Jean-Charles Lajoie lance de graves accusations envers Kent Hughes.
Le controversé animateur clame que le DG du CH orchestre volontairement le narratif afin de transformer Samuel Montembeault en coupable officiel.
Une stratégie froide, calculée, qui permettrait au club de détourner l’attention de tous les trous béants de sa formation : un top-six incomplet, un centre numéro deux inexistant, une profondeur qui s’effrite et un désavantage numérique qui est devenu une parodie.
Et dans la bouche de Lajoie, ce n’est pas une théorie du complot. C’est un acte d’accusation.
Le timing est cinglant. On sort d’un mois de janvier où Montréal récolte quinze points en treize matchs, glisse dangereusement hors du top trois de l’Atlantique, échappe des matchs cruciaux et laisse filer deux points sur une possibilité de dix contre des rivaux directs.
Et pendant que l’équipe se cherche collectivement, pendant que l’échec est partagé à tous les étages, le discours public, lui, reste désespérément simple : Montembeault. Toujours Montembeault. Rien que Montembeault.
C’est précisément ce qui fait bondir Lajoie. Parce qu’il voit une direction qui laisse son gardien québécois seul sur la ligne de feu, comme un bouclier humain pour masquer une absence totale de réponses structurelles.
Quand Montembeault s’effondre, on parle de Montembeault. Quand le désavantage numérique explose, on parle de Montembeault. Quand l’équipe ne gagne pas ses mises au jeu, on parle de Montembeault.
Quand Kapanen ralentit Slafkovsky et Demidov à cinq contre cinq, on parle encore de Montembeault. Et quand Montréal perd deux matchs de division qui menacent directement son portrait des séries, c’est encore lui, toujours lui, qui porte le blâme.
Ce que Lajoie affirme, c’est que ce narratif-là n’est pas un accident. C’est commode, très commode. Parce que tant que Montembeault reste le coupable unique, le mur tient debout.
On évite de parler de l’absence criante d’un vrai centre numéro deux. On évite de parler de la nécessité absolue d’ajouter un vétéran offensif capable d’alléger Suzuki.
On évite de parler du manque de constance dans la structure défensive. On évite de parler du fait qu’Oliver Kapanen a frappé un mur physique et mental.
On évite de parler du désavantage numérique qui a encaissé neuf buts en dix-sept occasions sur cinq matchs. On évite de parler de Lane Hutson qui change de partenaire comme on change de chaussettes. On évite de parler de l’incohérence et du manque d’identité dans les choix de personnel.
On évite tout. Parce que tant qu’il existe un coupable commode, il n’existe pas de responsabilités partagées.
Et c’est là que l’accusation de Lajoie devient plus lourde que la simple défense d’un gardien québécois en difficulté. Il accuse la direction de manipuler subtilement la conversation, de laisser les projecteurs brûler Montembeault pour éviter d’enflammer la direction.
Il accuse le club d’avoir abandonné son gardien au milieu d’un incendie afin de ne pas regarder en face les problèmes qui rongent le cœur de l’équipe.
Et il accuse la ligne de communication, depuis le camp d’entraînement, d’avoir été un désastre.
Selon lui, le Canadien savait très bien que le plan n’était pas Montembeault numéro un, mais Fowler numéro un à moyen terme.
Il soutient que dès septembre, une fissure s’est ouverte : un entraîneur qui refuse de dire que Montembeault est son partant, une gestion confuse, une rotation hasardeuse, un rappel improvisé, une rétrogradation mal expliquée et une confiance publique qui s’effondre chaque fois que Martin St-Louis évite soigneusement de prononcer la moindre vérité sur la situation.
Le problème, c’est qu’aujourd’hui, tout le château penche. Le mois de janvier est mauvais. Le momentum est brisé. L’équipe est nerveuse.
St-Louis s’impatiente à l’entraînement. Les joueurs le sentent. Les partisans le voient. Les médias s’enflamment. Et plus la crise prend de l’ampleur, plus le discours officiel rétrécit autour d’un seul homme : Samuel Montembeault.
Selon Lajoie, c’est un écran de fumée. Un paratonnerre. Une manière pratique de préserver l’illusion d’un plan parfaitement contrôlé.
Montembeault est l'agneau sacrifié.
Mais ce qui choque réellement, c’est l’idée qu’on puisse envoyer un joueur au bûcher non pas pour des raisons sportives, mais pour des raisons stratégiques. C’est une accusation lourde, qui dépasse le hockey, qui touche l’intégrité de la gestion interne.
Dire que le Canadien « se sert » de Montembeault pour éviter de faire face à ses obligations, c’est insinuer qu’on préfère protéger un château de cartes plutôt que d’assumer la réalité : cette équipe manque cruellement de pièces essentielles pour devenir ce qu’elle prétend vouloir devenir.
Et pendant que l’on fabrique un coupable unique, le vrai visage du CH apparaît : une équipe fascinante offensivement, terriblement vulnérable défensivement, paralysée dans sa prise de décision, incapable d’ajouter un centre ou un défenseur droitier, incapable de stabiliser son PK, incapable de gérer un ménage à trois et incapable de protéger son gardien… même contre elle-même.
Le plus troublant, c’est qu’à force de désigner Montembeault comme l’unique responsable, on en arrive au point où la direction elle-même croit à son propre narratif. Et quand une organisation commence à croire à ses propres illusions, c’est là que les saisons dérapent.
Jean-Charles Lajoie n’a peut-être pas toujours raison. Il est émotif, instinctif, volontairement provocateur. Mais cette fois, il soulève un point qui résonne dangereusement juste.
Le Canadien se sert-il vraiment de Samuel Montembeault comme d’un bouclier pour éviter de parler de ses défaillances plus profondes? À écouter la direction, la réponse est non.
À regarder ce qui se passe sur la glace, la réponse est beaucoup moins évidente.
Et c’est précisément cette zone grise qui alimente aujourd’hui la colère, la méfiance et un malaise qui grandit chaque jour un peu plus autour de cette équipe qui promettait tant… mais qui, depuis un mois, s’effrite dans le silence.
