est composé d’une multitude de séquences, que certaines se soldent par des buts contre, d’autres non, et que le travail d’un coach n’est pas seulement de parler de ce qui se voit sur la feuille de pointage, mais de tout ce qui construit un joueur sur le long terme.

Il sait que Slafkovský se juge déjà plus sévèrement que quiconque, qu’il n’a pas besoin d’un coup de marteau supplémentaire.

Ce qui rend la situation encore plus percutante, c’est le contraste entre le récit qui a circulé et la réalité actuelle.

On parlait d’un joueur distrait, alors qu’on voit aujourd’hui un athlète incapable de tolérer la moindre baisse de standard.

On parlait d’un manque de maturité, alors qu’on entend un jeune homme assumer publiquement ses erreurs sans filtre. On parlait d’une mauvaise influence, alors que Slafkovský joue présentement le hockey le plus engagé et le plus dominant de sa jeune carrière, au sein d’un trio avec Ivan Demidov et Oliver Kapanen qui est en train de redéfinir l’attaque du Canadiens de Montréal.

Il faut aussi dire les choses franchement : si Slafkovský n’était pas aussi incapable de décrocher, il ne serait probablement pas en train de vivre cette éclosion.

Le même cerveau qui l’empêchait de dormir après une erreur défensive est celui qui l’oblige à revenir à l’aréna avec une obsession presque maladive de corriger, d’ajuster, de dominer.

Le même trait qui a alimenté les rumeurs nocturnes est celui qui, aujourd’hui, le place parmi les joueurs les plus productifs de la ligue depuis un mois. Chez lui, tout est amplifié. La frustration comme la réponse.

La vraie lecture, celle qu’on aurait dû faire depuis le début, c’est que Juraj Slafkovský n’est pas un joueur qui s’échappe quand la pression monte.

C’est un joueur qui s’y enferme, parfois trop, parfois maladroitement, mais toujours avec une intensité qui finit par se traduire sur la glace. Et en ce moment, cette intensité-là est canalisée comme elle ne l’a jamais été auparavant.

Ce n’est pas une histoire de bar. Ce n’est pas une histoire de blonde. Ce n’est même pas une histoire de sommeil.

C’est l’histoire d’un jeune homme incapable d’accepter l’échec, incapable de tricher avec ses standards, incapable de fermer les yeux quand il estime avoir failli.

Aujourd’hui, cette obsession joue en faveur du Canadien. Et ceux qui ont confondu ce trait avec de la distraction sont maintenant forcés de regarder une réalité beaucoup plus dérangeante : Juraj Slafkovský n’a jamais été aussi éveillé que depuis qu’on l’a cru endormi.