Martin St-Louis était tendu comme jamais dimanche lors de son point de presse.
Même si la série est égale, même si les Canadiens de Montréal reviennent au Centre Bell avec une chance énorme de reprendre le contrôle, quelque chose s’est clairement installé. Une irritation qui rend le journaliste tellement sec avec les journalistes.
Et surtout, une guerre psychologique qui commence tranquillement à chauffer avec Rod Brind’Amour.
Tout a commencé avec ce qui semblait, à première vue, être un compliment des Hurricanes envers le Canadien. Rod Brind’Amour et son entourage ont commencé à vanter une prétendue qualité du CH : cette capacité presque surnaturelle de rester dans les matchs… même lorsqu’il se fait dominer.
Dit comme ça, ça semble flatteur.
Sauf que ce n’était pas un compliment. C'était un cadeau empoisonné.
Le vrai message derrière les propos de Brind’Amour était cinglant : le Canadien est chanceux, gagne des matchs sans les mériter, survit parce qu’il profite de quelques occasions, mais il se fait contrôler.
Le coach des Hurricanes a même fait référence à un record des plus honteux.
Samedi soir, le Canadien a égalé un record franchement gênant de la LNH.
Douze tirs au but.
Montréal est devenu seulement la deuxième équipe de l’histoire à pousser un match éliminatoire en prolongation avec 12 tirs ou moins. L’autre équipe? Les Blackhawks de Chicago de 1978.
Même dans le vestiaire des Hurricanes, plusieurs voyaient ça comme une anomalie statistique presque impossible.
Caroline a dominé territorialement, a étouffé Montréal, frappé sans relâche et a contrôlé la rondelle pendant de longues séquences.
Et pourtant?
Le match était encore 2-2.
Alors Brind’Amour a décidé d’envoyer un message subtil aux médias.
Ils trouvent une façon de rester dans les matchs, même quand ils ne jouent pas bien.
En langage de hockey?
Ils sont chanceux.
Et c’est là qu’un journaliste est arrivé devant Martin St-Louis avec la question qui a tout changé.
On lui rapporte les propos des Hurricanes.
On lui explique que Caroline admire, ou prétend admirer, cette capacité du Canadien à gagner des matchs même lorsqu’il ne domine pas.
Et immédiatement, le langage corporel de Martin St-Louis change.
Avancez la vidéo à 3:20:
Wow. Son regard de feu. son ton méprisant. Martin St-Louis aurait pu terrasser son journaliste tellement il avait le feu dans ses yeux.
Le journaliste pose une longue question sur cette capacité du Canadien à « hang around », à rester dans le match, même lorsqu’il ne joue pas nécessairement bien.
Et là, Martin St-Louis coupe pratiquement la séquence :
« C'est une longue question, faut que tu recommences. »
Le regard qui tue.
Celui qui dit : Je sais exactement où tu t’en vas avec ça… et je n’aime pas ça.
Le journaliste reformule alors plus clairement :
« Les Hurricanes parlent de votre capacité à gagner des matchs autant lorsque vous jouez bien que lorsque vous jouez moins bien. D’où vient cette capacité? »
Et c’est là que Martin St-Louis réplique.
« Ben, je ne peux pas commenter sur comment ils pensent qu'on a joué.. »
Je ne vais certainement pas accepter leur lecture du match.
Puis il enchaîne avec une réponse qui sonnait presque comme une contre-attaque directe à Brind’Amour :
« Ils pensent que nous n'avons pas bien joué… ils disent ça sur l'ensemble des séries? Parce qu'on a perdu des matchs où l'on avait bien joué aussi. »
Boom.
Message envoyé.
Martin St-Louis refuse complètement le narratif des Hurricanes.
Dans sa tête, le Canadien ne vole rien.
Le Canadien souffre, résiste et trouve des moments.
Et surtout, le Canadien mérite sa place.
« On ne jouait pas mal. Quand tu joues mal, tu ne demeures pas dans le match. »
Selon St-Louis, son équipe accumule ce qu’il appelle des « pockets »... des séquences de bon hockey.
C’est ça qui explique le succès du Canadien depuis le début des séries. Pas la chance, ni le hasard, ni un miracle.
On sentait une frustration personnelle. St-Louis est tanné du manque de respect subtil et de la guerre psycholohique de Brind'Amour.
Depuis le début de cette série, Caroline parle du Canadien avec un drôle de ton.
Respectueux en façade. Condescendant entre les lignes.
Plus tôt dans la conférence, on sentait déjà un coach tendu.
Quand on lui demande pourquoi son équipe produit peu offensivement, il répond presque philosophiquement :
« Le défi contre cette équipe-là… tu sais qu’ils vont avoir plus de shots que toi. Le défi, c’est de ne pas se faire assommer mentalement. »
Voilà le vrai cœur de la série.
Caroline veut te casser mentalement.
Te faire regarder le tableau des tirs.
Te faire croire que tu n’as aucune chance.
Te faire paniquer.
Et St-Louis refuse ça.
Il refuse le complexe d’infériorité ou même l’idée que son équipe serait « chanceuse ».
Ça commence à chauffer entre les deux entraîneurs. Rod Brind’Amour vient peut-être d’allumer un feu qu’il n’avait pas prévu.
Martin St-Louis, dimanche, avait clairement l’air d’un homme qui l’avait pris personnel.
