Jaromir Jagr à Montréal : Juraj Slafkovsky change de dimension

Jaromir Jagr à Montréal : Juraj Slafkovsky change de dimension

Par André Soueidan le 2026-01-01

Le but de la victoire, le vrai, celui qui coupe les jambes de l’adversaire et qui fait basculer une soirée entière, porte une signature claire.

Sixième but du Canadien. Un contre un assumé. Puissance, confiance, aucune hésitation. À ce moment précis, tout a changé.

Juraj Slafkovský a pris le match et l’a plié à sa façon.

Pas un but de tap-in. Pas un cadeau. Un but de patron, marqué alors qu’il restait un peu moins de huit minutes à jouer, au moment exact où une équipe adverse espère encore.

Ce genre de but qui fait comprendre à tout le monde que la remontée n’aura pas lieu.

Et soudainement, impossible de ne pas y penser.

Jaromir Jagr.

Quand il décidait d’appuyer sur l’accélérateur, quand il utilisait son corps comme une arme et sa rondelle comme une extension de lui-même, il n’y avait rien à faire.

Défenseur collé ou pas, ça avançait quand même. Slafkovský est rendu là, exactement là, dans cette zone où la force physique rencontre la lucidité.

La soirée avait pourtant commencé dans le chaos le plus total.

Deux buts en 54 secondes. Kapanen sur une passe parfaite de Demidov.

Suzuki dans la lucarne. 2-0 Canadien, ambiance euphorique… puis le trou noir.

La Caroline s’est mise à tournoyer, à imposer son rythme, à étouffer Montréal. 4-2 Hurricanes.

Tout semblait s’effondrer, encore une fois.

Mais cette fois, non.

Samuel Blais a ramené l’espoir avec une incursion courageuse, sur un jeu intelligent de Lane Hutson, pourtant secoué plus tôt dans le match. 4-3.

Ensuite, le moment Cole Caufield.

Égalisation à 4-4 sur une superbe passe d’Alexandre Texier.

Un tir précis, libérateur, qui fait sauter le couvercle du banc montréalais.

À partir de là, le Canadien ne regarde plus en arrière.

Josh Anderson redonne les devants sur une séquence ironique à souhait, après que la Caroline ait marqué en avantage numérique dans une séquence controversée impliquant une blessure.

5-4 Montréal.

Le momentum change de camp.

Et puis arrive le moment Slafkovsky.

Chaque présence devenait une menace. Chaque entrée de zone forçait la Caroline à reculer.

Le jeu gagnant est arrivé exactement comme il devait arriver : en isolation, en duel, en domination pure. Un but qui ne laisse aucune place au doute.

Le genre de séquence qui te dit que ce joueur-là est en train de changer de dimension.

Depuis le 20 décembre, les chiffres confirment ce que les yeux voient déjà : 10 points en 6 matchs. Mais au-delà des statistiques, c’est l’attitude qui frappe. Le calme. La patience. Le contrôle.

La créature ne panique plus.

Et quand la Caroline a tenté un dernier baroud d’honneur en retirant son gardien à trois minutes de la fin, en marquant pour faire 6-5, le Canadien n’a pas tremblé.

Mieux que ça : Lane Hutson a sorti un jeu de grande classe derrière son filet, récupérant la rondelle sous pression pour l’expédier de l’autre côté de la patinoire.

But dans un filet désert. 7-5. Rideau.

Ce match-là, Montréal ne l’a pas gagné par accident.

Il a été arraché par des joueurs capables de faire basculer le momentum quand tout penche du mauvais côté.

Slafkovský fait maintenant partie de ce club-là.

Comme Jagr autrefois, quand il décidait que la soirée lui appartenait, Juraj Slafkovský a montré qu’il pouvait changer l’allure d’un match à lui seul.

La différence, c’est qu’à 21 ans, cette version-là ne fait que commencer.

Il ne manque plus que la chevelure.

WOW...