Il y a des silences éloquents, mais il y a aussi des mots qui trahissent une mauvaise foi inacceptable. Michel Therrien vient encore une fois d’en livrer une parfaite démonstration.
Alors que le Canadien de Montréal vit l’une des séquences les plus électrisantes de ses dernières années, que l’équipe s’est hissée — à la surprise générale — dans le portrait des séries éliminatoires, que Nick Suzuki joue comme un véritable capitaine d’élite, que Lane Hutson réécrit l'histoire et que Martin St-Louis est acclamé d’un bout à l’autre de la LNH pour avoir transformé cette bande de jeunes en une machine compétitive... voilà que Therrien débarque à TVA Sports pour ramener le mérite à une seule chose : la chance.
Il faut quand même oser. Selon Michou, "la meilleure acquisition du Canadien cette saison est la dame chance". Pas Martin St-Louis. Pas Nick Suzuki. Pas Lane Hutson. Non. La chance.
Comme si une rondelle déviée ici ou un poteau frappé là suffisait à expliquer toute la transformation d’une équipe qu’il annonçait lui-même bonne dernière il y a quelques mois à peine. C’est probablement la déclaration la plus condescendante entendue cette année sur TVA Sports — et Dieu sait qu’il y en a eu.
Mais venant de Therrien, ce n’est pas surprenant. C’est le même qui qualifiait Martin St-Louis de “coach Pee-Wee”, celui qui répétait qu’il n’avait “aucune structure”, qu’il “s’inventait une pédagogie”, et qu’il n’était “pas NHL ready”.
Aujourd’hui, incapable d’admettre qu’il s’est trompé, il préfère donner tout le crédit aux bonds chanceux de la rondelle. La mauvaise foi n’a jamais eu aussi mauvais goût.
Comme si Nick Suzuki n’avait pas trimé dur pour devenir un leader incontesté. Comme si Lane Hutson n’avait pas dominé les dernières semaines à la ligne bleue grâce à son talent brut et son sens du jeu exceptionnel. Comme si Martin St-Louis ne s’était pas battu pour faire taire ses détracteurs.
Pour Therrien, le succès du Canadien n’est qu’un heureux accident.
Et ça, ce n’est pas de l’analyse. C’est de la jalousie pure. De l’envie mal dissimulée. Du ressentiment mal digéré.
Rappelons-nous que Michel Therrien a passé les deux premières saisons de Martin St-Louis à lancer flèche après flèche, se moquant à demi-mot de son inexpérience, le décrivant comme un coach de psychologie bon pour le hockey mineur.
À chaque victoire du CH, Therrien se montrait sceptique. À chaque défaite, il sortait les violons pour chanter que l’équipe était mal dirigée. Il ne lui a jamais pardonné d’avoir été aimé des joueurs, d’avoir gagné le respect de la ligue sans avoir passé par la voie traditionnelle, celle du long purgatoire des assistants dans l’ombre.
Mais ce qui dérange le plus Michou, c’est que Martin St-Louis ne l’a jamais attaqué en retour.
Là où Therrien multiplie les remarques mesquines, St-Louis parle d’humilité. Là où il clame ses frustrations à la télévision, l’autre répond par les résultats sur la glace. Et les résultats, justement, parlent fort.
Le CH, dirigé par un homme que plusieurs disaient “pas prêt”, est en séries. Le vestiaire est soudé. Les jeunes se développent.
L’équipe se relève de l’adversité, soir après soir. Et dans les faits, même Therrien — dans une pirouette hypocrite — finit par l’avouer à demi-mot : “le CH travaille fort”, dit-il, “le CH crée ses occasions”.
Mais jamais, jamais, il ne se résout à prononcer le nom de Martin St-Louis. C’est comme s’il ne pouvait pas.
La vérité, c’est que Michel Therrien ne supporte pas que Martin St-Louis soit devenu ce que lui n’a jamais été : un coach aimé, un leader rassembleur, un symbole d’espoir pour les partisans.
Therrien était un entraîneur autoritaire, cassant, dur et souvent en guerre avec ses propres joueurs. Il dirigeait avec la peur, St-Louis dirige avec la foi. Il imposait, St-Louis inspire. C’est toute la différence entre un coach de l’ancienne école et un coach de la nouvelle ère.
Mais plutôt que d’admettre que le CH progresse, que la culture change, que St-Louis est en train de marquer son époque, Michel Therrien préfère réduire ça à de la “chance”.
Comme s’il ne voyait pas que Martin St-Louis s’est tenu debout alors que tout le Québec médiatique voulait sa tête avant Noël.
Que Jean-Charles Lajoie annonçait presque sa démission à sa place. Que Patrick Roy rôdait comme un spectre autour du Centre Bell. Que Michel Bergeron l'accusait d’être trop “soft”.
Et pourtant, il est resté debout.
Il a déclaré qu’il avait été sous-estimé toute sa vie.
Il a dit qu’il continuerait à croire en lui-même.
Il a demandé qu’on laisse son vestiaire tranquille.
Et il a ramené son club dans la course.
Aujourd’hui, à la lumière de tout cela, il faut une dose incroyable de mauvaise foi pour ne pas lui lancer un minimum de fleurs.
Mais Michel Therrien ne s’en cache même plus. Il ne le supporte pas. Ce succès l’irrite. Ce retour improbable du CH vers les séries l’indispose.
Et surtout, l’idée que Martin St-Louis puisse devenir le premier entraîneur du Canadien depuis Pat Burns à remporter le Jack Adams le rend malade.
À défaut d’applaudir, il préfère dire que le hockey, c’est “des bonds chanceux”.
Eh bien, Michou, ce n’est pas un bond de chance qui t’a empêché d’amener Carey Price et P.K. Subban plus loin en séries en 2014.
Ce n’est pas un bond favorable qui a détruit ton lien avec Max Pacioretty et plusieurs vétérans.
Ce n’est pas un pouce de plus ou de moins qui a provoqué ton congédiement.
Ce qui manque à Therrien aujourd’hui, ce ne sont pas des statistiques. C’est une dose d’élégance.
Et au lieu de lancer des fleurs à Suzuki, à Hutson, ou même au système collectif de Martin St-Louis, il s’accroche à la malchance passée comme un homme qui refuse d’admettre que son époque est révolue.
Le hockey a changé, Michel.
Et ceux qui ne veulent pas changer avec lui, comme toi, finissent par se parler entre eux... dans des studios où le hockey, bientôt, ne sera même plus diffusé.