Parfois, Martin St-Louis nous donne envie de tout casser.
Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans ce qui est en train de se passer avec Ivan Demidov à Montréal, et plus les chiffres sortent, plus l’inconfort devient impossible à ignorer.
On ne parle pas d’une perception, d’une impression ou d’un débat émotionnel de partisans impatients. On parle de faits bruts, mesurables, documentés.
Ivan Demidov est le meilleur pointeur chez les recrues de la LNH avec 40 points en 48 matchs… tout en étant le 29e joueur le moins utilisé parmi les recrues pour le temps de glace.
Et ça, c’est un scandale silencieux.
Parce que pendant que Demidov produit à un rythme d’élite, pendant qu’il fait la différence presque chaque fois qu’il touche à la rondelle, pendant qu’il prouve qu’il peut générer de l’attaque à forces égales, en avantage numérique, contre les meilleurs trios adverses, Martin St-Louis continue de le gérer comme un joueur fragile défensivement, interchangeable dans la hiérarchie offensive du Canadien.
En moyenne, 15 minutes et 18 secondes par match. C’est tout. À peine plus qu’Oliver Kapanen. Moins que plusieurs recrues qui n’ont même pas la moitié de sa production.
Le contraste devient indécent quand on regarde ses principaux rivaux pour le trophée Calder. Matthew Schaefer joue 24 minutes par match. Beckett Sennecke en joue 17:05. Deux à trois présences de plus par rencontre, parfois davantage.
Ce sont des minutes supplémentaires qui changent tout : une présence de plus en avantage numérique (quand St-Louis ignorait le Russe en début de saison), une présence de plus en prolongation, une présence de plus après un but, une présence de plus dans le moment le plus important du match.
Le Calder ne se gagne pas seulement au talent. Il se gagne à l’usage.
Et Martin St-Louis, volontairement ou non, est en train de saboter le dossier Calder de son propre prodige.
Le plus troublant, c’est que Demidov ne fait pas partie d’un groupe de recrues inefficaces qui profiteraient d’un temps de jeu gonflé artificiellement.
Il est le seul, avec Sennecke, à produire à ce niveau offensif… mais il est utilisé comme un joueur de soutien. Sept attaquants recrues, moins productifs que lui, jouent plus de minutes par match. Et aucun n’a son impact, sa créativité, son flair, sa capacité à faire basculer un match sur un seul geste.
Pendant ce temps, on voit Phillip Danault dépasser régulièrement les 16 minutes par match. Un vétéran fini à la code, supposément responsable, intelligent, mais qui n’arrive plus à suivre le rythme de la LNH.
Danault est ce qu’il est. Un has-been défensif. Demidov, lui, est en train de devenir spécial. Et pourtant, c’est lui qu’on limite... jusqu’à l’asphyxie.
C’est là que le malaise avec Martin St-Louis devient réel. Ce n’est plus une question de système, de structure ou de philosophie de vie à deux cennes.
C’est une question de priorités. Quel message envoie-t-on quand le meilleur pointeur recrue de la ligue doit se battre pour dépasser les 15 minutes de jeu, pendant que d’autres ont droit à toutes les situations clés par défaut?
Quel message envoie-t-on à la LNH, aux votants du Calder, quand ton propre entraîneur agit comme si ton joueur vedette était encore en période d’essai?
Le Calder, c’est un trophée narratif autant que statistique. Les votants regardent les points, oui, mais ils regardent aussi le rôle, l’importance, la confiance accordée par l’organisation.
Et présentement, le récit qui se construit autour de Demidov est honteux : on célèbre ses exploits, on l’utilise dans les campagnes marketing, on le présente comme l’avenir du club… mais sur la glace, on le traite comme un jeune qu’on n’ose pas encore libérer.
C’est triste.
Parce qu’Ivan Demidov fait tout ce qu’on lui demande. Il ne triche pas. Il ne sort pas dans les bars. Il apprend. Il produit. Il ne se plaint pas. Il ne lance personne sous l’autobus, alors qu'il aurait le droit de s'en prendre à Martin St-Louis tellement il est maltraité.
Et malgré tout ça, il demeure prisonnier d’une gestion conservatrice qui n’a plus de justification sportive. À ce stade-ci, ce n’est plus de la prudence. C’est de l’entêtement.
Martin St-Louis aime dire qu’il parle du processus, des standards, de la patience. Très bien. Mais à force de protéger le processus, on finit parfois par empêcher l’excellence de s’exprimer pleinement.
Et si Ivan Demidov perd le Calder cette saison, malgré le fait qu’il ait été le meilleur pointeur recrue de la ligue pendant des mois, il faudra avoir l’honnêteté intellectuelle de poser la question qui dérange :
Est-ce que son propre entraîneur lui a coûté ce trophée?
Poser la question, c'est y répondre.
